Les jours qui suivent deviennent flous. Tu dors peu, tu manges peu. Tu passes beaucoup de temps assis sur le canapé, la photo posée à côté de toi, à attendre que quelque chose se passe. Le bourdonnement dans tes oreilles est presque constant maintenant, comme un second pouls.
Ce soir, il pleut fort. Le bruit sur les vitres remplit l’appartement. Tu es debout devant la fenêtre du salon, le front contre le verre froid. Ton reflet te regarde, mais ses yeux semblent plus tristes que les tiens.
Soudain, l’odeur revient, très forte. Avec elle, une chaleur sur ton épaule, comme si quelqu’un s’appuyait doucement contre toi. Tu ne bouges pas. Tu laisses la sensation t’envahir.
Ne reste pas trop longtemps.
La voix familière est inquiète. Mais pour la première fois, tu l’ignores complètement. Tu fermes les yeux et tu te laisses aller.
C’est là que la deuxième voix devient plus claire :
Tu me manques… reviens… je suis là…
Les mots sont doux, chargés d’une tristesse infinie. Tu sens des larmes couler sur tes joues sans que tu les aies senties monter. Ta main se lève instinctivement, comme pour toucher un visage invisible juste devant toi.
Pendant quelques secondes, tu crois vraiment que c’est réel. Que tu peux serrer cette main, embrasser cette joue, entendre ce rire à nouveau.
Puis tout s’effondre.
La pièce bascule. Les murs ondulent violemment. Les couleurs deviennent trop vives, presque douloureuses. Tu tombes à genoux, les mains sur les oreilles. Le bourdonnement est devenu un cri.
Reviens ! Reste avec moi !
La voix intérieure est forte cette fois, presque paniquée. Tu t’accroches à elle comme à une bouée. Lentement, la pièce se stabilise. L’odeur disparaît. La chaleur sur ton épaule aussi.
Tu restes longtemps par terre, essoufflé, tremblant.
Quand tu arrives enfin à te relever, tu vas dans la cuisine et tu bois un grand verre d’eau. Tes mains tremblent encore. Tu regardes ton reflet dans la vitre sombre de la fenêtre.
Pour la première fois, tu poses la question à voix haute, clairement :
« Qu’est-ce qui m’arrive ? »
La réponse vient après un long silence, presque un soupir :
Tu es en train de te souvenir.
Tu fronces les sourcils. Ce n’est pas la réponse que tu attendais. Tu veux en demander plus, mais la présence se retire doucement, comme si elle avait déjà trop parlé.
Cette nuit-là, tu fais un rêve.
Tu marches dans un couloir infini dont les murs sont faits de souvenirs : la photo, la date entourée, des rires, des larmes, des silences partagés. Au bout du couloir, il y a une porte. Derrière, tu entends la deuxième voix qui t’appelle.
Tu tends la main vers la poignée…
Et tu te réveilles en sursaut, le cœur battant.

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