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Tome 1, Chapitre 6 « Walter » Tome 1, Chapitre 6
— Et jamais, jamais, de puzzle phallique dans le labo, chantonnait Walter d’une belle voix grave, sur un rythme endiablé, tout en parcourant la pièce avec entrain.
    
    Puis il stoppa brutalement à la fois de bouger et de se livrer à ces vocalises incongrues.
    
    — Non, non, ce n’est pas encore ça, affirma-t-il d’un ton contrarié.
    
    — Mais qu’est-ce qu’il raconte, à la fin ?, s’exclama Dave Teagues.
    
    A ses côtés, Astrid, qui examinait avec lui les archives informatiques du Haven Herald, tourna la tête en arborant une mimique rassurante.
    
    — Ne cherchez pas à comprendre. Walter utilise tout un tas de moyens mnémotechniques bizarres pour se rappeler certaines choses.
    
    Tout à l’autre bout de l’immense pièce, mais pas encore assez loin de son père à son goût pour le moment, Peter quitta le bureau qu’il occupait.
    
    — Et c’est assez usant pour les nerfs de tout le monde, cingla-t-il en s’approchant des autres. Walter, tu ne pourrais vraiment pas chanter dans ta tête ? Tu vas tous nous rendre complètement cinglés !
    
    Walter bouillonna intérieurement. Personne n’avait l’air de comprendre que ces paroles qui le narguaient depuis ce matin en refusant de lui revenir en mémoire étaient absolument capitales pour leur affaire en cours.
    
    — Tu ne te rends pas compte que je réfléchis à pas moins de quatre problématiques à la fois, fils, s’énerva-t-il. J’ai besoin… j’ai besoin de ça pour me concentrer.
    
    Les sourcils de toutes les personnes présentes se soulevèrent, comme s’ils se disaient tous intérieurement qu’à leur avis, fredonner des inepties devait plutôt être le meilleur moyen de laisser divaguer son esprit n’importe où. Et Dieu sait où errait celui de Walter.
    
    — D’abord, reprit-il en commençant à énumérer sur ses doigts ses sujets de réflexion, il faut modifier mon système de détection d’anomalies pour localiser les zones fragilisées et empêcher des drames. Ensuite, je dois me rappeler comment sceller ces zones. Et troisièmement, il faut trouver comment ramener de notre côté les deux personnes qui ont été aspirées.
    
    — Ce serait certainement mieux de mettre le troisième point en premier, commenta Audrey sentencieusement.
    
    Personne ne prit la peine d’acquiescer mais il était évident qu’ils n’en pensaient pas moins.
    
    — Et le quatrième point ?, demanda Nathan avec curiosité.
    
    — Pardon ?
    
    La mine de Nathan montra clairement qu’il commençait déjà à regretter sa question mais il insista néanmoins et répéta avec une patience forcée :
    
    — Vous aviez dit que vous travaillez sur quatre problématiques. Et vous n’en avez cité que trois.
    
    Walter sourit béatement, ravi que quelqu’un prenne la peine de suivre ses réflexions avec minutie.
    
    — C’est exact. Le quatrième point. Il y a ce chant de Noël que je fredonnais à Peter quand il était enfant. C’est ce dont j’essaie de me rappeler depuis tantôt. Tu te souviens combien tu aimais cet air, Peter ? Quand la fin de l’année arrivait, tous les soirs tu la réclamais encore et encore : « Allez, une dernière fois, s’il te plait ».
    
    Les autres coulèrent en cœur un regard embarrassé vers Peter, puis vers Walter. Mais ce dernier ne le remarqua même pas, tout occupé qu’il était à sourire aux anges tout en mimant son fils réclamant des chansons avant d’aller dormir.
    
    — Bien sûr. Nous allons régler tout cela avec un chant de Noël, ironisa alors Peter. Walter, je n’ai pas la moindre petite idée de ce dont tu parles et même en supposant que j’aie aimé ces bêtises quand j’étais gosse, ce dont je doute, quelque chose me dit que ça ne parlait pas de puzzles phalliques.
    
    L’esprit de Walter s’embrouilla. La chronologie des événements se mélangea dans sa tête. Après tout, peut-être que ce n’était pas vraiment Peter. Peut-être que c’était avant… Mais ce dont il était certain, c’était d’avoir adapté les paroles et chanté cet air tout en construisant cet appareil qui pouvait boucher des fissures entre les univers. Si seulement les mots lui revenaient, il pourrait se remettre dans l’ambiance et se souvenir des composants et comment les assembler.
    
    Peter sembla se rendre compte du désarroi de son père et reprit plus calmement.
    
    — Mettons ce point numéro quatre de côté et reprenons les autres dans l’ordre, tu veux. L’identification des zones de fragilité, je m’en charge déjà. Je recalibre ton système, je pense que je le maîtrise assez bien pour ça et c’est en bonne voie. Astrid et Dave ici présents s’occupent de confirmer en recherchant les incidents liés à la famille Archer dans les archives informatisées, Vince Teagues investigue dans leurs archives papier. On est bien d’accord que tu ne dois donc pas t’en préoccuper ?
    
    Walter opina du chef.
    
    — Deuxième chose, comment sceller les fissures une fois que nous les aurons localisées, tu avais déjà créé un système qui le permet auparavant, si je ne m’abuse.
    
    — Je n’en avais qu’un seul, on l’a utilisé et je n’ai plus le moindre souvenir de la façon dont je l’avais fabriqué, marmonna Walter boudeusement. Si on m’empêche de fredonner ce que je veux, ça ne me reviendra certainement pas.
    
    Peter se frotta le front avec une mimique fataliste.
    
    — Très bien, laissons ce problème de côté pour l’instant. Et on se munira tous de bouchons pour les oreilles quand tu te pencheras à nouveau dessus. La priorité avant de fermer ces soft spots, c’est de toutes manières de récupérer les deux personnes qui sont passées de l’autre côté. Des idées là-dessus ?
    
    Oui, Walter avait des idées. Encore très confuses, mais il en avait. Et il se doutait qu’elles ne plairaient pas à tout le monde, il valait donc mieux ne pas leur donner les détails tout de suite. Cependant il était certain de tenir une piste valable.
    
    — Tout se résume à passer de l’autre côté pour les retrouver, commença-t-il prudemment. Et dans les bonnes conditions, l’infection de la famille Archer peut être maîtrisée pour arriver à cela. Par des méthodes qui n’ont rien à voir avec la barbarie dont essayaient d’user les Shapeshifters, s’empressa-t-il d’ajouter.
    
    Peter poussa un soupir énervé.
    
    — Sauf qu’il y a un tout petit problème dans ton plan rusé, Walter, fit-il avec ironie. C’est que Rob Archer est précisément une des deux personnes qui a disparu, au cas où tu l’aurais oublié. Ca va être difficile de se servir de lui pour passer, non ?
    
    Evidemment, que Walter s’en souvenait. Il réprima à grand peine une envie de demander à Peter pour qui il le prenait.
    
    — Mais toute sa famille possède cette infection ?, fit-il d’un ton vexé en interrogeant Nathan du regard. Il n’y a pas que lui ?
    
    Nathan haussa les épaules, un peu comme s’il ne voulait pas voir où Walter voulait en venir.
    
    — Il n’a plus aucun proche ici. Mais quand on a ramené Rob, on a demandé à la Garde de localiser les membres de sa famille plus éloignée et les mettre en sécurité au cas où les Shapeshifters les rechercheraient. A ma connaissance, aucun de ceux qu’ils ont retrouvé n’a activé son infection jusqu’à présent.
    
    Voilà, c’était bien ce que Walter avait cru comprendre, il y avait d’autres Archer encore en vie. Il n’était pas encore gâteux.
    
    — Dans ce cas, annonça-t-il donc tranquillement, il n’y aura qu’à amener une de ces personnes ici et activer son infection. Avec l’aide du lieutenant Parker, c’est tout à fait faisable.
    
    Dave Teagues laissa échapper un « Il est complètement timbré » à voix très basse, mais pas assez cependant pour que cela échappe à Walter qui le fusilla du regard, Nathan et Peter se contentèrent d’agiter la tête négativement.
    
    — Je ne crois pas que ce soit dans mes cordes, répondit Audrey d’un ton hésitant.
    
    — Ma chère, rétorqua Walter, c’est absolument dans vos cordes. Vous avez un don qui vous permet d’aider les gens à contrôler leurs infections, vous devez aussi être capable de les aider à les déclencher. Le contraire défierait toute logique.
    
    — Et il ne se passe jamais rien dans ce labo qui défie toute logique, commenta Peter d’un ton sarcastique en posant un regard de connivence sur Audrey. On ne laisserait pas cela arriver, vous pensez bien.
    
    Audrey sourit légèrement avant de se tourner à nouveau vers Walter.
    
    — Mais même en supposant que j’en sois capable, c’est une idée qui me met très mal à l’aise, Dr Bishop.
    
    A dire vrai, Walter avait bien pensé qu’il se heurterait à cette réaction. Il avait une autre idée en réserve, qui impliquait cependant l’utilisation de Cortexiphan. Et si la seule proposition d’activer l’infection de quelqu’un provoquait déjà une levée de boucliers, il imaginait d’ici comment réagiraient Peter ou Olivia s'il leur exposait qu’il avait l’intention d’user de ce produit en la circonstance. Un obstacle à la fois. Il serait toujours temps de leur en parler quand on aurait trouvé un sujet adéquat pour l’expérience.
    
    — Je comprends vos réticences, dit-il d’un air grave à Audrey. Mais je crains de ne pas avoir d’autre solution.
    
    Il y eut un instant de silence. Audrey et Nathan échangèrent un regard soucieux.
    
    — S’il le faut pour ramener Duke, hasarda doucement Nathan ; et en voyant que cela déclenchait un demi-sourire chez sa partenaire, il s’empressa d’ajouter d’un air impassible : Et Archer, bien sûr. Surtout Archer. On ne peut pas laisser quelqu’un qui a ce pouvoir aux mains d’ennemis potentiels. C’est hors de question.
    
    Walter fixa Audrey.
    
    — Vous êtes d’accord ?
    
    Elle le fixa à son tour et acquiesça lentement.
    
    — Je ferai ce que je pourrai, Dr Bishop.
    
    — Je vais voir ça avec mon contact dans la Garde, dit Nathan. Je suppose qu’on pourrait faire venir l’un des membres de la famille rapidement.
    
    Une certaine tension s’était installée et un silence de plomb tomba sur la pièce pendant que Nathan sortait son portable.
    
    — Bon, finit par dire Peter, je retourne à mon paramétrage pour les détecteurs et analyser mes premiers résultats.
    
    A ce moment précis, une alarme qui provenait du PC sur lequel il avait travaillé se déclencha.
    
    — Une autre réplique !, s’exclama Nathan en suspendant sa recherche du numéro de son contact.
    
    Tous se précipitèrent vers l’écran.
    
    — C’est sur une route à l’écart de la ville, constata Audrey. Il doit y avoir un genre de station service ou un garage dans ce coin, non ?
    
    — Oui. Je vais faire envoyer une patrouille là-bas tout de suite.
    
    A leurs côtés, Peter comparait l’endroit marqué sur la carte avec les résultats de son premier essai de repérage des zones de fragilité.
    
    — Il y a quelque chose qui cloche, grommela-t-il en cliquant nerveusement sur sa souris. Je dois avoir fait une erreur dans mes paramètres, cet endroit n’apparaît pas dans ma liste du tout.
    
    Silencieux, Walter observait les données chiffrées qui défilaient.
    
    — Ce n’est pas une réplique, affirma-t-il sombrement. C’est autre chose.
    
    Tous se tournèrent vers lui en attendant la suite de sa phrase avec angoisse.
    
    — Si je ne me trompe pas, c’est quelque chose qui pourrait nous simplifier grandement la tâche....
    
    Il fit une pause, soignant ses effets dramatiques sans même sans apercevoir, et reprit:
    
    - … Ou nous la compliquer encore plus.

Texte publié par Spacym, 22 juillet 2015 à 10h59
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