La promotion de jeunes mages se tenait en cercle autour de Dame Sirius, attendant patiemment le début de la Cérémonie. Un brouhaha ambiant régnait dans la grande salle ; élèves, familles et professeurs remplissaient tous les rangs de l'immense amphithéâtre pour cette nuit si spéciale.
Hortense se cachait à l'arrière du groupe, terrifiée. L'air absent, elle frottait répétitivement un point derrière son oreille, dans l'espoir vain de calmer son système nerveux. Malgré dix ans d'étude acharnée à l'Académie des Mystères, elle n'avait toujours aucune confiance en sa magie. Elle n'avait jamais ressenti aucune affinité avec les Familiers de l’école avec lesquels ils pratiquaient. Et si la Terre-Mère la refusait ? Cela n'était jamais arrivé, mais…
— Alors, Ortie ?
Un petit groupe se rassembla en cercle autour d'elle. Au centre se tenait un jeune homme maigrichon. Ses cheveux verts coupés court faisaient ressortir ses pommettes saillantes. Si la peau d'Hortense tirait sur la couleur de la cendre, la sienne était d'un gris perle aussi étincelant que son sourire moqueur.
— Tu as prévu ton avenir, quand tu te retrouveras avec un nuisible plus petit qu'une carte à jouer ? Pire encore. Peut-être que la Terre-Mère ne t'accordera aucun Familier. Tu serais enfin la première à accomplir quelque chose.
Des rires gras accueillirent ses remarques, causant à Hortense de se recroqueviller sur elle-même.
— Laissez-la tranquille.
Le groupe s'écarta pour laisser passer une jeune femme qu'Hortense n'avait jamais vue. Elle toisait son agresseur avec les sourcils froncés par la colère.
— Vous l'avez rabaissée toute l'année, ça suffit maintenant.
Hortense voulut riposter, arguant que les moqueries duraient déjà depuis plusieurs années et qu'elle y était habituée. Cependant, intimidée par l'air renfrogné de l'inconnue, elle garda le silence.
— Vous feriez mieux de vous préoccuper de votre propre Cérémonie, conclut-elle avec un geste de la main pour disperser les autres étudiants.
Comme par magie, la clique lui obéit et tourna les talons. Elle fut aux côtés d'Hortense en deux pas et posa une main compatissante sur son épaule. Ses traits se détendirent quand elle croisa son regard.
— Ne les écoute pas. Tu t'es entraînée plus que quiconque à l'Académie, la Terre-Mère le sait. Je suis certaine que tout va bien se passer.
Hortense murmura des remerciements étouffés. Quelque chose dans les prunelles bleu pâle de son interlocutrice la troublait, une étincelle de malice et de confiance si communicatives qu'elles réchauffaient son cœur serré. La lueur des lanternes illuminait sa peau turquoise de reflets chauds et faisait étinceler les nombreux bijoux qui ornaient ses longues oreilles. Ses cheveux étaient retenus dans un chignon complexe sur sa nuque. Leur couleur rappelait à Hortense les champs de lavande qu'elle s'amusait à explorer, petite. Une pierre étincelante, dorée comme de l'ambre, brillait au creux de son cou.
Elle lui tendit la main. Sa peau était douce contre la paume moite d'Hortense.
— Je m'appelle Pastel. Désolée de ne pas être intervenue plus tôt…
Les bavardages cessèrent, la forçant à s'interrompre. Le point levé, Dame Sirius demandait le silence.
— Il est temps, claironna la directrice d'une voix forte. Je compte sur vous pour vous comporter exactement comme aux répétitions. Ne réfléchissez pas aux mouvements de vos mains : la Terre sait quelle forme prendre, elle vous guidera.
Hortense fut prise de nausée quand le groupe d'étudiants prit place sur la scène autour de Dame Sirius, face au public. Elle pouvait voir le visage fier de Lierre au troisième rang, les yeux rivés sur elle. Iel portait son Familier sur l'épaule, un ara macao flamboyant répondant au nom de Berlioz. En plus d'être un Barde émérite — et sa seule famille —, iel était un zoologiste de renom et travaillait dans un centre de soins aux créatures magiques. Autant dire que, toute sa vie, Hortense avait ressenti le devoir d'être à la hauteur de son adelphe.
Elle détourna les yeux, la gorge nouée et les ongles profondément enfoncés dans sa paume. Oh, qu'elle déception elle allait lui apporter… Une pression contre son poignet lui intima de relâcher la pression, et Pastel entremêla ses doigts aux siens.
— Tout va bien se passer, chuchota-t-elle. Je reste avec toi.
Immédiatement, le nœud qui serrait la poitrine d'Hortense se détendit, et elle put à nouveau respirer calmement.

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