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tome 1, Chapitre 2 « Le démon et la phalène d'ombre » tome 1, Chapitre 2

J’inspire profondément l’air piquant de l’altitude et j’active le communicateur. Un long sifflement retentit, me vrillant le tympan. Je l’éteins aussitôt : la proximité de ces créatures doit perturber les fréquences. Il ne me reste qu’à me remettre en route pour rapidement gagner un poste de contrôle. Alors que j’esquisse un demi-tour, un terrible grondement s’élève et parcourt l’espace… ou plutôt une onde grave qui vibre jusque dans mes os. Je reste comme paralysée, figée dans une fuite qui n’aura pas lieu.

Mon énergie se draine avec une vitesse anormale. Déjà, la force et la taille de mes alaée diminuent à vue d’œil. Elles demeurent juste assez larges pour me maintenir dans les airs. Mon corps se recroqueville en un réflexe de sauvegarde qui n’aide en rien ma situation. Le démon ne m’a pas perdu de vue… D’un puissant coup d’aile, il s’arrache à son agresseur et fond de nouveau sur moi !

Tout me pousse à m’éloigner, mais le moindre mouvement achèvera de consumer le peu d’énergie qui me reste. Dans un dernier geste désespéré, je braque le cylindre argenté de mon foudre en direction de la masse rougeâtre qui s’approche inexorablement. L’arc électrique jaillit et traverse l’espace, en un éclair horizontal, et atteint la créature en plein milieu de la poitrine. Le choc l’arrête pendant un bref instant, juste le temps que j’envoie un ultime flux dans mes alaée, qui reviennent brièvement à la vie… pour disparaître aussitôt.

Mon corps sombre enfin. Mes membres se déploient comme si cette position pouvait ralentir ma chute. J’aurais préféré une collision immédiate, pas ce long moment de vol qui va me laisser le temps de voir ma vie défiler devant mes yeux. Je suis tentée de clore mes paupières et de vider mon esprit, mais un mouvement attire mon regard : la créature noire, dans un large arc de cercle, retourne vers le démon pour l’attaquer de nouveau. Quand elle me frôle, j’éprouve une profonde impression de brûlure, ou peut-être de froid intense… Je continue de tomber ; l’air siffle à mon oreille droite, qui ne porte pas d’appareil de communication. Dans un dernier effort, j’essaye de faire resurgir mes alaées, mais je ne ressens qu’un léger frémissement dans mon dos, à la place du puissant sursaut habituel.

Cette fois, je ferme les yeux, aussi fort que possible. En silence, je fais mes adieux à mes parents, à mes amis, à toute cette vie censée se dérouler devant moi et qui va se terminer d’une façon aussi abrupte qu’impitoyable.

Quelle chose enserre soudain mon dos et mes jambes, avec une vigueur qui me coupe le souffle. Est-ce… une paire de bras ? Mon communicateur grésille, comme s’il revenait à la vie, et une voix hachée prononce des mots que je ne comprends pas. Incrédule, je m’oblige à rouvrir les paupières : un visage se penche sur moi, ovale, aux traits bien dessinés. Derrière une visière translucide qui le protège intégralement, des yeux longs et fins, dont les pupilles me font l’effet de deux gouffres d’ombre, me contemplent intensément. Semblable à un tourbillon de nuit, les mèches d’une chevelure noire s’agitent sous la force des courants d’altitude. Dans mon état de confusion extrême, je ne devrais pas noter ce genre de détail… mais je ne peux m’empêcher de remarquer la couleur vive des mèches qui encadrent sa face : l’une est d’un bleu électrique, l’autre d’un rouge grenat. Mais ce n’est pas ce qui me surprend…

… Car je viens de voir, dans son dos, des alaées d’un type qui n’est pas censé exister… Des lames d’ombre plutôt que de lumière, au nombre inconcevable de dix ou douze de chaque côté, fines et recourbées légèrement en leur extrémité. Plus encore que ma position embarrassante, cette vision me laisse muette d’étonnement. Pour échapper à son incongruité, je cherche du regard la créature et le démon, mais le ciel semble désormais vide, comme si les deux êtres monstrueux s’étaient annihilés mutuellement. Je reporte mon attention sur mon sauveur, afin de lui demander qui il est, et ce qu’il vient de se passer, mais son expression crispée m’en dissuade.

Épuisée, je ferme les yeux… Et, bientôt, plus rien n’existe autour de moi.


Texte publié par Beatrix, 9 août 2026 à 13h35
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