La femme se présenta devant le magasin à l’heure exacte du rendez-vous. Au contraire de Xavier, qui n’était pas encore arrivé. Philomène la fit entrer et la conduisit au bureau de l’antiquaire. Sa tête recouverte d’un foulard, des lunettes de soleil sur les yeux, elle portait une tenue sobre, sous un manteau de fausse fourrure qui paraissait luxueux. Elle serrait contre sa poitrine un lourd objet en bois brillant.
— Installez-vous, madame Chassieu, fit la jeune femme.
La femme silencieuse s’assit et ôta ses lunettes. Aussitôt, elle déposa la boite sur le meuble, comme si elle voulait s’en débarrasser.
— Je suis venue vendre ça, expliqua-t-elle.
Philomène sourit. Son regard détailla l’objet : c’était un coffret fabriqué dans un bois sombre, qui brillait sous la lumière du plafonnier. Des décors bucoliques et des symboles y avaient été gravés Le couvercle était fermé par une petite serrure dorée avec sa clé.
— Qu’est-ce que c’est ?
— Regardez par vous-même.
Le ton de la femme parut étrange à Philomène. Elle y décelait une certaine urgence, un désir puissant. Son regard ne quittait pas la jeune femme. Toute sa posture soulignait une tension et une raideur inquiétantes. Pourtant, la curiosité rongeait Philomène : que pouvait contenir ce coffret ?
Sans y songer, elle s’approcha. Elle allait toucher le couvercle, quand une main chaude et forte agrippa son poignet.
— N’y touche pas.
Elle leva un regard surpris sur Xavier, qui venait d’apparaitre juste à côté d’elle. Le sorcier scrutait la cliente avec une expression furieuse. Celle-ci détourna les yeux, les lèvres pincées.
— Comment avez-vous eu cet objet ? demanda-t-il, en éloignant doucement Philomène.
— Ce n’est pas important.
— C’est important pour moi. Je suis toujours très rigoureux quant à l’origine des objets que je revends.
La femme soupira. Elle parut soudain épuisée.
— C’est un cadeau. Une boite à musique que mes amies m’ont offerte pour mon anniversaire. Je les collectionne. Mais, je ne la supporte plus.
— Pourquoi ?
La femme hésita. Xavier, le visage fermé, patienta. Sa main tenait toujours le poignet de son employée. Celle-ci, fascinée par cet échange, ne le réalisa pas.
— A cause de cette … chose, il faut que je danse chaque nuit. Je ne dors plus. Il faut que ça cesse.
— Et donc votre idée, c’était de la revendre. Alors que vous aviez conscience de sa malfaisance.
Gênée, la cliente détourna les yeux.
— Je ne revends pas d’objet maudit, madame.
Son air désespéré tordit le cœur de Philomène.
— Mais je peux vous en débarrasser, reprit Xavier.
Le visage de la femme s’illumina.
— Vraiment ?
— Ce service a un certain coût.
— Je paierai ce que vous voulez !
— Les noms, prénoms et informations des amies qui vous ont offert cette chose.
Surprise, la femme cligna des yeux.
— À votre place, je n’hésiterais pas longtemps, ajouta Philomène. Pourquoi protéger des gens qui vous offrent un objet maudit ? Ce ne sont pas des amies.

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