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Elle s’éveilla en position foetale, son crâne vrillé dans une violente compression. Ses paupières peinaient à se soulever, ne lui laissant entrevoir qu’une lumière crue et des contours flous. Combien de temps s’écoula-t-il dans cette lutte acharnée contre l’inconscience ?

Enfin, les vertiges cessèrent. Chaque élément attira son regard encore embrumé. Quelques brins d’herbe, une forêt de sapins bleutés en arrière plan, une fleur saphir tout près d’elle… Titubante, elle entreprit de se lever. Sous son crâne persistait une douleur lancinante. Les rayons de soleil s’acharnaient à agresser sa rétine. D’un mouvement circulaire, elle constata qu’elle se trouvait au milieu d’une clairière parsemée de ces fleurs à la couleur si vive. Face à l’étendue boisée, une falaise abrupte offrait une vue à couper le souffle sur un camaïeu éblouissant. La hauteur aggrava son étourdissement. Une brise se leva par delà ce belvédère, fraîche et apaisante.

Qui es-tu ? Qui es-tu…

Ces mots résonnèrent en écho à son oreille, comme murmurés par le vent. Elle eut beau scruter les alentours, les lieux apparaissaient déserts. Avait-elle perdu la raison ? Oui, sans aucun doute…

D’autres chuchotis aux paroles inaudibles frappèrent ses tympans à mesure que le souffle se faisait plus intense. Elle se recroquevilla sur elle-même, couvrit ses oreilles et ferma les yeux à s’en fendre les paupières. Tout cessa d’un coup. Un calme plat remplaça la tempête précédente. Le fruit de son imagination ? Son cœur battait trop fort à ses tempes, dans sa gorge, jusqu’à lui donner la nausée. Par instinct, elle se réfugia sous les premiers conifères. Les reflets turquoise de leurs épines la calmèrent tandis qu’elle s’adossait à l’un des troncs. Soudain, quelques paroles aériennes s’égrenèrent à nouveau dans le vent.

Que fais-tu ici ?

L’espace d’un instant, une silhouette floue se dessina devant elle. Elle plissa les paupières, l’effet déformant avait disparu. Une hallucination ? Et si tout ceci n’était qu’une hallucination? Une brise légère souleva ses longs cheveux auburn, l’obligeant à chasser quelques mèches de son visage. L’écho d’un rire lui parvint, lointain, comme effacé.

– Il y a quelqu’un ? interrogea-t-elle d’une voix tremblante.

Le souffle d’air cessa quelques secondes, comme s’il hésitait.

– Je me suis perdue… reprit-elle.

Les contours éthérés réapparurent, lui prouvant qu’elle n’avait pas rêvé cette silhouette évanescente. Elle tendit la main sans réfléchir, curieuse. Néanmoins la forme indistincte se désagrégea pour réapparaître un peu plus loin.

Qui es-tu ? réitéra-t-elle sa question.

Car cette fois, la jeune femme en était certaine. Cette entité s’adressait à elle depuis le départ.

– Je ne sais pas, répondit-elle d’un ton aussi bas que celui de son étrange interlocutrice.

Thalia. Je vais t’appeler Thalia.

Cette affirmation s’accompagna d’un rire cristallin. Celle qu’on venait de renommer haussa les sourcils. Oui, ce nom lui plaisait bien. Elle serait donc Thalia.

– Et toi, comment t’appelles-tu ?

Je suis Aria. Si tu veux, je peux t’aider à chercher la Vérité.

Thalia sourit et opina, rassurée par cette présence. Aria lui paraissait digne de confiance ; une guide ne serait pas de trop pour l’aider à sortir de cette situation désespérée. Elle suivit ce déplacement d’air caractéristique de sa nouvelle alliée à travers les troncs. Un chemin en pente douce se dessina, puis la végétation se clairsema. Le sentier devint escarpé, sinuant dans la roche. Aria fredonnait quelques airs qui tintinnabulaient au gré de ses mouvements. Bercée par ses douces mélodies, Thalia suivait sans grande difficulté, l’esprit plus clair. Son intuition lui indiquait qu’il n’y avait aucun danger à craindre, alors elle s’émerveillait des paysages si variés en contrebas.

Elle s’arrêta pour boire à un ruisseau après l’approbation de sa guide. Ne pas reconnaître son reflet aux yeux pers la déstabilisa. Depuis combien de temps progressaient-elles ainsi vers le pied de la montagne ? La jeune femme l’ignorait, toutefois la descente serait longue au vu de la hauteur du sommet. D’ailleurs, elle ne parvenait toujours pas à comprendre comment elle s’était retrouvée à ce point culminant… Thalia brûlait de demander des explications à sa guide aérienne, pourtant elle s’en abstenait, retenue par un pressentiment inexplicable.

Le voyage commençait à lui paraître interminable. Chaque pas lui semblait de plus en plus lourd. Même les notes argentines chantonnées par Aria n’allégeaient plus ses foulées.

Nous y sommes presque, souffla la guide.

Avait-elle ressentit la lassitude de Thalia ? Cette dernière leva les yeux qu’elle avait gardé rivés à ses pieds. Un reflet irisé attira son attention, au loin en contrebas.

– Qu’est-ce que c’est ?

Aria ne répondit pas et se contenta de poursuivre sa route. Enfin, elle s’arrêta net. Au détour d’un immense roc, à quelques mètres, une créature féérique s’abreuvait à un cours d’eau claire. Thalia écarquilla les yeux devant cette majesté cavaline. La blancheur éthérée de l’animal l’éblouissait. Et surtout, ces ailes, immenses, sublimes…

Attention, il ne faut pas trop s’approcher…

Cependant, Thalia ressentait une attirance irrésistible qui l’empêchait de prendre en compte cet avertissement. Un vent contraire se leva, la poussant à contresens de sa destination. La jeune femme pesta, soudain prise d’une envie de rire sortie de nulle part. La créature leva la tête, ses naseaux frémissants, renâcla puis s’enfuit.

– Attends ! s’esclaffa Thalia en s’élançant à sa suite.

Des bourrasques claquèrent tout autour d’elle tandis qu’elle peinait à reprendre son souffle.

Je t’avais dit de ne pas t’approcher, gronda Aria.

Thalia fronça les sourcils tout en continuant sur sa lancée. Rejoindre cet animal lui paraissait vital. Néanmoins, elle n’eut pas d’autre choix que de s’arrêter. Son hilarité incompréhensible lui coupait le souffle.

Ce n’était pas encore la bonne… soupira Aria

Elle s’élevait déjà vers la cime de la montagne tandis que son nouvel échec suffoquait sous l’effet de la malédiction. Quand parviendrait-elle enfin à trouver celle qui y mettrait fin ?


Texte publié par Wildflower8906, 19 juillet 2026 à 14h41
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