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Tim était mécano sur un bateau de pirate. Un gros. Les trois moteurs avaient besoin d'un entretien permanent et il se disait souvent qu'un binôme serait le bienvenu, sans oser en parler. Mais quand le capitaine Bellérophon, ce soir-là, annonça qu'ils allaient partir en exploration dans les montagnes, le vase déborda.

— Vous croyez que c'est facile de s'occuper de la machinerie ? Déjà en temps ordinaire, je ne sais jamais où donner de la tête, et là vous voulez en plus que les moteurs nous emportent dans les airs ! Il me faut un second, sinon je démissionne !

— Très bien, répondit le capitaine. Je comptais de toute façon faire escale avant de lancer l'expédition. On cherchera quelqu'un de compétent sur le port ou dans les bouges.

Le surlendemain, le « Pégase hilare » touchait terre près de la baie orientale des Trépassés.

Tim se renseigna d'abord sur les docks.

— Je cherche quelqu'un qui maîtrise la mécanique et qui n'ait pas peur de l'air.

— T'es pas au bon endroit, petit gars ! Ici on est des marins, pas des albatros !, était la réponse qu'il récoltait à chaque fois.

Il écuma alors les tavernes, mais les gens rigolaient de même.

Enfin, à l'auberge des gouffres amers, dissimulée dans l'ombre à côté de la cheminée, une silhouette lui fut désignée comme la personne qu'il cherchait.

Il s'approcha doucement, comme on aborde un chat sauvage.

— Salut, dit-il lorsqu'il fut assez près, je suis mécano sur un bateau qui va prendre les airs vers la montagne, est-ce que tu voudrais m'assister ?

— C'est pour une exploration ? répondit une voix fluette.

— Euh... Oui, le capitaine Bellérophon cherche un trésor.

— C'est un pirate, quoi.

— Un pirate des airs... moi je ne sais pas faire.

— Moi si ! Je viens avec vous.

La silhouette ôta sa capuche et avança son visage dans la lumière. C'était une fillette. Une élémentaire de l'air, pour être exact.

— Je m'appelle Zéphyra.

Quand elle bougeait, son apparence se moirait, devenait par endroits transparente, comme si elle n'était effectivement qu'un amas d'air à la merci du moindre souffle.

Ils passèrent l'après-midi à faire des essais sur le gallion. Zéphyra touchait certaines parties des moteurs, décalait quelques écrous, et petit à petit le navire semblait s'alléger. Enfin, au coucher du soleil, il flotta tout à fait. Tim éteignit les machines pour que le Pégase hilare rejoigne les pontons : les marins devaient revenir coucher à bord.

À l'aube suivante, le capitaine donna l'ordre d'appareiller. Lorsque le bateau monta dans les airs, l'équipage fut surpris, mais pas dépaysé : ça tanguait comme sur mer. Un peu moins, même. On mit cap sur la montagne.

Le voyage se passa sans encombres et la caverne du sommet, réputée contenir le trésor, apparut à leurs yeux peu avant le crépuscule. Bellérophon fit jeter l'ancre dans un bosquet de sapins non loin. Maintenant, fallait-il dormir sur place ou commencer déjà l'exploration ? Les pirates fonctionnent démocratiquement, ils votèrent pour se séparer en deux groupes. S'il arrivait un problème à l'un, le deuxième continuerait seul le lendemain.

Finalement la nuit fut calme, hormis des bruits inhabituels d'oiseaux nocturnes inconnus en mer. Et la disparition, dans le groupe des gens à terre, du mousse, parti satisfaire un besoin et jamais revenu. Personne n'était équipé pour braver la montagne. Le froid, oui, mais pas les pentes enneigées recelant des crevaces traitresses.

Avec un poil de tristesse, tous les pirates se mirent en route vers l'intérieur de la caverne. Le capitaine entonna un chant de conquête d'or et d'argent, et les cœurs se galvanisèrent.

Après trois heures de marche par front de quatre, puis trois, puis deux, le boyau se rétrécit encore. Ils avancèrent alors à la file indienne jusqu'à une porte imposante, richement ornée, qui bloquait l'entrée de ce qui devait être une très grande salle creusée dans la roche.

Tim s'approcha et colla son oreille à la paroi.

— J'entends comme un moteur qui tourne à très bas régime. Il doit y avoir un mécanisme pour ouvrir. Peut-être une énigme ?

Bellérophon frappa son poing contre sa main :

— Si ça se trouve, les indices sont dans le chemin de la montagne ! En coupant court on a tout loupé !

Zéphyra se moira intensément puis disparut. Un souffle d'air passa dans les cheveux de Tim.

Dix minutes plus tard, elle était de retour et expliqua :

— Les mécanismes de l'autre côté correspondent à des motifs de l'ornement. J'ai besoin de trois autres personnes pour mettre les mains au bon endroit.

Tim, Belléphoron et le second se manifestèrent. La mécano leur indiqua quoi faire, puis elle appuya elle-même sur des formes de la porte, qui s'ébranla.

De l'autre côté, un coffre trônait sur un piédestal en escalier. Il était entièrement doré, avec quelques pierres incrustées.

Le capitaine monta les marches et saisit la tirette pour ouvrir le couvercle. À l'intérieur, rien d'autre qu'une grosse bourse. Il s'apprêtait à l'ouvrir, lorsque Zéphyra cria :

— Attendez ! Je sens quelque chose. Laissez-moi vérifier...

De nouveau, elle disparut. Cette fois-ci elle ne réapparut pas. Sa voix s'éleva de la bourse.

— Ceci est l'outre des vents. C'est ma famille. Merci de m'avoir ramenée à eux ! Gardez-la précieusement et ne l'ouvrez pas, sous peine de provoquer un terrible ouragan.

Déçus, les pirates repartirent avec le coffre, qu'ils fondirent pour en récupérer l'or et les pierres. Le Pégase hilare continua longtemps d'écumer les mers et les airs, avec toujours un vent favorable.


Texte publié par Lilitor, 19 juillet 2026 à 11h41
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