Pourquoi vous inscrire ?
«
»
tome 1, Chapitre 3 « Chapitre 3 : L’Odeur de la Pluie » tome 1, Chapitre 3

La nuit a été courte. Tu te réveilles avec la sensation étrange d’avoir rêvé de quelque chose d’important, mais impossible à rattraper. Les draps sont froissés, ton corps est lourd. Tu restes un moment allongé, les yeux ouverts sur le plafond.

C’est en te levant pour aller dans la salle de bain que ça te frappe.

Une odeur.

Pas n’importe laquelle. Celle de la pluie sur la peau, mêlée à quelque chose de plus doux, de plus intime — une odeur que tu associes immédiatement à une présence. Celle de la personne que tu as perdue. Elle est là, dans l’air, comme si quelqu’un venait de passer juste à côté de toi.

Tu t’arrêtes net au milieu du couloir. Ton cœur s’emballe. Tu inspires profondément, presque avidement. L’odeur est réelle. Elle persiste quelques secondes, puis s’efface doucement, comme une caresse qui se retire.

Tu fermes les yeux. Pendant un instant, tu sens presque le contact d’une main sur ta nuque, léger, familier. La chaleur d’un corps près du tien. Le bruit doux d’une respiration qui n’est plus là.

Ce n’est pas une hallucination.

La présence intérieure est revenue, plus prudente cette fois. Tu ne réponds pas. Tu restes planté là, les bras ballants, à essayer de retenir ce qui s’échappe déjà.

Tu passes la journée comme dans un brouillard. Au travail, tu fais les gestes, mais ton esprit est ailleurs. Tu te surprends à toucher ton bras à l’endroit exact où tu avais cru sentir cette main. Chaque fois que quelqu’un passe trop près de toi, tu espères — stupidement — que l’odeur reviendra.

Elle ne revient pas.

Le soir, en rentrant, tu fais un détour par le parc. La pluie s’est remise à tomber, fine et persistante. Tu t’assois sur le même banc que la veille. L’eau imbibe lentement ton manteau. Tu fermes les yeux et tu inspires.

Rien.

Juste l’odeur froide de la ville mouillée. La déception est presque physique. Tu te sens ridicule. Pathétique. Et pourtant, tu restes là, sous la pluie, à attendre quelque chose que tu ne peux pas nommer.

C’est à ce moment que les fissures reviennent, plus fortes.

Autour de toi, les arbres semblent vibrer légèrement, comme s’ils respiraient. Les couleurs des feuilles deviennent plus intenses, presque irréelles. Tu entends un rire lointain — un rire que tu connais par cœur. Il dure à peine une seconde, puis le silence retombe, seulement troublé par le bruit des gouttes sur les feuilles.

Tu te lèves brusquement. Ton souffle est rapide. Tu regardes autour de toi : personne. Le parc est presque vide.

Tu n’es pas en train de devenir fou.

La voix est douce, apaisante. Elle ne juge pas. Elle accompagne simplement. Tu te raccroches à elle comme à une bouée.

En rentrant chez toi, tu laisses tes vêtements mouillés dans l’entrée. Tu ne prends même pas la peine de les enlever correctement. Tu vas directement dans la cuisine et tu te sers un verre d’eau que tu ne bois pas. Tu restes debout, les mains posées sur le plan de travail.

L’odeur revient, très légèrement. Juste une trace. Suffisante pour que tes yeux piquent.

Tu murmures, presque sans voix :

« Pourquoi tu me fais ça ? »

Pas de réponse cette fois. Seulement un silence attentif. Comme si la présence t’observait, attendant que tu comprennes quelque chose par toi-même.

Tu finis par aller t’allonger sur le lit, tout habillé. La fatigue est immense. Avant de sombrer, tu sens à nouveau cette chaleur fugitive sur ta nuque, comme une main qui te caresse les cheveux.

Tu ne sais pas si c’est réel.

Tu ne sais plus ce qui l’est.


Texte publié par EntreDeuxVoix, 22 juillet 2026 à 08h41
© tous droits réservés.
«
»
tome 1, Chapitre 3 « Chapitre 3 : L’Odeur de la Pluie » tome 1, Chapitre 3
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
3540 histoires publiées
1546 membres inscrits
Notre membre le plus récent est EntreDeuxVoix
LeConteur.fr 2013-2026 © Tous droits réservés