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Tome 1, Chapitre 3 « Duke » Tome 1, Chapitre 3
Assis sur le quai, Duke contemplait d’un œil mauvais l’un des bateaux amarrés là. Son bateau. Enfin, dans une autre réalité, c’était le sien. Le Cap Rouge qu’il avait devant lui était bien entretenu, fraîchement repeint, chargé de marchandises sans doute tout à fait légales. Certainement pas la propriété de son double ni de n’importe quel membre de la famille Crocker.
    
    Le Dr Bishop n’avait pas menti à propos de cette histoire d’univers alternatif. Cet endroit était une exacte réplique de Haven… Ou presque. Avant de venir sur les quais, Duke avait traîné aux alentours du Grey Gull qui, ici, appartenait toujours aux frères McShaw. Alors ok, lui-même avait acquis le Gull quasiment par hasard et que cela ne soit pas pareil de ce côté-ci n’était pas si étonnant. Mais le bateau, c’était tout autre chose… Walter avait dit que des choix différents, même insignifiants en apparence, pouvaient amener des divergences marquantes au final. Pourtant, aussi pourri que soit le rafiot qu’il habitait, Duke avait toujours voulu vivre ainsi et il ne voyait pas quel choix, insignifiant ou pas, aurait pu lui ôter cette envie de la tête.
    
    Une chose que Walter n’avait pas expliquée par contre, c’est à quel point c’était secouant de passer par un de ces foutus vortex. Il avait fallu à Duke pas mal de temps pour reprendre ses esprits, et encore plus pour admettre ce qui s’était produit.
    
    Il avait repris conscience au milieu des débris qui avaient atterri là aussi brutalement que lui, dans un hôpital totalement désert. Alors évidemment, il aurait peut-être dû directement en déduire qu’il était passé « de l’autre côté ». Mais étant donné la collection d’infectés aux pouvoirs tous plus bizarroïdes les uns que les autres que possédait Haven, tout était encore envisageable à ce moment-là : voyage accidentel dans le temps, volatilisation des habitants…
    
    Cette dernière hypothèse n’était pas restée bien longtemps en lice, ceci dit, car très vite des voix avaient résonné dans les couloirs. L’une d’elles étant légèrement trop familière aux oreilles de Duke, il avait filé sans attendre de pouvoir vérifier à qui elle appartenait.
    
    Pendant un bon moment, il avait alors déambulé en ville, notant au passage que le homard ne semblait pas ici être la spécialité locale et que les rues étaient assez désertes. Sans être une ville fantôme, cette version de Haven était encore moins peuplée que celle dont il venait.
    
    Et maintenant il était planté sur ce quai, à se demander ce qu’il faisait là alors qu’il devrait être en train de chercher un moyen de rentrer. Etait-ce la simple curiosité qui l’avait poussé jusqu’ici ? Ou autre chose ?
    
    Il secoua la tête avec énervement.
    
    — Tu ne pensais tout de même pas tomber sur ton autre toi et lui demander de l’aide, si ?, se gourmanda-t-il à voix basse. Franchement, est-ce que tu crois qu’il serait du genre à te filer un coup de main ?
    
    Il fit une pause, tenta d’imaginer quelle serait sa propre réaction si une autre version de lui-même se pointait chez lui.
    
    — Bon ok, ça dépend sans doute de ce qu’il aurait à y gagner, finit-il par conclure. C’est à dire rien du tout.
    
    Des passants le dévisagèrent et il réalisa qu’il parlait tout seul. Il espéra que ce n’était que cela qui attirait leur regard. Il lui était difficile d’évaluer s’il était impopulaire ou pas de ce côté. Il jeta un coup d’œil à la ronde histoire de vérifier si des visages connus se trouvaient là. Sur un banc, un carton à dessin sur les genoux et un crayon à la main, Vicky Dutton immortalisait le paysage. Etant donné la nature de son infection, Duke estima qu’il valait mieux ne pas traîner dans les parages et se remit en route. C’est que le talent artistique de Vicky pouvait être carrément mortel.
    
    Il avait beau tourner et retourner toute l’histoire dans sa tête en déambulant sans but précis, il ne voyait que deux échappatoires possibles. Soit remettre la main sur Archer, en supposant qu’il n’ait pas déjà suffisamment flippé pour retourner accidentellement dans leur univers d’origine ; soit trouver la version locale d’Audrey. Avec un peu de chance, elle serait aussi sympa que l’autre et sa connaissance des infections lui permettrait d’imaginer une solution au problème.
    
    Ceci dit, la dénicher n’allait peut-être pas être aussi simple que cela. Le Grey Gull façon restaurant chic n’avait pas de studio à l’étage. Ce n’était donc pas là que vivait l’Audrey alternative. L’autre option évidente aurait été de faire un tour au commissariat, mais il savait très bien qui il risquait de rencontrer ainsi. Et il n’était pas pressé de vérifier si le Nathan de ce côté était aussi emmerdant que l’autre. D’autant qu’il avait déjà bien failli lui tomber dessus à l’hôpital…
    
    — L’hôpital, s’exclama-t-il soudain. Mais oui ! Si Nathan y est, Audrey aussi !
    
    C’était risqué d’y retourner, mais se glisser parmi les badauds qui devaient certainement avoir été attirés par l’inévitable descente de police était faisable.
    
    
    
    Le problème, c’est que pour se fondre dans une foule, la condition indispensable, c’est qu’il y ait une foule. Or à sa grande surprise, l’endroit se révéla quasiment désert. Pas de flics. Pas de barrières bien visibles ou de cordon de sécurité autour du bâtiment. Tout semblait... anormalement normal, en fait. Qu’est-ce que ça signifiait ? Il était pourtant certain de ce qu'il avait entendu avant de foutre le camp de là. Il tourna un petit moment dans le quartier, essayant de comprendre. Il était sur le point de se résoudre à aller fouiner du côté du commissariat lorsqu’une voix derrière lui le fit sursauter.
    
    — Duke ?
    
    Il se retourna pour découvrir - ça ne pouvait pas louper, évidemment - Nathan qui traversait la rue d'un pas assuré. Dans son univers d'origine, lorsque « son » Nathan se dirigeait vers lui à cette allure enthousiaste, c'était au mieux parce qu'il avait l'intention de lui passer les menottes, au pire pour lui flanquer une raclée. Méfiant, Duke ne put se retenir d'esquisser un mouvement de recul qui n'échappa pas à l'autre.
    
    - Quel idiot je fais, dit celui-ci avec un geste d'excuse, bien sûr, vous n'êtes pas Duke. Mais vous êtes de sa famille, non ?
    
    - Oui. Son demi-frère.
    
    Duke avait répondu quasiment sans réfléchir, un mensonge réflexe, un bobard de plus dans sa vie, qu'il espérait ne pas avoir à regretter. Pour une fois que le côté volage de son cher père pouvait lui être utile. En supposant qu'il ait été du genre à semer à tous vents ici aussi, du moins, et Duke pria pour que ce soit le cas.
    
    -Evidemment. La ressemblance est juste stupéfiante, fit Nathan avec un franc sourire. Sauf le look, comment dire, moins conventionnel.
    
    Le ton n'était même pas sarcastique, juste taquin, et la mimique le confirmait. En fait, aussi incroyable que cela paraisse, ce Nathan avait l'air... sympathique. Et drôle. Avec consternation, Duke envisagea que son double à lui, pour équilibrer les choses, était sans doute un type affreusement ennuyeux. Et allez savoir, peut-être même qu'il était honnête. Quelle horreur.
    
    Entre-temps, le sourire avait quitté le visage du lieutenant Nathan Cool Wuornos pour faire place à une mine sincèrement triste et il reprit :
    
    -Ce qui est arrivé à Duke, c'est affreux. On a tous été...bouleversés.
    
    Ok. Ennuyeux, honnête... et probablement mort. Ca devenait de mieux en mieux. Lorsqu'il parviendrait à rentrer, il aurait deux mots à dire au Dr Bishop sur son histoire de petites divergences. Et quand on pense que les gens croient qu'être un criminel peut être dangereux pour la santé, la preuve que non, tiens.
    
    -Oui, renchérit donc Duke sans trop se mouiller, c'était horrible.
    
    Et intérieurement il se demanda ce qu'il faudrait qu'il lui arrive à lui, pour que « son » Nathan tire cette tête à son sujet.
    
    -Ecoutez, je suis assez occupé pour le moment, reprit Nathan dont le portable venait de sonner, mais si vous voulez passer me voir un de ces jours, ça me ferait plaisir de discuter avec vous. Vous n'avez qu'à venir au commissariat quand vous voulez, d'accord ?
    
    Même pas si tu étais la dernière personne qui puisse m'aider, tout sympa que tu paraisses, pensa Duke.
    
    -Pourquoi pas, dit-il néanmoins tout haut.
    
    Nathan s'éloigna et décrocha son portable. Duke tendit l'oreille, espérant l'entendre saluer Audrey au bout du fil mais ce ne fut pas le cas. Apparemment c'était Dwight qui appelait. Duke comprit suffisamment de leur échange pour savoir que la conversation portait sur le fait de ne pas laisser les autorités se mêler de quelque chose. Pas besoin d'en entendre plus, il se doutait de quoi il s'agissait. Il se décida à quitter les lieux mais lança un dernier regard vers le lieutenant qui, clairement sous pression, passait et repassait sa main sur sa nuque et gesticulait tout en discutant.
    
    -Plus sympa ET plus expressif, murmura Duke pour lui-même. A moins que... ?
    
    Duke repensa soudain à ce qu'il avait vu plus tôt. ; Vicky dessinant sur les quais sans crainte apparente du mal que pouvaient faire ses œuvres, les frères McShaw dirigeant leur resto comme si la nourriture qu'ils servaient ne risquait pas d'empoisonner leurs clients. Mû par une impulsion soudaine, il ramassa un petit caillou, se dissimula derrière le coin de l'hôpital et après une légère hésitation, se pencha pour lancer son projectile en direction de la tête du lieutenant qui lui tournait le dos et la réaction ne se fit pas attendre.
    
    -Aïe ! Qu'est-ce-que c'est ça ?
    
    Maintenant plaqué contre le mur pour ne pas se faire repérer, Duke resta stupéfait un instant, malgré qu'il se soit douté que quelque chose clochait.
    
    - Donc tu n'es pas infecté, murmura-t-il. Ni toi, ni les autres. Aucun de vous. Normal que je ne trouve pas Audrey ici, ajouta-t-il avec amertume. Elle n'existe pas.
    
    Sidéré, il promena lentement un regard circulaire sur les alentours, comme s'il voyait cet endroit pour la première fois. Cet endroit si pareil et si différent de celui dont il venait. Puis il quitta sa cachette et observa d'un air intrigué Nathan qui, tout en jetant des regards inquiets autour de lui, remontait à présent dans son pick-up.
    
    -Mais s'il n'y a pas d'infection, dit-il pensivement, alors qu'est-ce-que tu essaies de cacher?

Texte publié par Spacym, 13 juillet 2015 à 12h02
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