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volume 1, Chapitre 12 « De la maison d'en face à la dernière lanterne » volume 1, Chapitre 12

#OCTOberOctoquill : la maison d'en face - la dernière lanterne

* * * * * *

La lanterne brillait au bout du chemin. Au-delà n’existait plus qu’un vide noir et profond. Elle créait un halo doré autour d’elle, sur une vingtaine de mètres. Avant, elle, le chemin ondulait à travers une forêt verdoyante. Après elle, tout s’arrêtait net. Philomène resserra les pans de son manteau autour d’elle. Pourquoi avait-elle accepté d’accompagner Xavier ? Elle aurait dû se douter qu’ils n’iraient pas juste visiter un de ses voisins.

– Nous allons dans la maison d’en face, lui avait-il annoncé.

De l’autre côté de la rue, la maison d’en face était une demeure ancienne, aux larges fenêtres, au centre d’un charmant jardin clos par un mur de pierre lézardé et couvert de plantes grimpantes. Philomène avait plus d’une fois rencontré la propriétaire, une vieille femme de quatre-vingt-deux ans, qui entretenait ses magnifiques rosiers et recevait ses petits-enfants régulièrement. Vêtue avec élégance, elle avait une profondeur dans son regard pâle qui avait plus d’une fois impressionné la jeune femme. Xavier faisait preuve d’un grand respect quand il s’adressait à elle. Elle était une des clientes fidèles de son magasin d’antiquité, l’une des seules pour qui il faisait des livraisons à domicile.

Ce jour-là, cependant, elle n’ouvrit pas la porte quand ils sonnèrent. Xavier soupira d’un air irrité dont sa compagne ne comprit pas la raison. Il sortit son téléphone portable et composa son numéro. Elle ne répondit pas.

– Elle a dû oublier, fit Philomène, en redressant le paquet qu’elle tenait entre ses bras.

Le miroir ancien n’était pas très pratique à porter et devenait de plus en plus lourd. Xavier, les lèvres pincées, ne répondit pas. Il regarda autour de lui avec agacement.

– Je n’aime pas quand elle fait ça.

– Faire quoi ?

Philomène vacilla et se rattrapa de justesse. Le miroir glissa et manqua de se fracasser sur le sol. Xavier le soutint avec agilité, puis il le lui prit et le posa sur le palier.

– On va le laisser là ? s’inquiéta la jeune femme.

À cet instant, une sonnerie retentit. Xavier décrocha et écouta.

– Ce n’était pas ce qui était prévu !

Philomène fut surprise par l’agacement qui perçait dans sa voix. Elle ne l’avait jamais entendu parler sur ce ton à la vieille femme.

– Je rapporterai le miroir un autre jour.

Elle n’entendait pas les mots de leur voisine, mais l’orage qui pointait dans ses yeux montrait qu’ils ne plaisaient pas à l’antiquaire. Puis, il soupira.

– Le chemin est ouvert ?

Il jeta un coup d’œil à Philomène.

– D’accord. On vous rejoint… Avec le miroir, oui. Mais c’est la dernière fois.

Il raccrocha. Philomène le considérait d’un air interrogatif.

– Tu n’es pas obligée de venir avec moi, commença-t-il.

– Où ça ?

– La livraison va être plus longue que prévu.

– Je viens avec toi.

– Nous allons aller dans un endroit qui n’est pas vraiment de ton monde.

Philomène croisa les bras.

– Je viens avec toi.

Elle ne regrettait pas sa décision, même si les ténèbres vibrantes qui s’étendaient devant elle l’effrayaient quelque peu. Xavier parlait avec la vieille dame. Le miroir avait été posé contre un tronc d’arbre. Philomène pensa à se rapprocher d’eux, mais la nuit devant elle avait un côté hypnotisant. Elle avait du mal à en détacher le regard.

Puis, un bras entoura ses épaules et une vague de douce chaleur se répandit en elle. Elle cligna des yeux et leva le regard pour rencontrer les pupilles étrangement ovales de son patron.

– On a terminé la livraison.

Elle tourna le regard vers la vieille dame. Elle était en train de défaire l’emballage épais qui protégeait le précieux objet. Xavier l’entraina.

– Laissons-les.

– Les ? interrogea Philomène.

L’antiquaire continua à marcher en silence. La jeune femme se laissa faire, mais ne put retenir un regard vers l’arrière. Elle écarquilla les yeux quand elle vit une silhouette féminine, toute de noir vêtue, s’avancer vers leur voisine. Celle-ci se tenait droite et souriante, soutenant le miroir posé sur le sol devant elle.

Fascinée, Philomène s’arrêta de marcher, forçant Xavier à stopper. Il l’observa quelques secondes, puis soupira et attendit, lui tenant toujours la main. Autour d’eux les arbres, les buissons et l’herbe bruissaient doucement.

Au bout du chemin, la silhouette ténébreuse tendit un bras et effleura le miroir. Philomène se rendit alors compte que la créature était faite des ténèbres elle-même. Elle ne discernait aucun visage dans sa silhouette humanoïde. Pourtant, même à cette distance, Philomène percevait une présence.

Elle souleva le miroir, qui disparut dans les ténèbres. Puis la vieille dame et la femme de ténèbres s’étreignirent. La scène était si tendre que des larmes brillèrent dans les yeux de Philomène.

– C’était un cadeau ? murmura-t-elle.

– Oui, répondit Xavier.

Philomène sourit et se détourna. Main dans la main, le sorcier et son assistante poursuivirent leur chemin à travers la forêt hors du monde. Ils émergèrent au fond du jardin de la maison d’en face et rentrèrent au manoir de Xavier.


Texte publié par Feydra, 17 octobre 2026 à 17h29
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