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saison 1, Chapitre 2 « 18 décembre 1888 - Adam Ashworth » saison 1, Chapitre 2

Le 18 décembre 1888

Hôtel Particulier des Glycines, Strasbourg

Père,

Je sais que je tarde à prendre mon voyage retour pour les fêtes de Noël. Dans la lettre précédente, je vous avais fait part de mon émoi quant à mon arrivée à Strasbourg, et de toutes les nouveautés que je découvrais chaque jour. Je m’étais pourtant gardé de vous évoquer le sujet plus ardent, qui hante mon coeur depuis quelque temps. J’ai rencontré une étudiante. Je sais que vous avez scellé mon destin dans les ordres, mais laissez-moi faire mon plaidoyer auprès de vous. Elle s’appelle Ada Wurtz, elle est brillante, d’une grande beauté, l’œil étincelant d’une intelligence que l’on ne voit qu’une fois dans sa vie. Sa famille est riche, bourgeoise et bien placée dans la ville de Strasbourg. Je sais que connaissant votre pragmatisme, et votre goût pour les personnes cultivées, vous apprécierez cette jeune femme.

Mon esprit est trop vif pour finir au fin fond d’une église. Oui, cela est une tradition dans la famille. Mon oncle Williams est devenu cardinal, et c’est la fierté des Ashworth. Cependant, ce chemin ne sied guère à mes aspirations. Faites de moi un soldat, un aventurier! Je sais que vous savez apprécier les récits coloniaux, les explorations de ces pays ensoleillés, les pionniers du Nouveau Monde! Je viendrais pour Noël, je vous le promets, mais laissez-moi une chance de faire basculer mon destin.

Elle est malencontreusement fiancée à un certain Friedrich Dietrich, un magnat de l’industrie, fort âgé et peu vif d’esprit. C’est un vieillard qui ne sera guère bien assorti à une perle de sa qualité. J'espère que votre parole pourra faire changer l’avis du père d’Ada, qui est déterminé à lui vendre sa fille «bien-aimée» pour le bien ses affaires.

Cette région est pleine de surprises. L’Alsace vit sous l’occupation allemande depuis quelque temps, obéissant aux ordres du Kaiser Guillaume II. La langue allemande est omniprésente à l’université, cela en devient presque indigeste, tant nous nous faisons réprimander si nous osons parler français ou anglais lors des cours. Les Alsaciens se sentent opprimés par cette imposition culturelle des plus virulentes. Ada m’a avoué parler alsacien en privé, dans le secret de sa maisonnée. Malgré cela, son père s’obstine à la livrer à l’un de ces Allemands impérialistes. J’en perds la tête rien que d’y penser.

Comment va Miranda? Penses-tu toujours à la fiancer à Lionel Fortescue King? La famille Milbanke est pleine d’histoires passionnantes, il est vrai, mais la tâche d’Elizabeth Medora reste une ombre sur sa lignée. Vous savez ce que j’en pense réellement, Père. Je ne porte pas attention à ces ragots, mais je connais votre volonté de conserver l’image de la famille propre en toutes circonstances. Je suis plutôt agréablement surpris de par cette initiative qui diverge de vos habitudes.

Je viendrais au plus vite pour célébrer Noël en votre compagnie. Essayez également, je vous prie, de convaincre mère de mon entreprise. Je sais qu’elle souhaite calmer mes ardeurs en m’envoyant dans les ordres, mais quel homme passionné n’a-t-il pas marqué l’Histoire de ses frasques glorieuses?

Dans l’attente de vous retrouver bientôt,

Adam Ashworth

PS: Prière de ne pas contacter immédiatement la famille Wurtz et de l'informer de mon intention. Ada semble aimer prendre son temps dans nos échanges, mais, mon coeur peine à se contenir.


Texte publié par PersephonaEdelia, 3 août 2026 à 19h05
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