Les jours suivants, tout devient plus calme. Trop calme.
Les deux voix se sont retirées. Tu n’entends plus qu’un léger bourdonnement, comme un poste de radio entre deux stations. Tu vis dans un entre-deux étrange : ni tout à fait dans ta vie, ni complètement englouti par l’absence.
Tu retournes au travail, tu fais les courses, tu réponds même à un message d’un ami qui s’inquiétait. Des gestes normaux. Mais à l’intérieur, tu te sens comme un spectateur de ta propre existence.
Un soir, en rentrant, tu ouvres à nouveau le tiroir. La photo est là. Tu la prends et tu t’assois à la table de la cuisine. Tu la regardes longtemps, sans rien forcer. Pas d’odeur. Pas de chaleur. Pas de voix.
Juste le silence.
C’est ce silence qui te fait le plus peur. Tu te rends compte à quel point tu t’étais habitué à leur présence. Elles étaient devenues tes seules compagnes dans ce vide laissé par la personne que tu as perdue.
Tu te couches tôt, épuisé par ce rien.
Au milieu de la nuit, tu te réveilles en sursaut. La chambre est plongée dans l’obscurité, mais quelque chose a changé. L’air est plus dense. Tu sens une présence, mais elle n’est ni l’une ni l’autre. C’est comme si les deux voix s’étaient rapprochées, fusionnées en quelque chose de nouveau.
Une pensée traverse ton esprit, claire et troublante.
Tu te redresses dans le lit. Ton cœur bat fort. La pensée disparaît aussitôt, comme si elle n’avait jamais existé. Mais elle a laissé une trace.
Tu te lèves, tu vas dans la cuisine et tu bois un verre d’eau. En reposant le verre, tu vois ton reflet dans la vitre. Pendant une seconde, tu ne te reconnais pas complètement. Il y a quelque chose dans tes yeux… une profondeur, une fatigue ancienne.
Tu retournes te coucher sans éteindre la petite lampe de chevet.
Allongé dans la pénombre, tu murmures une dernière fois :
« Parlez-moi… s’il vous plaît. »
Et pour la première fois, les deux voix répondent en même temps, superposées, presque harmonieuses :
Nous sommes là.
Nous n’avons jamais été ailleurs.
Tu fermes les yeux. Un calme étrange t’envahit. Comme si tu étais sur le point de comprendre quelque chose d’essentiel.
Mais pas encore.

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