La matinée était déjà bien entamée quand Lysoria entra dans sa chambre.
Elle claqua la porte, soufflant de colère. Puis elle se retourna, posa les mains sur la porte, comme pour s’excuser : elle n’était pas chez elle, elle n’avait pas le droit de claquer les portes.
Cette chambre, c’était celle de Cristallune, le château de Pahapi et Ma-Mye dans la Cité Arc-en-Ciel. En tant qu’invitée, elle devait bien se tenir.
Mais quand même, la petite fille était en colère. Elle avait besoin de… ah, de crier, de lancer quelque chose, quoi !
Elle attrapa sa peluche licorne et la jeta avec force contre le mur en criant.
Ah. Oui, voilà, ça allait déjà mieux.
Puis la magicienne s’assit sur le lit et réfléchit.
Finalement, c’était un peu sa faute, tout ça.
Elle se revoyait, au moment de préparer ses affaires pour venir à Cristallune : sa robe verte avec les étoiles, sa cape blanche, sa peluche, sa baguette…
Et elle revoyait bien la bouteille dorée. Oui, celle-là. Celle qui était restée, bêtement oubliée sur sa commode !
Ces derniers jours, elle avait beaucoup utilisé le contenu de son petit flacon, qui s’était vidé très vite. Et ce qui devait arriver arriva : il ne restait maintenant que quelques grains collés au fond du flacon.
Et comme les ennuis n’arrivaient jamais seuls, le vieux magicien du marché était justement parti en voyage et ne pouvait la dépanner d’un peu de cette merveilleuse poudre de soleil fabriquée par les fées. Les autres boutiques avaient bien d’autres sortes de poussières de fées, mais elle, elle prenait toujours celle de soleil.
Voilà pourquoi elle était en colère : si elle n’avait pas oublié sa bouteille, tout aurait été parfait.
Parce que Lysoria était assez fière d’elle. Elle avait compris comment bouger sa baguette pour lancer le sort. Mais il lui fallait aussi sa poudre magique, pour créer un enchantement complet. Elle y était presque : Fritz, le chien du cuisinier, avait presque parlé, la dernière fois ! Mais là… c’était fichu.
Elle prit le petit flacon accroché à sa taille, et le regarda fixement. Elle se mordit la lèvre du bas, et ses yeux commencèrent à piquer. Elle renifla : qu’est-ce qu’elle pouvait faire ? Le flacon n’allait pas se remplir tout seul !
Elle resta comme ça quelques secondes. Oui, quelques secondes, car c’était mal connaître la vaillante magicienne que de penser qu’elle allait baisser les bras ! Elle continua à réfléchir et eut une idée.
Elle devait parler avec son frère !
— Mais Lys, je ne peux pas partir comme ça ! Jojo-le-Grand est encore là pendant deux jours et je dois rester.
Lysoria croisa les bras et fit la moue. Puis, la tête baissée, elle s’assit sur le banc à côté du jeune sorcier. Elle regarda ses mains, posées sur les genoux et soupira.
— Pffff.
Au bout d’un moment, elle se dressa sur ses pieds et annonça :
— Alors je vais y aller seule !
Et, sans attendre d’autre réponse de Dorétoile, elle se dirigea vers sa chambre, pour préparer son voyage jusqu’à la Clairière Kijani, pays des fées de la Forêt d'Orient.
Le temps de dire “saperlipopette”, et Lysoria se tenait fièrement sur son dragonnet blanc aux portes de la ville. Pahapi, sur son cheval couleur chocolat, avait décidé de l’accompagner jusqu’à la lisière de la forêt. Il continuerait ensuite jusqu’à Port-Nénuphar où il devait récupérer quelques pièces pour réparer l’horloge du château.
Jojo-le-Grand et Dorétoile avaient arrêté leur duel de lancers de sorts pour venir lui souhaiter bonne route, aux côtés de Ma-Mye.
— Salue Fae-Isali pour moi. Et rappelle-lui que j’attends toujours qu’elle passe me voir !
— Promis.
La petite fille et le grand souverain s’engagèrent sur la route, papotant, riant et profitant de ce grand soleil d’été.
Ils étaient à peine hors de vue de la cité que Pahapi se pencha vers la magicienne :
— Lysoria, je dois te confier quelque chose.
Surprise, elle leva les yeux vers le roi, qui lui tendait un petit mouchoir plié. Elle le prit dans sa main, et sentit que quelque chose, à l’intérieur, bougeait doucement.
— Fais attention, elle est très fragile.
Lysoria écarta un morceau du tissu à dentelle et vit une toute petite aile transparente. Un autre pan du mouchoir, et une deuxième aile apparut. Entre les deux, une petite tête avec un liseron en guide de chapeau. Et sous le liseron, un petit visage fatigué et triste.
— Une fée ? Mais…
— Je te présente Fae-Nyalie. Je l’ai trouvée il y a quelques jours, sur un rebord de fenêtre. Elle m’a expliqué qu’elle se rendait à la Clairière Kijani, mais qu’elle était tombée en vol et que, depuis, elle n’arrivait plus à se servir de ses ailes.
— Elle est blessée ?
A ce moment-là, une petite voix se fit entendre :
— Non, je vais bien. J’ai juste oublié comment on fait.
Lysoria pencha la tête vers cette petite chose dans sa main et demanda :
— Pourquoi tu as oublié ?
— Parce que je ne retiens pas bien tout ça… Je ne suis plus une fée, si je ne peux plus voler…
Fae-Nyalie prit son visage dans ses mains et se mit à pleurer. Lysoria n’osa pas lui demander si ça lui arrivait souvent, d’oublier quelque chose d’aussi important…
Pahapi ajouta :
— J’aimerais que tu la portes jusqu’aux siens, qui pourront sûrement l’aider.
La petite fille hocha la tête, et dit bien fort :
— Oui, compte sur moi !
Elle déposa le mouchoir avec Fae-Nyalie sur la tête de son dragonnet. La petite fée s’installa confortablement pour le reste du voyage.
Les arbres de la Forêt d’Orient chantaient avec la brise de cette fin de journée. Leurs branches et leurs feuilles se répondaient harmonieusement, comme une chorale de verdure. Lysoria adorait ce chant, doux comme un câlin.
Pahapi la salua, et lui souhaita bonne route : ce n’était plus très loin, à présent.
Fae-Nyalie questionna :
— Tu es déjà venue à la Clairière Kijani ?
— Non, c’est nouveau pour moi.
— Tu verras, c’est très beau. Mais cette forêt abrite de drôles de phénomènes, tu sais !
La magicienne attrapa sa baguette, prête à tout.
— Allons-y.
Sous les arbres, avec la lune qui montait dans le ciel, les arbres étaient presque muets. La brise ne les atteignait pas tous, et ils étaient silencieux pour la majorité d’entre eux.
Soudain, un ricanement retentit à côté du dragonnet qui s’arrêta net.
Lysoria sursauta. Elle regarda autour d’elle, mais ne vit rien. Rien du tout.
Les doigts si serrés sur sa baguette qu’elle en avait bientôt mal aux doigts, elle attendit en ouvrant grand les yeux et les oreilles.
Fae-Nyalie restait, elle aussi, silencieuse.
Plus rien.
Lysoria demanda à son dragonnet de continuer.
A peine quelques mètres plus loin, le ricanement reprit. Cette fois, la petite fille vit une tache colorée entre les arbres.
— Qui est là ? dit-elle en pointant sa baguette dans cette direction.
La fée, de sa toute petite voix qu’on entendait à peine, déclara :
— Tu sais, tu devrais continuer d’avancer sans te soucier de lui. Il ne fait qu’embêter les gens qui passent par ici.
— Que… C’est qui ?
A ce moment-là, deux coups de sabots contre un tronc d’arbre, accompagnés d’un grand rire moqueur, emplirent tout l’espace.
Lysoria n’aimait pas qu’on se moque d’elle - surtout sans savoir qui, ni pourquoi ! Son cœur battait très vite, avec un peu de peur. Mais surtout un peu de colère parce que l’autre ne se montrait pas et continuait de rire.
Elle prit son courage à deux mains et descendit du dragonnet. Fae-Nyalie râla :
— Eh, ne me laisse pas toute seule !
La magicienne tendit la main, la fée grimpa sur sa paume. Puis, doucement, Lysoria permit à Fae-Nyalie de s’installer sur son épaule, accrochée aux broderies de sa robe.
Les feuilles d’arbre séchées craquaient sous les sabots, là, derrière les arbres. Le rire moqueur continuait encore.
Lysoria, la baguette en avant, avançait courageusement.
Un pied après l’autre. La fillette respirait vite, le coeur battant. Derrière elle, son dragonnet ne la quittait pas des yeux.
Puis, enfin, elle vit la silhouette de l’être étrange qui faisait ces bruits de pas et qui se moquait d’elle.
La magicienne ouvrit grand les yeux.
Elle ouvrit grand la bouche, aussi, oubliant presque de respirer.
Et elle n’eut pas peur.
La créature était magnifique.
Ses quatre longues pattes blanches étaient fines et musclées, prêtes à aller plus vite que le vent. Sa crinière étincelante se soulevait comme des fils de soie dès que la tête se penchait un peu de ci ou de là. Sa queue portait toutes les couleurs de l’arc-en-ciel.
Toujours en ricanant, la créature magique leva ses grands yeux bleus vers Lysoria.
La magicienne ne pouvait pas détacher ses yeux de la merveilleuse corne en spirale qui se trouvait sur le front de la licorne. La corne brillait d’une lumière légèrement argentée, qui frémissait comme celle d’une bougie.
Fae-Nyalie tapota le cou de Lysoria pour attirer son attention :
— C’est Émile. Il adore jouer à faire peur aux visiteurs.
Une voix grave lui répondit entre deux rires :
— Salut Fae-Nyalie ! Tu n’as jamais su t’amuser ! Tu nous amènes qui de beau ?
— Elle, c’est Lysoria. Elle me porte jusqu’à la clairière.
— Depuis quand tu as besoin d’une charrette ?
Fae-Nyalie se pinça les lèvres et jeta un œil à ses ailes, toutes fripées dans son dos à force de ne pas être utilisées. Elle fronça les sourcils, se concentrant pour se souvenir. Non, penser aux oiseaux, ça ne suffisait apparemment pas. Elle lui répondit tristement :
— Je ne sais plus comment voler. Tu sais, c’est vraiment pas drôle.
Lysoria écoutait les deux êtres féeriques discuter, ne sachant pas trop quoi faire. Elle pensa qu’Émile cesserait de rire, mais il n’en fut rien.
— Ah bah, un petit coup de ventilateur, et ça ira bien. Sur ce, les gamines, je me sauve !
Trois coups de sabots plus tard, la queue arc-en-ciel d’Émile disparaissait entre les arbres.
La magicienne reposa Fae-Nyalie sur la tête de son dragonnet et lui parla avec beaucoup de douceur :
— C’est ton ami ? Il n’est vraiment pas sympa.
— Émile n’est pas méchant, mais il ne sait pas s’arrêter. Il vaut mieux l’éviter, quand il est comme ça.
— Est-ce que c’est encore loin ? Parce qu’il fait bientôt très noir, et on risque de sortir du chemin. On ferait peut-être mieux de s’arrêter pour la nuit ?
— Non, c’est tout près maintenant, juste après le chêne tordu. Ta baguette ne peut pas nous éclairer ?
Lysoria sourit :
— Si !
Elle regagna sa place sur sa selle, et, d’un petit coup de poignet bien ajusté, alluma l’extrémité de sa baguette. Un halo d’un bleu très clair, presque blanc, éclaira le chemin. Le dragonnet n’attendit pas et avança en faisant attention où il posait ses pattes, pour ménager ses passagères.
Une faible musique, comme un xylophone, tintait dans l’air du soir. Elles avaient dépassé le chêne tordu et pouvaient maintenant voir la Clairière Kijani.
La magicienne rangea sa baguette : il y avait bien assez de lumière.
Les arbres de la forêt protégeaient la clairière où une multitude de petits nids de brindilles vertes étaient accrochés le long d’une autre multitude de lianes. Des nids ronds, un peu comme des boules de Noël, avec une petite ouverture et des fenêtres. Toutes les nuances de vert étaient présentes : clair, foncé, sapin, émeraude...
Lysoria ne savait plus où poser ses yeux.
Entre les nids, un va-et-vient incessant de fées, apparemment toutes occupées à des choses très urgentes. Ça tintait et bourdonnait comme dans une ruche.
La magicienne descendit de selle et laissa son dragonnet à côté d’un arbre. Celui-ci se roula en boule en bâillant. Peu importait l’agitation autour de lui, cela ne l’empêcherait pas de dormir !
Au milieu de toute cette effervescence, Fae-Nyalie expliqua :
— C’est bientôt la saison des lucioles. C’est pour ça que je revenais. Il y a beaucoup de choses à préparer.
Deux petites fées - il était vrai que toutes, sans exception, n’étaient pas plus grandes que Fae-Nyalie - vinrent à leur rencontre. La fée de droite, un jeune garçon, pointa son doigt et râla :
— Tu es en retard, Fae-Nyalie.
— Pas ma faute. Je suis tombée et…
— Tu as encore oublié comment voler…
La fée regarda ses doigts, puis ses ailes, les joues rouges de honte.
— Oui…
La seconde fée, une fille qui semblait plus âgée, répondit en secouant la tête :
— Ah là là… Un jour il faudra quand même que tu te souviennes de ce qui te fait t’envoler. Fae-Maladan, va chercher sa grand-mère.
Puis elle s’adressa à la fillette, ouvrant les bras et les ailes dans un geste accueillant :
— Sois la bienvenue, Lysoria la Magicienne. Je suis Fae-Alwen. Je vais te conduire à notre reine.
La petite fille ne put cacher sa surprise, car elle n’était jamais venue :
— Co… Comment ça se fait que tu saches qui je suis ?
La fée rit, d’un beau rire qui rebondissait comme les clapotis d’un ruisseau sur des galets :
— Hihi, toutes les fées connaissent la magicienne au dragonnet blanc qui mélange la poudre de fée à sa magie. Une idée formidable, si tu veux mon avis.
Lysoria sentit son cœur cogner dans sa poitrine et ses joues devenir toutes rouges et chaudes. Elle sourit en retour :
— Merci, c’est gentil. J’essaye de m’améliorer.
Le trajet jusqu’au nid-palais fut un moment magique… pour la magicienne, qui regardait absolument tout autour d’elle. Les fées qui tressaient des fleurs. Celles qui creusaient des lanternes dans des noisettes. D’autres encore qui apportaient feuilles et mousses jusqu’au couvoir. Elle questionnait sans arrêt Fae-Nyalie, posée sur son épaule. Celle-ci lui expliqua avec plaisir et une foule de détails tout ce qui se tramait pour organiser la fête.
Lysoria ne put contenir sa curiosité et se pencha au-dessus du couvoir : des centaines d’œufs de lucioles étaient sur le point d’éclore. Chez les fées, c’était l’occasion d’une fête des plus grandioses.
Elles arrivèrent enfin devant la demeure de la reine des fées de la Forêt d’Orient, Fae-Isali. La petite souveraine - c’était une fée, donc petite - les attendait sur une branche juste à côté.
Il était impossible de ne pas reconnaître la reine quand on la voyait, car ses ailes étaient un peu plus longues que celles des autres fées. Et, bien sûr, il y avait la couronne. Une jolie couronne de perles de rosée, maintenues par des fils de soie scintillants.
A ce moment-là, un bourdonnement grave s’approcha. Une fée, toute petite mais surtout très âgée, était portée dans un hamac par deux autres fées.
Fae-Nyalie s’écria, joyeuse :
— Grand-mère !
Lysoria déposa Fae-Nyalie sur une souche et sa grand-mère la rejoignit. Les deux fées s’étreignirent et commencèrent à se raconter leurs dernières journées.
La magicienne s’écarta, et reporta son attention sur la reine. Elle s’approcha et s’inclina. Elle avait des papillons dans l’estomac : Ma-Mye connaissait cette reine, elle devait faire bonne impression !
Fae-Isali s’adressa à elle avec une voix un peu sucrée, et qui ressemblait à du velours.
— Bienvenue dans la Clairière, Lysoria.
— Merci, majesté. Je dois vous transmettre les salutations de notre reine, Ma-Mye, qui attend votre visite avec impatience.
— Comment vont mes bons amis ?
Lysoria releva la tête et sourit. La reine des fées était simple et chaleureuse, et lui parler était aussi simple qu’à Ma-Mye.
— Ils vont bien. Pahapi s’est rendu à Port-Nénuphar pour ses horloges.
— Il a donc toujours cette passion pour les rouages et engrenages ?
— Hihi, oui, et cela agace parfois tellement Ma-Mye qu’elle se sauve dans une autre aile du château !
Fae-Isali déplia ses ailes et s’éleva avec grâce. Elle voleta jusque devant le visage de la magicienne :
— Je devine pourquoi tu nous rends visite. Suis-moi.
Étonnée, Lysoria hésita une fraction de secondes. Juste ce qu’il fallut à Fae-Nyalie pour voler jusqu’à elle :
— Regarde, j’ai réussi à me rappeler ce qui me fait voler ! Les myrtilles, bien sûr ! J’aime trop les myrtilles !
— Oh, je suis si contente pour toi !
— Je vais t’accompagner.
Fae-Nyalie plaqua subitement ses mains sur sa bouche et regarda sa reine en ouvrant grand les yeux. Elle bredouilla :
— Euh, si vous êtes d’accord, majesté, évidemment.
La reine des fées eut un petit sourire en coin, et la rassura :
— Bien sûr. Venez.
Elles se rendirent à l’autre bout de la clairière. Il fallut bien dix minutes de marche, car la Clairière Kijani était très grande.
Un gros arbre mort se trouvait là. Ses branches étaient tombées et son tronc était éventré. Sans doute un éclair, il y avait bien longtemps. Une dizaine de fées, des soldats, étaient postées tout autour.
Lysoria comprit que cet endroit était important et précieux.
Quand ils virent la reine, deux des soldats vinrent la saluer. Fae-Isali répondit avec un élégant hochement de tête, faisant briller les perles de sa couronne dans la lueur des lanternes.
— Allez me chercher une once de poussière de lune.
— Tout de suite.
Ils disparurent dans un bruissement d’ailes pressé.
La magicienne, confuse, se tourna vers la reine. Elle se racla la gorge, ne sachant pas trop comment aborder le sujet. Elle essaya tout de même :
— Euh, majesté. Je… D’habitude, j’utilise juste de la poudre de soleil. Je n’ai pas assez de sous pour acheter de la poussière de lune. Je… Je suis désolée, mais je ne peux pas payer ça. Vous n’avez pas de poudre ?
— Faites-moi l’honneur d’accepter ceci en remerciement pour avoir soutenu l’un de mes sujets. Fae-Nyalie a pu arriver saine et sauve ici grâce à vous.
— Ah. Euh…
Lysoria fut heureuse de cette marque de gratitude, tout en étant un peu gênée : elle n’avait pas eu l’impression d’avoir fait quelque chose d’exceptionnel. Pas comme avec le tristenoir, par exemple… Elle fit donc la seule chose qu’il restait à faire :
— Merci, majesté.
Fae-Isali sourit, comme amusée de la réaction de la fillette. Lorsque les soldats revinrent chargés d’une grosse bouteille de poussière de lune, elle leur demanda de la remettre à Lysoria. La magicienne la serra contre elle avec des yeux brillants : ses sorts allaient devenir incroyables, avec ça !
La saison des lucioles démarrait le lendemain, et Lysoria fut invitée à rester et à festoyer avec la colonie de fées.
Ce fut une fête incroyable ! Voir les lucioles s’éveiller et prendre leur envol était d’une beauté à couper le souffle. Les chants et les danses des fées résonnaient encore à ses oreilles. La fillette garderait de son séjour ici un souvenir impérissable.
Mais il fallut aussi songer à reprendre le chemin du retour. Dorétoile risquait de s’inquiéter si elle tardait trop.
Elle prépara avec soin son dragonnet, qui semblait ne pas avoir trop envie de repartir. Il faut dire qu’il avait passé une partie de son temps à dormir, et l’autre à grignoter des baies de givre.
Elle avait déjà salué la reine, qui lui avait donné un message pour Ma-Mye : elle passerait la voir à la prochaine lune.
Fae-Nyalie était restée avec elle tout au long de ses préparatifs, racontant comment elle envisageait de faire le tour des forêts et des clairières, pour rencontrer les autres colonies de fées.
— Si tu voyages beaucoup, nous aurons sans doute l’occasion de nous revoir ?
— Oh oui ! Tu sais, c’est ma maison ici. Je reviendrais souvent, et je pourrais passer par le château de Cristallune.
Puis, une fois que tout fut prêt, Lysoria s’assit sur sa selle. Elle était un peu triste de quitter les fées, mais aussi très heureuse de rentrer chez elle. Elle avait hâte de tout raconter à Dorétoile et, surtout, de lui montrer le nouveau sort qu’elle venait d’inventer…
— Maaaaatthieuuuuu ! Viens voir ! J’ai inventé un nouveau truc !
Curieux, son grand frère referma son grimoire, le prit sous le bras et se rendit dans le jardin où se trouvait Éléna:
— J’arrive !

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