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Dorétoile et l'intrus des greniers
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Dorétoile tapotait paresseusement ses doigts sur la grande table de la salle de banquet. Les domestiques s’affairaient autour de lui, occupés à leurs tâches habituelles dans le château Cristallune.

Son sceptre était posé à côté du grimoire qu’il feuilletait sans trop faire attention. En fait, il s’ennuyait maintenant que Jojo-le-Grand était parti. Il ne savait pas trop quoi faire en attendant que Lysoria revienne de la Forêt d’Orient.

Il feuilleta encore quelques pages, le menton dans la main. Le temps s’étirait comme un élastique, et la journée risquait d’être trèèès longue...

Le jeune sorcier ferma son livre, le rangea dans son sac avec le sceptre, et se leva. Prendre l’air lui changerait peut-être les idées ?

Au beau milieu du couloir vers le jardin, il s’arrêta net, étonné. Une odeur, forte, qui parfumait toute cette portion de couloir. Ça lui chatouillait le nez. Un peu piquant, même. Il n’était pas loin d’éternuer.

Il connaissait cette odeur. D’ailleurs, il ne l’aimait pas trop. Mais qu’est-ce que c’était ? Dans sa tête, elle lui faisait penser à des plats en sauce.

Il se trouvait loin des cuisines. Aucun domestique n’était venu par ici avant lui. Personne en vue ! Il respira encore, essayant de deviner pourquoi cette odeur se trouvait là. Il connaissait bien ce château, et... c’était bizarre, ça. Puis, d’un seul coup, l’odeur disparut. Comme si une éponge avait effacé une tache sur une assiette.

Dorétoile tourna plusieurs fois sur lui-même, les yeux plissés. Il était seul dans ce couloir aux allures habituelles : des tapis, des tableaux, des chandelles.

Vraiment bizarre.

Il haussa les épaules et continua vers le jardin ouest.

Dans l’étable, son dragonnet frétilla de ses minuscules ailes en le voyant, exprimant sa joie de le voir. Il était vrai que cela faisait plusieurs jours qu’ils n’étaient pas allés se balader.

Le jeune garçon décida que c’était une bonne idée. Une fois son sombre compagnon équipé de la selle et du harnais, il lui indiqua la direction des champs. Il savait que son dragonnet aimait cette partie de la campagne. Lui aussi appréciait ces grandes étendues, où son regard pouvait aller jusqu’à l’horizon. Il n’aimait pas trop les forêts.

Ils croisèrent quelques paysans occupés aux récoltes. D’autres transportaient déjà celles-ci vers les greniers. Des enfants ramassaient des morceaux de paille. Ils les plongeaient ensuite dans l’eau de lessive de leur mère. De magnifiques bulles de savon émergeaient alors au beau milieu de dizaines de rires cristallins. C’était vraiment une belle journée au Royaume d’Enchanteria.

En revenant vers Cristallune, le jeune sorcier leva machinalement la tête. Il regarda vers les toits et ses hautes cheminées et plissa les yeux. Il y voyait comme une fumée, alors qu’il savait pertinemment qu’à cette période de l’année, aucun feu n’était allumé dans les cheminées.

Il plissa encore plus les yeux, pour que le soleil ne le gêne plus. Elle se comportait bizarrement, cette fumée grise. Contre le vent. Tournant autour de la cheminée comme... comme un serpent de brume...

Il demanda à son dragonnet d’aller plus vite et rentra rapidement au château. Il devait absolument aller voir ce que c’était.

Le sac en bandoulière cognait contre sa hanche alors qu’il grimpait vers les greniers. Il y avait plusieurs étages à monter – le château était grand. Le jeune garçon ne courait pas, mais il se dépêchait.

Il respirait lentement, pour ne pas se fatiguer. Il réfléchissait en même temps. Qu’est-ce que ça pouvait bien être ? Les brouillards maléfiques ne se trouvaient jamais aussi haut au-dessus du sol. Et de toute façon, on n’en avait toujours vu que dans le Marécage Puant, tout à l’ouest d’Enchanteria. Une sirène éthérée ? Non, on était bien trop loin de la mer.

Bon sang, qu’est-ce que c’était ? Il repensa alors au moment où il avait été dans l’escalier avec Pahapi. Celui-ci l’avait suivi jusqu’au premier étage, car il allait dans sa chambre prendre un livre. C’était là que, tous les deux, ils avaient éternué. Cette drôle d’odeur était là. La même que plus tôt dans la mâtinée. Pourtant, ils étaient encore plus loin des cuisines que tout à l’heure dans le couloir...

Sans en être complètement sûr, Dorétoile était désormais persuadé que les deux mystères étaient liés.

Il arriva au dernier étage. Celui où se trouvaient les greniers. Là où les domestiques ne mettaient jamais les pieds. On pouvait bien y croiser une ou deux souris, ou un chafouille, mais sinon, c’était surtout du bazar et de la poussière.

Le garçon était déjà venu ici, mais jamais seul. Il n’avait pas peur, non. Mais... C’est qu’il n’aimait pas les chafouilles. Ces bestioles aimaient se cacher dans les coins. Derrière les portes. Et quand on passait à côté, zip, elles vous chatouillaient dans le cou et vous chipait un petit quelque chose. Un bouton. Un lacet de chaussure. Une petite cuillère. Et elles disparaissaient avant qu’on ait pu dire ouf ! Personne ne savait où elles se cachaient, et encore moins ce qu’elles faisaient de tout ça !

Dorétoile avança lentement dans le couloir. Sur sa gauche, le toit en pente avait quelques minuscules ouvertures rondes. De là, il voyait les autres pentes de toit, quelques cheminées. Le grand ciel bleu et les champs, plus loin.

A droite, une enfilade de plusieurs pièces, fermées par de vieilles portes en bois. Quand il posait un pied, un peu de poussière se soulevait. On voyait ses traces de pas comme s’il avait marché dans de la neige. Heureusement qu’il ne courait pas !

Il décida de s’arrêter devant la première pièce. C’était un bon début. Il posa sa main sur la poignée. Il ouvrit la porte, prêt à se défendre contre un chafouille, et...

L’odeur de brioche emplit tout le couloir. Dorétoile la reconnut immédiatement et il se détendit. Il se pencha avec respect pour saluer celui qui venait de le rejoindre.

— Bien le bonjour, honorable Giladoc-le-Brun. Comment vous portez-vous aujourd’hui ?

— Ça va bien, gamin. Qu’est-ce que tu viens traîner ici ?

— J’ai vu quelque chose sur la cheminée, je me disais que...

— Ah, tu l’as vu aussi ! Sadora ne pourra plus dire que je yoyotte du chapeau ! SADORAAA !

Dorétoile se couvrit les oreilles : c’est que le cri d’un fantôme, surtout vieux comme Giladoc-le-Brun, c’était puissant ! Même les portes vibraient !

Une silhouette de brume vert clair, flottant depuis l’autre bout du toit, s’approchait lentement, prenant son temps. Une douce odeur de thym frais commença à se faire sentir : la Comtesse Sadora répondait à l’appel de son rustique époux. Les deux parfums, brioche et thym, se mélangèrent lorsque les deux silhouettes vaporeuses furent l’une à côté de l’autre.

— Mes hommages, Comtesse, dit le jeune sorcier.

— Bonjour, sorcier. Mon époux t’importune-t-il ?

La voix bourrue de Giladoc-le-Brun rétorqua, dans une forte odeur de brioche un peu chaude :

— Mais qu’est-ce que tu crois ? Bien sûr que non ! Mais, lui, il a vu cet intrus sur la cheminée. Comme moi ! Tu vas me croire, maintenant ?

— Cessez de gesticuler ainsi, mon ami : vous répandez vos volutes rougeâtres dans tout le couloir.

— Je gesticule autant que je veux, moi !

— Très cher, je vous serais reconnaissante de rester courtois avec notre jeune ami si présent.

— Courtois ! Je manque de courtoisie, moi, maintenant ?

Bien qu’amusé de la relation entre ces deux vieux fantômes, Dorétoile osa les interrompre :

— Excusez-moi, c’est quoi cette histoire d’intrus ?

Les deux silhouettes semblèrent se tourner vers lui, et la Comtesse réagit. Elle se moqua de Giladoc-le-Brun :

— Oh, mon cher époux est persuadé que nous avons un nouveau résident à Cristallune.

— Mais évidemment que c’est ça ! Un nouveau fantôme. Il ne s’est même pas présenté. Il se promène, s’installe, sans rien demander à personne.

Dans la tête de Dorétoile, son cerveau rassemblait tous les morceaux : l’odeur dans le couloir et dans l’escalier. Le serpent de brume autour de la cheminée. Ce serait donc un nouveau fantôme ?

Il questionna le couple :

— Pourquoi est-il là ?

La brume rouge haussa les épaules et tonitrua :

— Déjà qu’on ne me croit pas, tu penses bien que je ne suis pas allé lui parler !

Sadora poursuivit :

— Il n’est pas poli de s’inviter dans un château déjà occupé. Je n’irais certes pas adresser la parole à un tel malotrus !

Le sorcier se tapota la joue de son doigt et réfléchit.

De ce qu’il avait vu – et senti – ce nouvel arrivant se promenait partout dans Cristallune. Depuis le toit jusqu’aux salles du bas. Mais il n’avait pas vu de choses cassées, ni déplacées. Personne n’avait raconté qu’il avait eu peur ou avait été embêté.

Sa décision fut rapidement prise :

— Giladoc-le-Brun, vous pouvez me montrer comment aller sur le toit ?

Un éclair rouge de brioche trop cuite tonna :

— Mais tu es complètement fou ! Aller sur les toits ! Pourquoi ? Pour aller rencontrer cet étranger ? Ce chenapan qui veut nous prendre notre place, à Sadora et moi ? Nous sommes ici depuis 587 ans, mon bonhomme ! Nous ne...

Un bras de brume verte, légère comme une plume, vint se poser sur la silhouette rouge de colère. La voix à l’odeur de thym de la Comtesse apaisa son mari énervé :

— Voyons mon cher. Ce garçon est courageux et a déjà largement prouvé ses compétences. Je ne comprends pas non plus pourquoi il veut y aller, mais nous ne pouvons refuser de l’aider.

La silhouette se détacha de son époux et s’approcha du jeune garçon :

— Viens, sorcier. Tu pourras passer par la trappe de la dernière salle.

Dorétoile suivit les deux fantômes dans le couloir jusqu’à la dernière pièce. Il était le seul à laisser des traces dans la poussière, bien sûr. Mais le couple soulevait tout de même un peu de poudre grise sur leur passage. Il faisait donc bien attention de ne pas en respirer, pour ne pas éternuer.

Il restait un peu de peinture verte sur la porte de la dernière salle, formant des mots : « Atelier de ramonage ».

Sadora se plaça devant, alors que Giladoc-le-Brun traversait déjà l’épaisseur de bois. Elle pesta :

— Aucun savoir-vivre. Oublie-t-il que tu n’es pas un spectre ?

Son mari l’avait entendu et s’écria de l’autre côté de la porte :

— Comme s’il avait besoin de moi ! Tu vas te débrouiller, pas vrai mon garçon ?

Le jeune sorcier soupira, lassé des disputes de ses deux compagnons. Par précaution, il prit son sceptre en main, et saisit la poignée de la porte. Ronde, en métal usé et terni par le temps, elle était glacée. C’était si froid que ça brûlait presque la peau du jeune garçon. Il retira vivement sa main en sifflant, et porta ses doigts à sa bouche pour les réchauffer.

— Aïe... !

La Comtesse bredouilla :

— Oh... Bien sûr... En passant, mon époux a gelé la poignée. Je te présente nos excuses. Cela va passer.

Dorétoile patienta quelques secondes et, en effet, il put ouvrir la porte sans se geler les doigts.

Il grimaça en entendant la porte grincer en s’ouvrant. Une grande pièce, très sombre, se trouvait devant ses yeux. Il fouilla dans son sac et en sortit un morceau de bois tordu qu’il secoua très fort. La lumière commença à jaillir du bois, d’abord faiblement, comme si elle toussait. Puis elle fut assez forte pour éclairer toute la pièce.

Giladoc-le-Brun fut impressionné :

— Une racine de luisarbre ! Très futé, ça !

Le sorcier s’engagea avec prudence dans la pièce, en essayant d’éclairer tous les coins et recoins. Tout un tas de choses étaient rangées... Non, pas rangées, c’était un vrai désordre ! Même sa chambre était mieux rangée que ça ! Des seaux, des brosses avec un très long manche, des chiffons par dizaines. Tout était mélangé et sale. Il s’étonna :

— Il n’y a plus beaucoup de ramoneurs, j’ai l’impression.

Ce fut Sadora qui répondit :

— Diantre non ! Cela fait bien longtemps que l’on fait appel aux farfadets pour nettoyer les cheminées ! Viens, la trappe est par là.

Elle le conduisit vers le bout de la pièce, tout à droite. Giladoc-le-Brun attendait déjà à côté d’une petite échelle fixée au mur. Et, en effet, en haut de cette échelle, il apercevait une trappe. Il pourrait se rendre sur le toit par là.

Il glissa le sceptre dans sa ceinture, pour libérer une main, et mit la racine en bouche pour garder un peu de lumière. Au moment où il posa un pied sur la première barre de l’échelle, il sentit un chatouillis dans son cou.

Dorétoile sursauta, ouvrit la bouche en criant. Son sac tomba au sol, et le chafouille s’enfuit avec.

— Non !

Le garçon ramassa la racine et se précipita derrière la bestiole. Du coin de l’œil, il vit un brouillard mi-rouge mi-vert qui filait à côté de lui.

Le chafouille se sauvait maintenant dans le couloir, où Dorétoile, Sadora et Giladoc-le-Brun le suivirent. Le voleur entra dans la première pièce, celle dont il avait ouvert la porte à son arrivée à cet étage.

Il s’engouffra dans la salle, avant de s’arrêter net. Il faisait très sombre, et il secoua à nouveau la racine pour éclairer l’environnement autour de lui. Les deux fantômes n’avaient pas franchi la porte. Leurs silhouettes vaporeuses semblaient trembler un peu et Giladoc-le-Brun grommela :

— Euh, grumpf... Tu te débrouilleras bien sans nous. Euh, on va rester là. Surveiller tes arrières, quoi.

La brume verte était collée à la rouge, comme pour y chercher du réconfort. Dorétoile comprit que quelque chose leur faisait peur, et il redoubla de prudence.

La racine de luisarbre donnait suffisamment de lumière pour qu’il puisse bien voir devant lui. La pièce était presque vide, avec des étagères le long des murs. Il y voyait un ou deux livres abandonnés à moitié grignotés par des souris. Un vieux fauteuil tout usé, rapiécé, trônait au centre de la pièce. Une vieille bibliothèque.

Les petites traces de pas du chafouille indiquaient qu’il s’était caché derrière le fauteuil.

Le sorcier saisit le sceptre dans sa ceinture et le brandit. Sans son grimoire, il se trouvait bien embêté pour trouver le bon sort !

Mais il se souvenait tout de même de quelques formules qui pourraient l’aider. Il commença à réciter l’une d’elles.

Concentré, Dorétoile s’appliqua à formuler le sort d’immobilisation que Jojo-le-Grand lui avait appris. L’air se mit à chanter quelques notes, toujours les mêmes. Le sort chantant suivit l’orientation du sceptre, qui pointait maintenant le fauteuil. Les notes devinrent plus fortes, plus nettes.

On entendit un petit hoquet de surprise, et les notes s’arrêtèrent. Le sorcier sut à ce moment-là que son sort avait fonctionné : le chafouille était attrapé !

Dorétoile avança en tenant solidement le sceptre dans sa main. Maintenant que le sort bloquait la bestiole, le silence envahissait toute la pièce. Le jeune garçon fit encore quelques pas. Il lançait des regards autour de lui avec prudence. Tout était calme.

Soudain, une grosse voix briochée retentit :

— Alors, tu l’as attrapé ?

Dorétoile sursauta. Giladoc-le-Brun l’avait surpris ! Il se fâcha contre le fantôme :

— Par les runes sacrées, messire ! Laissez-moi faire !

Le garçon continua d’avancer, et contourna le fauteuil petit à petit. Il ne voyait toujours pas le chafouille. Encore un pas. Là, il voyait la lanière de son sac.

Il avait donc bien réussi à rattraper le chapardeur et il allait pouvoir récupérer son grimoire !

Dorétoile fit encore un pas.

Dans la lumière de la racine de luisarbre, il voyait maintenant parfaitement son sac. Mais pas de chafouille. Il eut beau regarder dans tous les coins, pas de chafouille.

Il s’avança pour ramasser le sac quand, juste à côté, il aperçut une brume grise figée. Couchée au sol, une silhouette grise transparente, comme si elle dormait.

Le sorcier éternua. Fort. Trois fois.

Ça y est, il se souvenait ce que c’était que cette drôle d’odeur : du poivre !

Alors, subitement, il comprit. Il assembla toutes les pièces du mystère et le résolut.

Il pointa son sceptre vers la vapeur grise au sol. Puis il récita le contre-sort. Celui qui permettait de libérer de l’immobilisation.

Petit à petit, la brume s’étira. Se leva. Toussa.

Dorétoile questionna :

— Comment te sens-tu ?

Une petite voix, douce mais piquante comme le poivre, répondit :

— Bien, mais c’était pas sympa de m’avoir lancé ce sort.

— Désolé, il ne t’était pas destiné.

Une odeur de thym se mélangea à l’odeur de poivre : Sadora avait semble-t-il décidé que tout danger était écarté. Elle dit, un peu menaçante :

— Qui êtes-vous, intrus ? Vous n’avez pas le droit de vous introduire ici, Cristallune est déjà hanté.

— Bien dit, ma tendre ! Qu’il fiche le camp !

Le sorcier fronça les sourcils :

— Laissez-le d’abord s’expliquer, s’il vous plaît. Il n’a fait aucun mal à personne.

La silhouette grise s’étira encore, comme un enfant qui se réveillerait le matin, puis voleta autour des trois compagnons. Elle gémit en s’arrêtant devant Dorétoile.

— Tu l’as bien vu, hein ? J’ai récupéré ton sac : cette bestiole allait filer avec.

La brume grisâtre tendit un bras vers une fissure dans le mur :

— Il s’est enfui par là. Je ne le laisserai pas revenir, tu as ma parole.

Le sorcier hocha la tête.

— Merci beaucoup pour ton intervention. Mais ça n’explique pas pourquoi tu es là sans t’être annoncé.

— Ça fait les lustres que je cherche un endroit où vivre. Alors je me cache.

La brume poivrée se colla dans le fauteuil, la tête baissée, comme si elle était triste.

— J’aimerais tellement ne plus être un fantôme errant.

L’odeur de brioche se fit plus sucrée.

— Comment ça, errant ? Tout fantôme doit avoir un toit ! Comment tu t’appelles ?

— Aedan.

Giladoc-le-Brun haussa la voix :

— Eh bien, Aedan, il est hors de question qu’on raconte que je laisse un fantôme sans lieu à hanter ! Tu vas rester ici !

La Comtesse réagit, un sourire dans sa voix fraîche aux odeurs de l’été :

— Mon cher... Votre décision est soudaine, mais je vous reconnais bien là : généreux et chevaleresque.

La brume rouge sembla... rougir et le fantôme bafouilla :

— Grumpf... Voyons, n’en faites pas tout un plat !

Dorétoile éternua encore, mais dans un sourire de joie, cette fois : Aedan s’était mis à sauter sur place en riant.

— C’est vrai ? Je peux rester ? Oh chouette !

Sadora annonça :

— Venez, descendons avertir Ma-Mye et Pahapi que leur château a un nouveau résident.

Le lendemain, Dorétoile retourna dans la vieille bibliothèque sous les toits. Il avait apporté un seau, un balai. Il avait discuté avec Pahapi, qui était d’accord. Le sorcier allait pouvoir utiliser cette pièce pour installer son laboratoire. Il l’avait choisie parce qu’elle avait encore la mémoire de tous les livres qui y avaient été rangés.

Une fois propres, les étagères pourraient à nouveau être remplies de nouveaux ouvrages. Il changerait le fauteuil et ferait apporter un pupitre.

Il ne craignait plus les chafouilles : il savait qu’Aedan veillerait.

Lysoria ne tarderait sans doute pas à rentrer de son voyage : il avait hâte de lui présenter son nouvel ami !

Il commença à laver le sol.

— Matthieu ? Je suis rentrée ! T’es où ?

— Monte, Éléna, je suis dans ma nouvelle bibliothèque !


Texte publié par Hiraeth, 3 août 2026 à 10h56
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