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volume 1, Chapitre 14 « Beauté sauvage » volume 1, Chapitre 14

Les arbres formaient une protection serrée autour de l’unique sentier qui partait du portail. Buissons épineux et plantes grimpantes formaient une barrière efficace au niveau du sol. La sylve bruissait de mille voix et chants, effleurant l’esprit de Xavier alors qu’il avançait sur le chemin. Il sourit avec nostalgie. Il avait passé de belles années dans cet endroit qui prenait mille formes et mille couleurs.

La canopée était si serrée qu’on n’apercevait le ciel parme qu’en de rares endroits. La lumière du soleil prenait une teinte émeraude quand elle perçait par les quelques ouvertures. C’était un endroit paisible.

Quelques minutes plus tard, il émergea dans une vaste clairière. Un ruisseau la traversait en chantonnant et se déversait dans un étang aux eaux si translucides qu’on voyait les poissons argentés circuler entre les plantes d’eau multicolores qui poussaient au fond.

Un chêne gigantesque occupait le centre. Il était si haut que sa ramure dépassait largement les autres arbres et son feuillage s’étendait sur la majeure partie de la circonférence de la clairière. Son tronc épais était couvert de mousse et son écorce craquelée montrait les signes de son âge millénaire. Une crevasse large d’un mètre serpentait jusqu’à la limite des branches.

— Xavier !

La voix chantante et joyeuse attira l’attention du sorcier. Il se tourna dans sa direction et sourit à la créature qui le regardait de ses grands yeux ovales.

— Trièse, la salua-t-il.

La dryade était assise au bord de l’étang, les pieds dans l’eau. Son corps souple dégoulinait, signe qu’elle venait de se baigner. Sa silhouette androgyne et humanoïde laissait voir des muscles fins et une peau d’écorce d’un brun clair. Ses doigts longs et aussi fins que des brindilles caressaient une petite créature recroquevillée près d’elle. Au sommet de son crâne, ses cheveux de feuilles et de fleurs tombaient en cascade sur ses épaules. Dans son visage ovale, ses grands yeux aux pupilles émeraude surmontaient une bouche large aux lèvres très fines.

Elle lui fit un signe de sa main libre. Xavier la rejoignit et s’assit à ses côtés.

— Je suis contente de te voir.

— Moi aussi.

Son rire cristallin éclata et s’envola à travers les branches. Xavier frissonna de ravissement. Trièse était une créature pleine de vie et de fraicheur, qui ne manquait pas de l’exalter à chacune de leurs rencontres. Elle était la personnification de la nature naïve, belle et pure.

Xavier ne pouvait s’empêcher d’éprouver une grande tristesse à l’idée que les dryades n’existaient plus sur Terre et que le seul endroit où elle pouvait s’épanouir était ce monde de poche créé par l’arbresse Hazelgrove. Cette émotion disparaissait dès qu’il posait le pied dans la sylve.

— Alors, comment vas-tu ? demanda-t-elle, avec un regard en coin.

— Parfaitement bien.

La dryade tourna la tête vers lui et le considéra un long moment.

— Pour une fois, c’est entièrement vrai, fit-elle remarquer, un peu surprise.

Xavier laissa un sourire errer sur son visage.

— Tout va bien dans ma vie en ce moment.

— J’en suis heureuse.

— Je t’ai apporté quelque chose, reprit-il.

Les yeux de Trièse scintillèrent de joie. Avec un sourire de tendresse, il fouilla dans sa sacoche et en sortit un petit panier. Il le posa doucement sur le sol et l’ouvrit. Sur un tissu moelleux était posée une créature, qui ressemblait à une racine ou à une branche avec des bras et des jambes. Deux yeux minuscules clignèrent et elle s’agita.

— Oh ! s’exclama Trièse avec ravissement. C’est…

— On me l’a apportée hier. Elle a été découverte dans une forêt en cours de reforestation. L’Agence des Forêts l’a confiée au Conseil. Elle a besoin de soin. Son arbre-mère est morte de maladie ; elle doit être la seule survivante.

Un grand sourire étirait la bouche de la dryade. Elle prit la créature entre ses mains.

— Tu seras en sécurité ici, petite ramure. Je prendrai soin de toi.

Xavier contempla son amie. Comme il était loin, le temps où Trièse apportait la mort autour d’elle ! Ici, aucune tristesse ne pouvait l’atteindre. Elle était à l’abri de tout désespoir. Ici, elle prenait soin de la vie.


Texte publié par Feydra, 19 octobre 2026 à 20h20
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