Pourquoi vous inscrire ?
«
»
Tome 1, Chapitre 14 « Peter » Tome 1, Chapitre 14
-Voici les appareils qui serviront à rafistoler la frontière entre les univers, et avec un peu de chance, qui atténueront donc les répercussions des infections de votre côté. Mon père les appelle « rustines », et je crois que pour une fois, il n’y a pas besoin de décodeur spécial Walter pour comprendre le choix de ce terme, termina Peter avec un sourire ironique pour son auditoire.
    
    Il avait un peu le sentiment d’avoir été bombardé guide pour une délégation étrangère dans une convention inter-univers sur les pseudo-sciences. Et c’était, en un sens, exactement cela. Car lorsqu’Audrey, Olivia et Sélina avaient ré-ouvert le portail un peu plus tôt, le résultat avait amené son lot de surprises …
    
    Suivi de près par Nathan, Duke avait été le premier à surgir du portail, et avait manifesté sa satisfaction d’être revenu chez lui avec le peu de discrétion qu’on lui connaissait. Les trois jeunes femmes qui avaient permis son retour s’étaient vues gratifier d’une chaleureuse embrassade (et la tête qu’avait fait Olivia, prise au dépourvu par ce câlin intempestif, avait valu le détour). Astrid avait bénéficié du même genre de remerciement dans la foulée et elle n’avait pas eu l’air de s’en plaindre. Walter s’était vu promettre « une recette secrète de gaufres avec un ingrédient spécial qui devrait beaucoup lui plaire ». Devinant un penchant commun de ces deux-là pour certaines substances récréatives, Peter était en train de s’inquiéter intérieurement de cette formulation, quand il avait reçu une grande tape amicale dans le dos, accompagnée d’un « si je peux te rendre service un jour, quoique ce soit… »
    
    La suite de la phrase était passée à la trappe, car entretemps, le portail avait livré passage à deux personnes supplémentaires et tous s’étaient focalisés sur eux.
    
    -Je vous présente… hé bien… Une version alternative de moi-même et de Dwight, avait dit Nathan en désignant ces nouveaux arrivants. Ils sont venus en aide à Duke et nous proposent également leur concours pour récupérer Rob Archer qui est prisonnier de la Fringe Division de leur univers.
    
    Le ton du lieutenant Wuornos avait été accueillant tout en laissant transparaitre qu’il avait hésité un certain temps avant d’accepter leur collaboration.
    
    Après une très courte pause, il avait repris la parole pour les présentations inverses :
    -Voici Audrey, Walter, Astrid et Peter. Et il y a également ici quelqu’un que vous connaissez déjà, je pense,…
    
    L’autre Duke, qui se tenait un peu à l’écart, s’était alors approché du groupe. Peter n’aurait su dire ce qui l’avait le plus marqué dans ce qui avait suivi : le côté touchant des retrouvailles entre celui-ci et les amis qui l’avaient cru mort pendant plusieurs mois, ou bien le moment assez comique où les deux Duke s’étaient toisés du regard, évaluant avec les mêmes mimiques désapprobatrices leurs allures respectives.
    
    -Je comprends ce que vous vouliez dire à propos de son look, avaient-ils ensuite lâché presque simultanément et du même ton apitoyé.
    
    Ces instants de détente avaient néanmoins été assez courts. La priorité restait de mettre au point un plan pour récupérer Rob Archer, avant que chacun puisse rentrer chez soi et qu’on stoppe enfin les dangereuses anomalies dues aux fissures qui sévissaient ici. Et histoire de mettre tout le monde au diapason, Peter était donc en train de briefer leurs invités de l’autre univers, pendant qu’Olivia et l’équipe locale de Haven vaquaient à d’autres occupations urgentes. Les versions alternatives du lieutenant Wuornos, ainsi que de Mr Hendrickson et Crocker le suivaient maintenant patiemment, déambulant dans l’entrepôt servant de labo à Walter.
    
    - A présent, voyons le matériel que nous allons transporter vers votre univers lorsque le moment sera venu, fit Peter en les emmenant vers l’extérieur.
    
    -Qu’est-ce que c’est que ça ?, interrogea soudain le lieutenant Hendrickson.
    
    Du doigt, il désignait la vache que Walter avait temporairement adoptée.
    
    -Les vaches partagent un large patrimoine génétique commun avec les êtres humains, expliqua Peter. Elles sont de très bons sujets d’expérimentation.
    
    Face aux mines un peu décontenancées de leurs invités qui imaginaient déjà toutes sortes d’horreurs infligées au pauvre bovin, il ajouta tout de même:
    
    -Mais cette vache est là simplement parce que mon père aime avoir du lait tout frais, rassurez-vous.
    
    La question de Dwight avait néanmoins alarmé Walter qui, de grosses lunettes bicolores sur les yeux et un caramel dans la main, interrompit ce qu’il faisait pour se rapprocher d’eux.
    
    -Il y a tout de même encore des vaches dans votre univers, oui ? demanda-t-il d’un ton inquiet.
    
    -Ho oui, bien sûr, le rassura Dwight. Ce que nous n’avons plus, c’est des homards. Mais des vaches, on en a plein.
    
    -Imaginez le traumatisme des touristes privés de homard, commenta Nathan en mimant la panique. Il y a des moments où on frôle l’émeute.
    
    Cela fit sourire tout le monde sauf Walter, qui prenait toujours tout ce qui touche à la nourriture très au sérieux.
    
    -Vous ne m’aviez pas parlé de de cela, Mr Croquette, tança-t-il d’un air sombre.
    
    Peter leva les yeux au ciel. Il soupçonnait souvent Walter de faire ce genre de lapsus exprès, mais ce cas-ci battait des records.
    
    -C’est Mr Crocker, Walter. Cro-cker. Bon sang, comment peux-tu être capable de retenir parfaitement le nom d’une personne et pas celui de son double ?
    
    Et ce n’était pas du tout la première fois que la langue de Walter fourchait aujourd’hui, même si chaque fois Duke avait au moins eu droit à une nouvelle variante. Il avait pris le parti d’en plaisanter, surtout quand il s’était aperçu qu’Astrid subissait la même chose, saisissant l’occasion de gentiment flirter avec elle en se disant flatté d’être logé à la même enseigne qu’une si charmante jeune femme. Cette fois encore, la créativité des erreurs de Walter lui arracha un sourire.
    
    -Ce n’est pas grave, fit-il donc à l’attention de Peter. Walter, je ne pense pas que l’épidémie qui a tué les homards dans toute la région du Maine de notre côté soit liée à un de vos infectés, je n’ai pas jugé bon de vous en parler.
    
    Ce type d’informations n’entrait pas dans le deal, compléta Peter intérieurement. Quand cette autre version de Duke avait passé un accord avec Audrey Parker, les termes en étaient qu’il les aiderait à récupérer son double et à lutter contre les anomalies qui frappaient les deux Haven. Rien de plus. Malgré la convivialité qui avait régné depuis lors, il n’avait pas échappé à Peter que, mine de rien, leur invité s’en tenait strictement à cet accord. Cela ne le dérangeait pas outre-mesure, mais l’idée le frappa soudain qu’il était étrange que Walter, lui, ne se montre pas plus contrarié de rater une occasion d’en apprendre plus sur l’autre côté. Parfois, en y réfléchissant, le vieil homme agissait simplement comme s’il savait déjà presque tout ce qu’il y avait à savoir sur le sujet. Perplexe, Peter le regarda un instant qui s’éloignait d’eux, apparemment rasséréné de savoir que personne de notre univers n’était responsable du sort tragique de ces malheureux crustacés.
    
    Enfin, Peter s’arracha à ses pensées, et reprit la visite guidée. Ils arrivèrent à la grande porte du bâtiment, qui était quelque peu obstruée par un camion garé juste devant. Plusieurs boites en métal ressemblant à des cercueils vu leurs dimensions s’empilaient juste à côté. Torse nu étant donné la chaleur ambiante et l’effort physique qu’il devait accomplir, le Dwight local les transvasait dans le camion. C’est que chacune de ces caisses pesait au minimum le poids d’une personne adulte et la façon dont il les maniait était plutôt impressionnante. Son dos arborait un immense tatouage circulaire que Peter identifia comme étant celui de la Garde. Appartenir à cette organisation était donc un point commun entre les deux versions de Mr Hendrikson. A part le fait que l’un soit flic et l’autre pas, il paraissait en réalité y avoir peu de dissemblances entre les deux hommes. Ils partageaient en tous cas un caractère plutôt flegmatique et aucun des deux n’avait paru spécialement perturbé quand ils s’étaient croisés un peu plus tôt.
    
    -Ils sont tous là, fit Dwight en s’essuyant le front puis en tapotant de la main une des caisses. Tous les gens qu’on a trouvés ambrés dans la maison de retraite. Prêts à être ramenés chez eux dès que ce sera possible.
    
    D’un geste son double lui proposa de l’aider à terminer le chargement, mais il déclina l’offre. Il avait de toutes façons presque fini.
    
    - Comme votre ami ici présent en est la preuve vivante, dit Peter en désignant Duke du doigt, l’ambrage est totalement réversible et ne laisse aucune séquelle. Nous ne voulons pas perturber ces gens en les réveillant ici, nous pensons donc mieux de les transporter de votre côté et de vous enseigner la procédure adéquate.
    
    -Walter me l’a expliquée, confirma Duke pour ses amis. Ces personne sont en stase, il y a tout un processus bien précis à suivre pour réactiver leurs fonctions vitales sans danger. Nous aurons besoin d’un lieu qui convienne, La Garde nous trouvera cela, ajouta-t-il en croisant le regard du lieutenant Hendrickson.
    
    Il sembla à Peter que ce dernier marquait une légère hésitation, mais c’est d’un ton assertif qu’il répondit.
    
    -Bien sûr, la Garde s’en chargera. Et il faudra faire en sorte que le retour à la vie de ces gens passe inaperçu aux yeux de la Division. Mais je suis sûr qu’on s’arrangera. A Haven, on est obligés d’être débrouillards pour un tas de trucs. On improvisera quelque chose.
    
    -En fait, ce n’est vraiment pas si différent d’ici, sourit Audrey qui approchait du groupe, suivie par Olivia.
    
    -Il va falloir vous montrer encore débrouillards pour autre chose, intervint cette dernière. Avant d’espérer pouvoir mener une opération pour récupérer Archer, il va nous falloir des informations sur la disposition des lieux. Vous pensez pouvoir nous en fournir ?
    
    Dwight se frotta le menton pensivement.
    
    -Ils ont pratiquement amené un labo dernier cri en pièces détachées avec eux, des modules en préfabriqué qu’ils ont installés à l’intérieur d’un ancien complexe industriel. On n’a bien sûr pas l’autorisation d’y entrer. Il va falloir finasser. Peut-être que si on arrive à placer une caméra miniaturisée sur quelqu’un qui y a accès… ?
    
    Il se tourna vers son équipier et l’interrogea du regard.
    
    -Les agents de la Division qui ont capturé Archer sont toujours en ville et participent à la sécurisation de ce QG. Ils avaient demandé notre aide pour trouver Archer, à mon avis on doit pouvoir exploiter cela pour approcher l’un d’eux, sous prétexte qu’on a le droit d’avoir un suivi de l’affaire, proposa Nathan.
    
    Peter haussa un sourcil.
    
    -En approcher un d’assez près pour pouvoir lui coller une caméra? interrogea-t-il. Ca demandera plus qu’une poignée de main.
    
    - Il faudra bien qu’on y arrive, fit Dwight en haussant les épaules. Et encore, c’est la partie facile du plan. Connaitre la disposition des lieux de leur labo pourra faire gagner du temps une fois dedans, mais il faut encore parvenir à entrer, ce sera cela le vrai problème. Ils ont installé un système de surveillance impressionnant, en matériel et en hommes. Les portes seront gardées en permanence.
    
    Peter se fendit d’un sourire un coin, sachant très bien ce que Walter avait en tête à ce sujet.
    
    -Mais qui a dit qu’on devait passer par la porte ?
    
    

Texte publié par Spacym, 23 septembre 2015 à 16h57
© tous droits réservés.
Commentaire & partage
Consulter les commentaires
Pour réagir â ce chapitre et poster une review, veuillez vous identifier ou vous inscrire !
«
»
Tome 1, Chapitre 14 « Peter » Tome 1, Chapitre 14
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
1036 histoires publiées
491 membres inscrits
Notre membre le plus récent est ACKERMANOlivia-chii
LeConteur.fr 2013-2018 © Tous droits réservés