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Tome 1, Chapitre 8 « Astrid » Tome 1, Chapitre 8
- Vous allez vraiment trop vite, là !, s’exclama Astrid d’un ton sévère.
    
    Au volant du pick-up, Nathan sembla croire un instant qu’elle s’adressait à lui. Mais c’était bien évidemment Walter, assis à l’arrière avec elle, qu’elle sermonnait de cette façon. Depuis qu’ils étaient partis en vitesse vers le lieu indiqué par le détecteur, le vieil homme n’avait pas arrêté de discourir de façon si incohérente que, malgré qu’elle soit aguerrie à sa façon de s’exprimer, elle n’avait pas capté grand chose à ses explications.
    
    Un point à peu près clair était ce qu’il leur avait annoncé lorsqu’ils étaient encore dans le labo : cette anomalie n’était, selon les relevés, pas une « réplique » mais bien une tentative d’intrusion venue de l’autre côté ! Après que Walter eut émis cette hypothèse sur un ton bizarrement triomphant, le lieutenant Wuornos avait certainement imaginé derechef un gang de Shapeshifters en train de débarquer en force et il avait sonné immédiatement le départ de toute la troupe.
    Depuis lors, l’air sombre et concentré sur la route où le pick-up filait à bonne vitesse, il n’avait plus décroché un mot. Mais il finit néanmoins par tourner la tête vers ses passagers et interrompit sèchement Walter qui continuait à divaguer :
    
    — Vous aviez tout de même dit que ce qui était en train de se passer pourrait nous simplifier la vie. Et je ne vois pas en quoi une intrusion de l’ennemi chez nous pourrait représenter une simplification.
    
    Walter s’agita de plus belle. Astrid ne l’avait plus vu remuer ainsi dans une voiture depuis le jour où il avait découvert avec extase l’existence des sièges chauffants.
    
    — Mais parce qu’il ne s’agit peut-être pas d’un ennemi, jeune homme !
    
    — Ha bon ?, interrogea Astrid.
    
    — Parfaitement ! Réfléchissez deux minutes : les relevés chiffrés correspondent à ceux d’un vortex causé par Mr Archer. Et même en imaginant qu’il ait été capturé, je ne crois pas que nos ennemis aient trouvé si vite comment se servir de lui. Il y a une forte probabilité que ce soit donc simplement Mr Archer qui a à nouveau activé son infection et qui rentre à la maison de la même façon qu’il en était parti.
    
    Walter chercha le regard de Nathan via le rétroviseur et ajouta :
    
    — Avec un peu la chance, votre ami Mr Crocker sera avec lui.
    
    — Ca m’étonnerait beaucoup, grommela le lieutenant.
    
    Et Astrid était assez d’accord sur ce point. Pour ce qu’elle pouvait en juger, Mr Crocker ne devait pas pouvoir faire si facilement ami-ami avec d’autres infectés. D’autant que d’après les réponses très évasives du lieutenant Parker sur ce qui s’était produit à l’hôpital, Astrid suspectait qu’il avait peut-être bien tenté d’assassiner celui-là. Cependant, étant d’un naturel relativement optimiste (une qualité sine qua non pour ne pas perdre la boule quand on travaille avec Walter), elle tâcha de souligner les aspects réellement positifs des théories du vieil homme.
    
    — Si Walter a raison, et même si Mr Archer revient de là-bas tout seul, cela nous épargnerait les complications de devoir trouver un autre membre de sa famille dont on puisse activer l’infection pour récupérer votre ami.
    
    Le lieutenant Wuornos ne répondit plus, mais avec un coup d’œil au rétroviseur, elle vit bien qu’il continuait à afficher le même air fermé, ou plus exactement, plus fermé encore qu’à son habitude.
    
    — Ayez foi, jeune homme, le hasard fait quelquefois bien les choses, dit Walter d’un ton emphatique. Et si ce sont des ennemis qui traversent… Et bien au moins cette fois, nous les aurons repérés rapidement.
    
    Sur ces paroles qu’il devait croire rassurantes, au grand soulagement d’Astrid, le vieux scientifique se tut enfin et replongea dans ses réflexions. Il ne profita même pas du reste du trajet pour fredonner des chants de Noël ou autres. Une fois arrivés sur place, Astrid comprit cependant très vite que ce silence n’allait pas durer.
    
    A première vue, l’endroit semblait parfaitement normal. Mais à première vue seulement.
    Nathan se gara et ils sortirent tous du pick-up, bientôt rejoints par Olivia, Audrey et Peter qui avaient suivi dans un second véhicule. A la pompe de la station service, il y avait un homme âgé qui remplissait son réservoir. Dans le petit magasin, on pouvait apercevoir une caissière qui rendait sa monnaie à un client. Toutes choses naturelles dans ce type d’endroit. Sauf que personne ne bougeait. Astrid s’approcha de la pompe et se pencha vers le pistolet à essence, pour constater que même le liquide ne s’écoulait plus, figé dans les airs comme le reste.
    
    Elle fronça les sourcils et se tourna vers le lieutenant Wuornos qui regardait la même chose qu’elle.
    
    — C’est comme à Boston, commenta-t-elle, quand vous avez été surpris par un vortex qu’Archer avait commencé à former avant d’être kidnappé. Vous, Audrey et Olivia, vous aviez été figés exactement de cette manière.
    
    — Oui, répondit pensivement Nathan, sauf qu’à ce moment-là, les objets autour de nous avaient commencé à être aspirés et ils s’étaient immobilisés dans les airs quand le début de vortex s’était interrompu.
    
    Il jeta un regard à la ronde.
    
    — Vous voyez quelque chose qui flotte dans les airs, vous ?
    
    Astrid, mains plantées sur les hanches et sourcils froncés dans une attitude de profonde réflexion, fit le même mouvement de tête circulaire que lui.
    
    — Non. Rien du tout.
    
    — Et une autre chose que je ne vois pas ici, c’est Archer. Et pas plus de Duke, ni personne qui semble débarquer de l’autre côté. Je crois que cette fois le Dr Bishop s’est complètement planté dans ses hypothèses. A mon avis, c’est simplement à nouveau une réplique.
    
    L’air énervé, il héla alors Walter, qui était entré dans le magasin et qui, fort professionnellement, inspectait un présentoir de barres chocolatées.
    
    — Dr Bishop, c’est ça que vous appelez une intrusion ?
    
    Le scientifique prit son temps pour déballer une sucrerie et en mordre une bonne bouchée avant de répondre.
    
    — Je vous le confirme. Il s’agit d’une tentative d’intrusion qui a échoué. C’est formidable, ajouta-t-il ensuite en désignant l’emballage, le phénomène de distorsion temporelle n’affecte en rien le goût exquis de ce chocolat. Preuve s’il en fallait que cela n’agit pas à un niveau de structure moléculaire. C’est absolument fascinant. Il faut que j’examine de plus près ces friandises dès mon retour au labo.
    
    Astrid vit le lieutenant Wuornos ouvrir la bouche puis la refermer, retenant peut-être à grand peine l’une ou l’autre remarque déplacée sur ce que Walter pouvait faire de ses fichus chocolats.
    
    — Walter, Je pense parler au nom de tout le monde en disant qu’on ne comprend pas du tout votre raisonnement, fit-elle alors avec toute la diplomatie dont elle était capable.
    
    — Et à tout hasard, je te signale qu’elle parle de la tentative d’intrusion, pas du goût des bonbons, précisa ironiquement Peter.
    
    Walter eut l’air sincèrement étonné.
    
    — Ho, hé bien je pensais que c’était évident pour vous tous.
    
    Un roulement d’yeux général lui répondit et il sembla enfin se rendre compte que toute la troupe était suspendue à ses lèvres. Lèvres couvertes de traces de chocolat et de caramel d’ailleurs, qu’il eut tout de même la bienséance d’essuyer avant de commencer ses explications.
    
    — C’est d’une simplicité enfantine, à vrai dire. Vous le voyez bien, tout ici est figé de la même manière que lorsque Mr Archer active son infection.
    
    — Oui, sur ce plan-là, je crois qu’on avait tous fait le rapprochement, grommela Nathan.
    Ignorant le sarcasme, Walter continua avec entrain.
    
    — Et ce type de symptôme n’est pas du tout cohérent avec le mécanisme d’une réplique. Sauf si tout à coup vous me dites que cette délicieuse barre chocolatée que je viens d’avaler est venue de l’autre univers, ce qui me décevrait beaucoup car j’espère pouvoir en trouver d’autres comme celle-ci, je ne vois ici strictement aucune forme de mélange entre les réalités. Or, c’est ce que les brèches ouvertes lors des répliques occasionnent immanquablement.
    
    Il fixa Olivia comme s’il attendait une confirmation. Astrid se tourna vers elle également. L’agent Dunham, traitée au Cortexiphan dans sa jeunesse, pouvait dans certaines circonstances repérer les objets provenant d’un autre univers. Celle-ci haussa légèrement les épaules, signifiant probablement qu’elle n’avait rien remarqué d’anormal.
    
    — Ok, Walter, dit-elle simplement. Il ne s’agit donc pas des effets d’une réplique comme vous dites, c’est d’accord. Mais pour le reste,…
    
    — Voilà les choses telles que j’imagine qu’elles se sont passées. Mr Archer se trouvait exactement à cet endroit, mais dans l’autre univers, bien sûr. Il a activé son infection. A ce stade, deux hypothèses se dégagent. Soit il n’a pas généré un vortex d’une puissance assez grande et il a glissé le long de la frontière entre les mondes, restant ainsi de l’autre côté. Ou alors, exactement comme le jour où les Shapeshifters l’avaient capturé, il a été interrompu pendant que le vortex se formait. Mais…
    
    Il s’interrompit, l’air grave, agitant d’un geste presque menaçant une seconde friandise dont il venait de s’emparer et chacun retint son souffle. Mais il semblait tellement passionné par l’emballage du bonbon qu’il en avait perdu le fil de ses pensées.
    
    — Walter ?, le rappela gentiment à l’ordre Astrid.
    
    — Où en étais-je ? Ha oui. Donc, il n’est pas passé. Mais la frontière entre les univers est suffisamment poreuse et fissurée pour que la distorsion temporelle qui a accompagné ce vortex avorté se soit propagée à travers elle.
    
    Perplexe, Astrid fronça les sourcils tout comme d’ailleurs ses compagnons.
    
    — Quoi ? Ca signifie que des anomalies de ce genre peuvent… Comment vous diriez ça ? Filtrer par la membrane inter univers ?
    
    Elle lança un regard interrogateur à Walter puis à Peter.
    
    — Oui, fit celui-ci qui semblait avoir mieux saisi le raisonnement de son père. Oui je pense que Walter a raison, tout compte fait. Les univers sont extrêmement « proches » pour le dire en termes simples. Là où la membrane est fissurée, fragilisée, ils sont quasiment en contact direct. Il est possible que ce qui se produit d’un côté se répercute de l’autre.
    
    — Et donc, conclut Astrid qui réalisa soudainement la portée de cette logique, ça peut se produire dans les deux sens.
    
    — Une minute, intervint Audrey. Pour que ce soit bien clair, ça fait plus de cinq cents ans que des membres de la famille Archer fragilisent involontairement cette membrane en la percutant quand ils créent des vortex. Et donc, depuis tout ce temps, cela cause à chaque fois des distorsions temporelles de l’autre côté ?
    
    — Sans doute pas au début, la corrigea Walter. Mais au bout d’un moment, avec l’érosion de la barrière entre les mondes… oui. Et certainement d’autant plus maintenant que la barrière est fragilisée à l’échelle mondiale.
    
    — Et si je raisonne correctement, ajouta Peter, ce ne sont pas seulement les altérations temporelles qui peuvent suinter à travers. D’autres types de phénomènes le peuvent également.
    Walter approuva de la tête, la bouche trop pleine d’un autre bonbon pour confirmer oralement.
    
    — Comme quoi ?, interrogea Audrey.
    
    — Imaginons que vous ayez ici quelqu’un dont l’infection cause des perturbations électro-magnétiques ou climatiques par exemple. A mon avis, le Haven de l’autre côté en fait les frais aussi.
    
    — Seigneur, souffla Audrey. Pas étonnant qu’ils ne nous aiment pas beaucoup.
    
    — Mais la plupart d 'entre eux ignorent d’où cela vient, répondit Walter en avalant son dernier morceau de chocolat. Aux yeux des habitants de l’autre version de Haven, tout cela doit être purement surnaturel. Seuls les gens qui veulent capturer Archer, qui qu’ils soient, connaissent la vérité.
    
    Il y eut un long moment de silence.
    
    — Vous ne trouvez pas que l’anomalie temporelle est très longue, finit par demander Nathan.
    
    — C’est vrai, remarqua Astrid. Je ne pense que vous étiez restés pétrifiés aussi longtemps lors de l’incident de Boston.
    
    — Ca ne me surprend pas plus que cela, fit Walter d’un air serein. Il est difficile de prédire de quelle façon l’anomalie se propage à travers la membrane. La durée du phénomène peut parfaitement être raccourci ou allongé.
    
    — Allongé à quel point ?, s’inquiéta Audrey.
    
    — Rassurez-vous, pas plus de quelques heures, je dirais. Quelques jours au pire.
    
    Et alors que tout le monde le regardait d’un air estomaqué, il s’empara d’un autre bonbon et le brandit triomphalement.
    
    — Saveur pomme banane, déclama-t-il avant de se mettre à chantonner : des pommes, des bananes, un rhinocéros et trois éléphants en kimono… Je m’en rappelle, maintenant Peter. Je me souviens comment réparer ces fissures.
    

Texte publié par Spacym, 10 août 2015 à 10h33
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