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Tome 1, Chapitre 13 « Nathan » Tome 1, Chapitre 13
-Je n’aime vraiment pas cela, Walter, disait Audrey d’une voix hésitante. L’émotion qui active le pouvoir des Archer est la peur. Vous pensez que je peux aider à déclencher l’infection de Sélina, mais d’ordinaire je rassure les gens, pas l’inverse.
    
    Elle avait l’air épuisée et Nathan s’inquiétait pour elle, même s’il savait qu’elle n’était en définitive pas plus fatiguée qu’eux tous. La nuit était passée en conciliabules et en préparatifs, en recherche du meilleur endroit pour mettre leur plan en oeuvre et en fignolage des appareils. L’aube pointait à peine et ils se tenaient à présent à proximité d’une maison ayant appartenu autrefois à la famille Archer. Elle était à l’abandon, ce qui assurait une certaine discrétion à l’opération. Selon le dispositif de repérage des zones de fragilité, le lieu était idéal en terme du peu de résistance que la frontière entre les mondes y présentait encore.
    
    Le plan de Walter était assez simple, ou en tous cas relativement clair malgré le charabia habituel du vieil homme : Audrey devait aider Sélina à amorcer un vortex assez puissant pour qu’il traverse la frontière vers l’autre côté. Après quoi, Olivia - qui apparemment possédait des talents spéciaux dûs à une substance appelée Cortexiphan - allait stabiliser ce vortex naissant pour en faire une espèce de portail temporaire. Un membre de l’équipe passerait alors vers l’autre univers et y rechercherait Duke et Archer. Et pour garantir le voyage retour, les filles répéteraient tout simplement l’opération d’ouverture du passage à des heures et des lieux prédéfinis.
    
    Savoir qui allait être le chanceux qui traverserait avait fait l’objet d’un débat assez court. Nathan tenait à y aller lui-même et il s’était montré intransigeant là-dessus. Peter avait offert de l’accompagner, mais Walter y avait extrêmement mal réagi. En fin de compte, Audrey s’était rangée au choix d’envoyer Nathan seul, puisqu’Olivia et elle-même devaient obligatoirement rester de ce côté-ci.
    
    Mais tout cela ne rimerait plus à rien si leur tentative actuelle ne réussissait pas…
    
    -Vous allez y arriver, ma chère, insistait Walter. Allez-y, essayez.
    
    Avec un hochement de tête décidé, Audrey se tourna vers Sélina et se mit à lui parler avec douceur mais en termes forts. Nathan l’entendit évoquer les drames qui se produiraient si on ne parvenait pas à « guérir » les fissures entre les univers, ainsi que les expériences scientifiques atroces que son cousin subissait peut-être en ce moment même. Sélina acquiesçait de la tête et serrait les poings, le visage d’une grande pâleur mais aussi plein de détermination.
    
    Après plusieurs minutes, Nathan retint son souffle lorsqu’un scintillement diffus apparut à quelques mètres. Derrière sa console, Walter devint littéralement extatique, un sourire quelque peu effrayant plaqué sur le visage. Olivia, qui avait l’air tout aussi mal à l’aise qu’Audrey, tendit la main vers le phénomène naissant. Quelques arbustes aux alentours commençaient à subir l’attraction du début de vortex , seul le bruissement de leurs feuilles se faisait désormais entendre. Enfin, un « whooossh ! » digne du syphon d’un gigantesque évier éclata à leurs oreilles et ce qui ressemblait à une vitre déformante remplaça la zone scintillante.
    
    Olivia ferma les yeux, redoublant de concentration. Walter avait prédit que si elle réussissait à stabiliser ce portail suffisamment vite, le passage clair et net ainsi formé égaliserait en quelques sortes la pression des deux côtés de la frontière, et annihilerait les effets collatéraux du phénomène généré par Sélina. L’espace de quelques instants, l’attraction du vortex en formation se fit plus forte. Nathan porta la main devant ses yeux, repoussant les poussières et brindilles qui s’étaient mises à s’envoler tout autour. Et puis cela stoppa net.
    
    Lentement, il ouvrit à nouveau les yeux. Ce qui s’étendait devant eux avait imperceptiblement changé. En lieu et place d’une vue sur la vieille maison de brique décrépie des Archer, c’était désormais une version fraîchement repeinte de cette même bâtisse qu’on pouvait apercevoir comme à travers un léger brouillard.
    
    Walter s’approcha des trois femmes et leur tapota d’un air paternaliste sur l’épaule. Elles avaient réussi.
    
    Après un instant de stupeur passé à contempler en silence le spectacle étonnant de cette fenêtre ouverte sur un autre monde, Nathan se rappela qu’il était temps pour lui d’y aller. Il serra Audrey dans ses bras et adressa un petit signe de la main un peu maladroit aux autres .Puis il jeta encore un regard vers le double de Duke qui, assis sur le capot d’un des véhicules, se mit soudain debout et se dirigea d’un pas décidé vers l’autre univers lui aussi.
    
    -Reste où tu es, lui ordonna Nathan.
    
    -Je suis sûr que ça te faciliterait vraiment la tâche, si j’y allais avec toi.
    
    Il faisait sincèrement mine de vouloir l’aider. Nathan balaya sa proposition d’un geste mais prit malgré tout la peine de lui répondre.
    
    -On te l’a déjà dit et redit plusieurs fois : Walter veut que tu restes encore ici quelques heures. Il va te montrer comment désambrer les gens. Quand toute cette histoire sera finie, on transportera les victimes qui restent dans la maison de retraite à travers le portail, et ce sera à toi et tes amis de l’autre côté de leur appliquer la procédure pour les sortir de l’ambre. C’est mieux pour elles qu’elles ne se réveillent pas dans un univers qui n’est pas le leur.
    
    L’autre baissa les yeux et eut un léger haussement d’épaules.
    
    -Très bien, fit-il sèchement. Je n’ai plus qu’à te souhaiter bonne chance, si je comprends bien. J’espère que mes infos te seront utiles.
    
    Effectivement, grâce aux renseignements qu’il leur avait fournis, Nathan savait où aller pour se procurer un véhicule dans l’autre Haven sans qu’on lui demande ses papiers, il connaissait maintenant les différences marquantes entre les deux villes et leurs habitants respectifs. Avec un peu de chance, ça l’aiderait à retrouver « leur » Duke.
    
    -Pas d’idées de dernière minute à me donner ?, demanda-t-il encore. Où est-ce que tu serais allé en tout premier, toi, si tu étais à sa place?
    
    -A sa place, réfléchit Duke tout haut d’un ton pincé… A sa place, si je m’étais trouvé dans une autre réalité, j’aurais cherché à contacter la version locale de mon meilleur ami. Autrement dit, toi.
    
    Avec un soupir, Nathan estima qu’il avait perdu assez de temps et lui tourna le dos pour cette fois passer ce fameux portail.
    
    - Et en tout cas, le Nathan que je connais m’aurait aidé, lui, continua l’autre en haussant la voix. Il m’aurait caché dans un coin discret. Sa vieille cabane de chasse par exemple. Je suis même sûr qu’il serait aussi sympa avec une autre version de moi s’il en croisait une.
    
    Nathan roula des yeux à ces dernières paroles, exaspéré par la critique sous-entendue au point d’avoir envie d’encore gaspiller quelques secondes à répliquer vertement. Mais lorsqu’il tourna la tête, il aperçut le portail en train de se refermer derrière lui. Dépité, il s’en alla en grommelant, se concentrant sur des choses plus importantes que les réflexions sans intérêt de cet énergumène.
    
    
    Et pourtant, ce sont ces mots qui lui revinrent en mémoire environ une heure plus tard, alors qu’il s’était procuré un véhicule et avait fait jusque-là chou blanc dans ses recherches. Sa vieille cabane de chasse. Pourquoi pas, après tout ? Non qu’il imaginait que son double ait pu venir en aide à Duke, mais Duke aurait très bien pu avoir pensé tout seul à aller se planquer dans ce type d’endroit isolé. Au point où on en était, toute hypothèse même saugrenue était bonne à être explorée. Il conduisit jusque-là, se gara le long de la route, parcourut les quelques centaines de mètres restant à pied… et, stupéfait, découvrit Duke qui faisait les cent pas devant la cabane.
    
    Celui-ci le repéra et bizarrement, ne parut pas spécialement surpris de le voir.
    
    — Ha, te voilà ! Ecoute, fit-il comme s’il se lançait dans un discours qu’il aurait répété soigneusement, j’ai bien réfléchi à tout ça. C’est beaucoup de risques que tu prends pour m’aider et je sais que c’est parce que Duke et toi vous étiez proches mais…
    
    Nathan comprit confusément qu’il y avait malentendu mais sa réaction première fut surtout de plisser le nez en signe de dégoût.
    
    — Moi ? Proche de toi ? Et depuis quand tu parles de toi-même à la troisième personne ?
    
    Duke s’immobilisa, le sourcil perplexe, puis tendit l’index vers lui.
    
    — Oh oh. Est-ce que ça veut dire…que tu es… mon Nathan ?
    
    — Ton Nathan ? Tu pourrais trouver une autre façon de…
    
    Il fut interrompu par une gifle assénée en pleine figure par son vis-à-vis. A part la réaction de surprise légitime, son visage ne trahit évidemment aucune expression de douleur.
    
    — Ouais, c’est bien toi, conclut Duke. Bon sang, je n’aurais jamais cru que je serais un jour aussi content de te revoir, mon vieux.
    
    — Mais tu m’as pris pour mon double, là, c’est ça ? Donc tu le connais ? Qu’est-ce qui t’a pris d’entrer en contact avec lui, espèce d’idiot?
    
    Comme à son habitude quand on lui faisait un reproche, Duke se mua en moulin à paroles gigotant en tous sens pour illustrer ses propos.
    
    — Tu en as de bonnes, toi. J’avais besoin d’aide pour trouver un moyen de rentrer chez nous alors j’ai cherché quelqu’un qui soit assez futé pour avoir une idée là-dessus. Le premier nom qui m’est venu à l’esprit c’est Audrey, évidemment. Mais c’est sur toi que je suis tombé. Enfin, pas toi, toi, mais l’autre toi, je veux dire, tu comprends ? Et ça va t’en boucher un coin, mais il m’a cru quand je lui ai raconté toute l’affaire et il s’est tout de suite remué le derrière pour me filer un coup de main, lui.
    
    Allons bon, voilà que l’autre Duke avait donc raison. Nathan se demanda quel genre de benêt son propre double pouvait bien être.
    
    — Vraiment ?, fit-il simplement, ne trouvant cependant rien de plus percutant à dire.
    
    — Oui, vraiment. Et apparemment y’a pas d’infectés, ici. Juste les phénomènes causés par les vortex, les effets des infections qui passent à travers la frontière et quelques autres embrouilles inter univers. Je suppose que c’est pour ça qu’il n’y a pas de version d’Audrey non plus.
    
    Tout cela, Nathan le savait déjà mais n’en pipa mot. Il sentait la moutarde lui monter au nez et décida de profiter quelque peu de la situation.
    
    — Dis-moi Duke, fit-il d’un air pensif, tu te rappelles quand on était gamins et que tu m’avais planté ces punaises dans le dos ? Combien, déjà ?
    
    Duke n’en croyait pas ses oreilles et lança les mains vers le ciel.
    
    — Enfin, Nathan !, s’exclama-t-il. Tu crois que c’est le moment de reparler de ça ?
    
    — Je cherche un moyen de reconnaissance. Un genre de code pour qu’on ne se confonde pas avec nos doubles, au cas ou… Un truc qu’on est les seuls à savoir, toi et moi. Comme cette histoire de punaises.
    
    Duke roula des yeux.
    
    — Ok. C’était seize punaises, ça te va ? Mais tu ne risques pas de me confondre avec mon double de cet univers, il est mort. Quant au tien…
    
    Il s’arrêta brusquement, les yeux étrécis.
    
    — Quoi, le mien ?
    
    — Ben, en fait…Il est juste derrière toi.
    
    Nathan sursauta et se retourna brusquement, pour découvrir un type qui le gratifia d’un sourire hésitant. Ce n’était pas exactement comme se regarder dans le miroir. Pas tout à fait. Mais ça faisait un sacré choc tout de même.
    
    Instinctivement, les deux hommes se mirent à se tourner autour, évaluant du regard les détails qui différaient. Bras croisés, Duke assistait à leur manège comme à un bon numéro de cirque.
    
    — Tu crois pas que c’est dangereux si on s’approche trop l’un de l’autre, demanda le Nathan local . Ca ne risque pas de créer… je ne sais pas moi, un genre de paradoxe.
    
    — C’est pas voyager dans le temps, qu’on fait. Aucun risque de ce type-là, fit Nathan d’un ton doctoral.
    
    En fait, il avait posé la même question un peu idiote au Dr Bishop avant de passer de ce côté, mais il se garda bien de le préciser.
    
    Rassuré, son double se risqua à approcher la main et lui toucha timidement l’épaule du doigt.
    
    — Tu peux y aller franchement, fit Duke, il ne sent pas la douleur de toutes façons. Tu pourrais même te filer une raclée à toi-même, c’est pas génial ?
    
    — Waw ! C’est vrai ?
    
    — Oui, c’est vrai, cingla Nathan, et merci Duke pour tes réflexions extrêmement constructives, comme d’habitude.
    
    — Ho mais de rien, « mon » Nathan, fit Duke d’un ton innocent.
    
    Il avait l’air super fier de lui, évidemment, mais il grimaça soudain de contrariété.
    
    — Non, il faut vraiment qu’on trouve un meilleur moyen de vous distinguer tous les deux. Un diminutif, un surnom. Genre Nathan-le-Grincheux et... Nathan-le-Joyeux ?
    
    Nathan soupira.
    
    — Tu ne peux pas faire encore plus long comme diminutif, tant que tu y es ? Tu n’as qu’à nous appeler Nathan A et Nathan B, si ça te chante. Ou bien, tu sais quoi ? Ne m’appelle pas du tout, ça me fera des vacances.
    
    Malgré le sermon, Duke réprima un sourire et « Nathan B » fit de même. Ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase.
    
    — J’aurais du te laisser ici, persifla Nathan. Lui et toi, fit-il en désignant alternativement son double et Duke, vous êtes faits pour vous entendre, on dirait.
    
    Et l’espace d’une seconde, il se demanda pourquoi cette complicité qu’il voyait entre eux le faisait enrager instinctivement. Il n’allait tout de même pas être jaloux que Duke se lie d’amitié avec une autre version de lui, si ? Cette idée ridicule le força à retrouver son calme.
    
    — Désolé, je ne voulais pas être désobligeant, s’excusa son double. De ce côté-ci, Duke et moi on était très amis et j’ai tendance à me conduire comme si c’était lui qui était revenu à la vie.
    
    D’un geste de la tête, Nathan lui signifia à contrecoeur qu’il pouvait comprendre ça.
    
    — J’imagine, continua alors l’autre, que si vous êtes arrivé ici c’est que vous avez trouvé le moyen de passer cette fameuse frontière et que vous allez repartir chez vous, tous les deux?
    
    — Oui, et avec Rob Archer aussi. Tu sais où il est ?, demanda Nathan en se tournant vers Duke.
    
    — Malheureusement oui, il est aux mains de la Fringe Division. C’est l’unité qui s’occupe des phénomènes inexpliqués par ici.
    
    — Et qui cache la vérité aux gens sur des tas de choses, compléta Nathan B d’un ton aigri. Archer est toujours à Haven pour le moment. Dans un laboratoire monté par la Division pour l’étudier. Je venais voir Duke pour l’emmener voir des gens de la Garde qui pourraient nous aider à le libérer.
    
    Nathan étouffa un juron.
    
    — Il faut impliquer le moins de gens de possible de votre univers dans cette histoire. Les filles vont ré-ouvrir un portail d’ici une demi-heure, le mieux c’est de d’abord aller les retrouver et en discuter.
    
    —« Les filles » ?, s’étonna Duke.
    
    — Un portail ?, fit Nathan B d’un ton rêveur. Comment vous faites ça ?
    
    — J’ai pas vraiment le temps pour des explications techniques maintenant, protesta Nathan, ennuyé.
    
    Il se voyait mal leur détailler les facultés un peu spéciales de l’agent Dunham, l’intervention de la cousine de Rob, ni même le sauvetage inespéré de « Duke B » coincé dans l’ambre. Non seulement par manque de temps comme il le disait, mais aussi parce qu’il répugnait à dévoiler toutes ces choses à son double. Il considéra celui-ci quelques instants, hésitant à l’évincer en douceur de la suite de l’affaire ou à admettre en toute honnêteté que toute l’aide possible pourrait être la bienvenue pour récupérer Archer.
    
    — Tu n’as qu’à venir voir par toi-même , finit-il par dire simplement.
    
    

Texte publié par Spacym, 17 septembre 2015 à 17h17
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