#OCTOberOctoquill Un fantôme en tête - Dans la chair - Mauvaise adresse
Une scène de vie quotidienne dans un monde où sous la chair humaine se cache parfois autre chose. 😉 TW : Attention à ceux qui ont peur des serpents.
— Tu es certaine que c’est là ?
Léanne soupira et jeta un regard en coin à sa sœur : Philomène le traduisit instantanément : « Tu me prends pour une cruche ? ». Elle lui sourit nerveusement.
— Oui, c’est bien l’adresse sur le paquet. On se demande bien comment le livreur a pu se tromper. J’espère que ce Léonard a mon colis.
Philomène fit la moue. L’immeuble devant lequel elles se tenaient ne lui inspirait pas confiance. Pourtant, sa façade paraissait ordinaire, et plutôt jolie : des briques, parsemées de mousse et de plantes grimpantes, des fenêtres hautes, aux volets en bois, une porte massive, avec un heurtoir à l’ancienne.
— Bon, si tu es certaine, n’attendons pas.
D’un geste décidé, elle appuya sur le bouton de la sonnette. Une cloche sourde retentit quelque part dans la maison. Un frisson se répandit dans les nerfs de Philomène.
— Cet endroit a un petit air de la maison de la famille Adams, tu ne trouves pas, souffla Léanne, qui paraissait soudain moins sûre d’elle.
Un bruit de pas retentit et la porte s’ouvrit. Un homme dans la trentaine les regarda avec surprise.
— Oui ?
Léanne toussota.
— Je suis désolée de vous importuner, mais on m’a livré ce colis par erreur. Auriez-vous reçu le mien, par hasard ?
Elle tendit la boite. L’homme la prit et lut l’adresse. Puis, il leur sourit.
— Oh ! C’est possible, oui. J’ai reçu plusieurs colis et je n’ai pas eu le temps de vérifier encore. Entrez, je vais regarder.
À cette invitation, Philomène eut un sursaut d’appréhension. Quelque chose la dérangeait dans cette maison. Cependant, elle n’eut pas le temps de répondre : sa sœur entrait déjà. Philomène n’eut d’autre choix que de la suivre.
Il leur indiqua un salon meublé confortablement. La pièce, vaste, contenait aussi une salle à manger. Sur la table étaient empilés des colis de diverses tailles.
— Installez-vous. Je vais regarder.
Léanne lui sourit et s’assit sur le canapé. Philomène l’y rejoignit. L’intérieur paraissait chaleureux et cossu : de nombreux tableaux et autres objets décoraient la pièce. Certains lui rappelaient ceux qu’elle classait dans le cabinet de curiosités de Xavier et cela ne lui disait rien de bon. Elle regarda autour d’elle et son attention fut attirée par un objet sur le linteau de la cheminée. C’était un crâne humain, gravé de symboles ésotériques. Elle eut l’impression de voir un voile diaphane autour de lui, comme un visage en surimpression. Elle détourna le regard et sortit son téléphone d’une main peu assurée. Elle écrivit un message à destination de son patron. Léonard déplaçait les cartons en sifflotant.
— Léanne, on devrait…, souffla-t-elle.
— Ah ! s’écria-t-il. J’ai trouvé.
Il les rejoignit et tendit la boite à Léanne. Celle-ci consulta l’adresse et sourit.
— C’est ça. Merci beaucoup ! Cette livraison est très importante pour moi.
— Ce n’est rien. C’est normal.
Philomène entendait à peine ces mots. Elle gardait son attention rivée sur le bras de leur hôte : sous la peau semblait onduler quelque chose, qui se déplaçait. Une onde glacée la traversa. Elle agrippa le bras de sa sœur. Les ondulations s’étendirent à tout le corps de l’homme et distordaient son visage. Léanne poussa un cri et se leva d’un bond, entrainant sa sœur. Léonard n’avait plus rien d’humain. Sa peau se couvrait d’écailles ou se déchirait pour laisser voir un museau et des crocs.
Soudain, le téléphone de Philomène sonna. La créature se figea, en plein milieu de sa métamorphose, et ses mains mi-humaines, mi-serpentines recouvrirent ses oreilles. Il recula.
L’homme se trouvant entre elles et la sortie, Philomène tira sa sœur vers la salle à manger. Puis, elle décrocha :
— Xavier ! Si tu savais…
— Il est en train de se transformer ?
— Euh… Oui… 😉
— Mets le haut-parleur
Surprise, elle cligna des yeux. Puis, elle obéit.
— C’est fait.
— Léonard, je te conseille de laisser partir ces jeunes filles, si tu ne veux pas que je débarque chez toi.
— Je n’allais pas leur faire de mal, siffla la créature.
En entendant sa voix rauque et sifflante, Philomène grimaça.
— À quoi tu joues ? Tu te transformes devant elles ! ça suffit pour que les Inquisiteurs interviennent ! C’est ce que tu veux ?
Léonard donna l’impression de se recroqueviller. Il se détourna avec une moue boudeuse. Puis, son corps reprit son apparence humaine. Il jeta un regard penaud à Léanne et Philomène.
— Léonard ? fit Xavier, d’un ton pressant.
— C’est bon !
— Philomène, ramène ta sœur chez elle.
— Oui… oui, balbutia-t-elle.
Elle jeta un coup d’œil à Léanne, qui la fixait avec des yeux écarquillés. Comment est-ce que je vais lui expliquer ça ?
— Je vous présente mes excuses, intervint alors Léonard, ramenant Philomène à un sujet plus urgent.
Elle pinça les lèvres et le fixa avec sévérité. Puis elle prit la main de sa sœur, qui serrait son colis contre sa poitrine, et l’entraina vers la sortie. Elle ne prit pas la peine de fermer la porte. Les deux femmes coururent dans la rue et ne s’arrêtèrent que lorsqu’elles furent certaines d’être suffisamment éloignées.
Léanne, haletante, se tenait la poitrine.
— C’était… c’était quoi ce truc ?
Philomène grimaça.
— Je t’expliquerai. Mais rentrons d’abord.

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