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Tome 1, Chapitre 4 « Peter » Tome 1, Chapitre 4
C’est comme un puzzle 3D géant, pensa Peter. Mais qui aurait été en fait composé à partir de pièces de deux puzzles. Des morceaux de bric et de broc qu’une main puissante aurait forcés à s’emboîter en y allant au marteau-pilon. Pourtant la construction tenait encore debout et somme toute c’était normal. Il s’agissait certes là d’un amalgame complètement destructuré, mais tout de même fait d’éléments de deux bâtiments similaires. Ce lieu qui était, parait-il, un très joli magasin de pâtisseries aux couleurs vives encore quelques heures auparavant, avait partiellement fusionné avec ce qui se trouvait au même endroit dans un univers parallèle. Le résultat n’était pas beau à voir.
    
    Et l’intérieur risquait d’être pire. Pour peu que des gens se soient trouvés là au moment où la brèche entre les univers s’était ouverte, on risquait de les découvrir maintenant imbriqués les uns dans les autres - ou plus précisément imbriqués dans une autre version d’eux-mêmes. Ils en seraient sans doute morts sur le coup… avec de la chance.
    
    Walter, inhabituellement silencieux, pensait certainement à la même chose lorsqu’ils s’engagèrent prudemment dans l’entrée de la boutique. Devant eux, Olivia ainsi que les lieutenants Parker et Wuornos ouvraient la voie au petit groupe. Fermant la marche derrière Peter et Walter, il y avait également ce Dwight Hendrickson qu’on leur avait présenté comme une sorte de « nettoyeur » des dégâts causés par les infections. Au rythme où vont les choses, ce type va se trouver tout à coup nettoyeur des dégâts causés par des « Fringe Events » aussi, se dit Peter, et il va avoir du boulot pour faire disparaitre celui-ci.
    
    Autour d’eux, les murs dédoublés, penchés et tordus sous la pression de la masse excédentaire, les meubles disparates venus d'ailleurs qui s’étaient matérialisés en explosant leurs équivalents, avaient envahi l’espace libre et on circulait entre eux comme dans une espèce de tunnel aux allures de kaleïdoscope hideux. Peter entendit soudain un gémissement sur sa droite et avant même qu'il ait tourné la tête, sa gorge se serra. Il avait déjà vu ce que produisait ce genre d'incidents. Et il aurait tout donné pour ne pas le voir à nouveau.
    
    -Par ici !, s’exclama Audrey.
    
    Elle avait été la première à localiser l'origine de la plainte et s’agenouilla à côté de la victime. C’était un homme d'âge mur qui gisait à demi-coincé sous un petit buffet, ses jambes seules dépassant nettement à l'air libre.
    
    -Deux jambes seulement, Dieu merci, ne put s’empêcher de murmurer Peter.
    
    Audrey lui lança un regard interrogateur et il lui fit comprendre d’un geste qu’il lui expliquerait plus tard. Elle se tourna donc à nouveau vers l’homme.
    
    -Ne bougez pas trop, les secours vont vous sortir de là, dit-elle d’un ton rassurant alors que Walter se penchait lui aussi vers le blessé.
    
    -Il faut vérifier ses connaissances générales, commenta-t-il d’un ton sévère et puis il ajouta à l’adresse du pauvre homme qui le fixait d’un air hébété : Quel est le nom du Président des Etats-Unis ? Quels bâtiments ont été détruits par les attentats du 11 septembre ?
    
    -Docteur Bishop !, protesta Audrey.
    
    -Walter, renchérit Peter, je sais ce qui te préoccupe mais laissons les secouristes travailler et nous vérifierons après, d’accord ?
    
    -Apparemment, il n’y a personne d’autre, dit Olivia qui revenait vers eux. Cet homme doit être l’agent d’entretien qui nettoyait les lieux après la fermeture, le patron nous a confirmé qu’il était à l’intérieur. Il y a donc de grandes chances que la victime soit bien d’ici, ajouta-t-elle en se tournant vers Walter.
    
    -D’ici ?, intervint Dwight en fronçant les sourcils. Qu’est-ce que vous voulez dire?
    
    -Qu’il est bien originaire de notre univers, répondit Olivia tout simplement .
    
    Devant les yeux écarquillés de Dwight, Audrey ajouta en posant la main sur son épaule:
    
    - Il y a pas mal de choses que tu ne sais pas sur notre petite aventure à Boston. Je crois que ce serait bien qu’on vous mette au parfum, toi et les frères Teagues.
    
    Nathan sortit son portable et l’agita :
    
    -En parlant d’eux, ils m’ont prévenu qu’ils avaient trouvé un endroit pour votre labo, Dr Bishop. Ils sont en train de l’aménager avec l’agent Farnsworth. Ce serait bien qu’on aille les retrouver et que vous en profitiez pour donner un cours de rattrapage sur les univers parallèles à nos amis, non?
    
    
    
    C’est ainsi qu’une quinzaine de minutes plus tard, ils découvraient les deux journalistes occupés à essayer de convaincre une vache plutôt récalcitrante de rentrer dans l’ancien entrepôt qu’ils avaient réquisitionné pour Walter.
    
    -Mais puisqu’on te dit que ce n’est plus une société d’emballage de viande, disait le plus grand des deux frères tout en tirant sur la longe de l’animal.
    
    -L’instinct, déclama Walter avec emphase en se dirigeant vers eux. Imaginez donc la beauté et à la complexité du mystérieux mécanisme qui dit à cet animal au plus profond de lui-même que des milliers de ses congénères trépassés se sont trouvés ici. Qui osera encore prétendre que ces merveilleux êtres nous sont inférieurs ?
    
    Peter sourit devant l’air plus que dubitatif qu’affichaient les deux journalistes.
    
    -Laissez donc ce merveilleux être dehors pour l’instant, leur dit-il, on s’occupera de son installation plus tard.
    
    A l’intérieur, un vaste hangar garni de plusieurs longues tables et d’anciens appareils rouillés, Astrid avait déjà donné un sérieux coup de balai et commençait à installer le matériel que le vieil homme avait tenu à emmener dans ses valises.
    
    -Tiens, commenta Nathan en posant les yeux sur une des tables, vous avez amené ce système de billes et d’aimants que vous aviez utilisé pour m’expliquer comment fonctionnent les vortex créés par Archer ?
    
    -Absolument, jeune homme. Et je vais d’ailleurs l’utiliser de suite pour expliquer tout cela à vos amis. Aspegic, trouvez-moi une plaque qui pourra symboliser la frontière entre les univers.
    
    Pendant que Walter préparait sa démonstration sous les yeux un peu incrédules de son tout nouveau public, Peter commenta les derniers évènements avec les lieutenants de police de Haven.
    
    -On a eu beaucoup de chance avec cette première « réplique ». S’il y avait eu des gens dans l’autre immeuble…
    
    -Cela risque de se reproduire ?, interrogea Audrey d’un ton qui indiquait qu’elle connaissait déjà la réponse.
    
    -Peut-être pas à chaque fois sous cette forme, je dirais. Mais à chaque fois, les réalités se mélangeront d'une façon ou d'une autre.
    
    -On ne dirait pas qu'elles se sont mélangées, là, rétorqua Nathan. On dirait plutôt que l'entièreté d'un bâtiment s'est invité ici.
    
    -Lorsque le vortex a aspiré vos amis, il a emporté de la matière venant de ce côté-ci. Pour utiliser une analogie comme Walter le ferait, je crois que tout se passe comme si l'univers tentait de ré-équilibrer les choses. Mais bien sûr ce n’est pas comme s’il avait réellement une volonté propre et une balance précise à sa disposition. Les quantités transférées ne correspondront pas et c’est pour cela que les répliques ne s'arrêteront pas d'elles-mêmes. Il faut trouver un moyen de renforcer les « soft spots », là où des brèches peuvent s’ouvrir.
    
    La voix de Walter s’éleva, excitée comme à chaque fois qu’il faisait une démonstration, et interrompit leur conversation.
    
    -… Et c’est là que vous pourrez constater que la bille va gagner en vitesse et après avoir roulé sur…
    
    La bille en question jaillit de l’appareillage mis au point par Walter, mais au lieu de continuer tout droit et de tomber sur la plaque comme prévu, elle bifurqua de façon illogique pour venir percuter Dwight en plein milieu du front. Pour une fois presque à court de mots, le vieux scientifique s’excusa puis balbutia quelque chose à propos d’une probable anomalie locale dans les lois de la physique.
    
    -Non, fit Dwight en se massant la tête. C’est moi. C’est mon infection, vous n’en pouvez rien.
    
    -Vous attirez les billes ? , demanda Astrid en écarquillant les yeux.
    
    -Les projectiles de toutes sortes, Mademoiselle. Les balles de fusils, surtout.
    
    -C’est tout à fait…, commença Walter avant que Peter lui impose le silence d’un geste de la main.
    
    -Walter, je crois que si tu dis « Fantastique », ce Monsieur pourrait être vexé. Et il aurait raison.
    
    -C’est terrible bien sûr. Mais c’est extraordinaire aussi. A partir de quelle vitesse de projection le phénomène se produit-il ?
    
    -Je n’en sais rien, répondit Dwight un peu penaud.
    
    Walter jeta un regard rapide autour de lui et repéra les victuailles préparées par Astrid un peu plus tôt.
    
    -Par exemple si je lançais cette orange dans la pièce à la force du bras, est-ce qu’elle se dirigerait vers vous ?
    
    -Walter, prévint Astrid d’un ton ferme, je vous préviens que l’interdiction d’exploser des fruits et légumes qu’on a décidée pour votre labo de Boston reste en vigueur ici.
    
    - Et je pense qu’on a d’autres chats à fouetter, renchérit Peter. J’étais en train de parler de l’affaire avec Audrey et Nathan. Il va nous falloir un moyen de localiser les zones de fragilité dans la frontière entre les univers, tu as des idées ?
    
    -Hé bien, dit pensivement Walter, il nous faut d'abord comprendre comment elles se sont formées. – Il se tut quelques instants puis demanda brusquement : Depuis combien de temps les infections existent-elles à Haven ?
    
    Nathan tourna un regard interrogateur vers les frères Teagues.
    
    -Au bas mot cinq cents ans, je dirais, estima Vince avec un haussement d’épaules.
    
    -Cinq cents ans, dit Peter en se tournant vers son père. Cela fait un certain nombre de générations de membres de la famille Archer qui ont utilisé leur don, percutant à chaque fois la barrière entre les mondes, pour reprendre ton analogie. Tu penses que ce sont ces chocs répétés au cours du temps qui l'ont suffisamment fragilisée pour que Rob Archer passe à travers cette fois ?
    
    -En tous cas, fils, nous savons que depuis quelques décennies il existe des fissures entre les mondes qui ont rendu la « barrière » perméable un peu partout. Mais il est fort probable qu'à Haven elle soit encore plus abîmée qu'ailleurs à cause des vortex. Et oui, on peut parier que des brèches apparaitront plus facilement aux endroits précis où ces vortex ont été ouverts, précisément.
    
    Le regard de Nathan s'illumina.
    
    -Dave, Vince, réunissez tout ce que vous avez dans les archives du Haven Herald sur des phénomènes qui pourraient avoir été causé par un Archer.
    
    -On peut commencer par faire évacuer la maison de retraite où vivait le père de Rob, fit alors Audrey.
    
    Tous acquiescèrent alors qu'elle décrochait son portable pour transmettre l'ordre au commissariat.
    
    -Une minute, intervint Dave. Je pense que là vous m'avez un peu égaré. Le père d'Archer a causé un vortex à la maison de retraite ?
    
    -On ne vous a pas encore raconté cette partie-là, c’est vrai, dit Audrey d'un ton un peu gêné.
    
    -Vous vous souvenez il y a cinq mois, quand Archer senior est décédé?, demanda Nathan . Sa chambre à l’hospice a été retrouvée sens dessus dessous et son corps a été rejeté sur la plage mais sans trace de noyade. Quand on a découvert quelle était le problème de sa famille, on a compris qu'en réalité, il a eu peur de quelque chose et que son infection s’est activée. Et vu son grand âge, son cœur a lâché à l'arrivée.
    
    -En fait, compléta Audrey, on pense que ce vortex a été ressenti dans cet autre univers, et qu'ils ont cru à une tentative d'intrusion de notre part. Ils auraient alors décidé d'envoyer une équipe ici pour chercher le responsable.
    
    -Une équipe composée de soldats métamorphes, enchaîna Nathan. Des Shapeshifters. Quand ils ont identifié Archer et son pouvoir, ils ont voulu s'en emparer et tenter de se servir de lui pour créer un moyen de passage sûr entre nos mondes. Histoire de nous attaquer, certainement.
    
    -C'est pour cela que nous avons tout fait pour laisser croire que Rob Archer était mort, compléta Audrey.
    
    Il y eut un moment de silence durant lequel les frères Teagues et Dwight tentèrent visiblement tant bien que mal d’assimiler toutes ces informations.
    
    -Hé ben merde, conclut Dwight avec fatalisme. Quand je pense que je croyais avoir tout vu en matière de bizarreries en vivant à Haven.
    
    -Et c’est chez ces êtres belliqueux que Duke et Archer sont tombés ?, demanda Dave d’un air soucieux.
    
    -L'autre côté est habité par des gens comme vous et moi, expliqua Peter. Il est probable que seule une petite frange de la population y est au courant de notre existence. Vos amis ne sont pas forcément en danger imminent.
    
    - Mais leur arrivée a forcément été remarquée, intervint Olivia d’un air sombre . Ceux qui voulaient capturer Archer l'autre fois savent maintenant sans aucun doute qu'il est vivant.
    
    A nouveau le silence tomba quelques minutes sur l’assemblée.
    
    - Ils avaient envoyé des Shapeshifters le chercher ici, finit par dire Audrey pensivement. Je me demande… je me demande qui ils vont mettre à ses trousses maintenant qu'il est dans leur univers ?

Texte publié par Spacym, 13 juillet 2015 à 13h10
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