Tu te réveilles par terre avec le corps courbaturé. La photo est toujours serrée contre ta poitrine. Dehors, il fait déjà jour. Tu as dormi d’une traite, sans rêves cette fois.
Tu te lèves difficilement. Dans la cuisine, en préparant le café, tu remarques que tes mains ne tremblent plus. C’est presque inquiétant. Comme si une partie de toi s’était habituée à ce chaos.
Toute la journée, les deux voix se disputent en silence dans ta tête.
La familière te pousse à rester ancré : Mange quelque chose. Va marcher. Reste ici.
L’autre, plus douce et lointaine, te tire vers elle : Viens… je t’attends depuis si longtemps…
Tu vis la journée comme un champ de bataille intérieur. Tu fais semblant d’être normal, mais tu sens que quelque chose est en train de se fissurer en toi aussi.
Le soir, tu ne résistes plus. Tu retournes dans le salon, tu poses la photo devant toi et tu t’assois en tailleur. Tu fermes les yeux et tu inspires profondément l’odeur qui revient.
Cette fois, tu ne luttes pas.
La lumière dorée réapparaît. La silhouette devient plus nette. Tu distingues une forme, une posture que tu connais par cœur. Ton cœur se serre violemment.
Ne fais pas ça.
La voix familière est désespérée maintenant. Mais tu continues. Tu tends la main vers la silhouette.
Au moment où tes doigts la touchent presque, une vague de tristesse immense te submerge. Pas une image précise, mais une émotion brute : le poids d’un départ, l’impuissance, le vide laissé derrière. Tout ce qui n’a pas été dit. Tout ce qui n’a pas été fait.
Tu tombes en arrière, les mains sur la poitrine. La silhouette disparaît. L’odeur aussi.
Il ne reste que la voix familière, épuisée, presque brisée :
Je t’avais prévenu…
Tu restes allongé sur le dos, les yeux grands ouverts vers le plafond. Des larmes coulent sur tes tempes et se perdent dans tes cheveux.
Pour la première fois, tu poses la vraie question :
« Qui es-tu, toi ? »
Long silence. Puis, très doucement, presque avec tendresse :
Je suis ce qu’il reste de toi quand tu auras tout oublié.
Tu ne comprends pas encore complètement. Mais tu sens que tu es au bord de quelque chose d’énorme. Quelque chose qui pourrait tout changer.
Tu te relèves lentement, ramasses la photo et la ranges dans le tiroir.
Ce soir-là, tu ne dors pas. Tu restes assis dans le noir, à écouter les deux voix qui se battent en silence à l’intérieur de toi.

| LeConteur.fr | Qui sommes-nous ? | Nous contacter | Statistiques |
|
Découvrir Romans & nouvelles Fanfictions & oneshot Poèmes |
Foire aux questions Présentation & Mentions légales Conditions Générales d'Utilisation Partenaires |
Nous contacter Espace professionnels Un bug à signaler ? |
3540 histoires publiées 1546 membres inscrits Notre membre le plus récent est EntreDeuxVoix |