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Tome 1, Chapitre 10 « Audrey » Tome 1, Chapitre 10
Audrey aurait dû s’en douter : quand Walter annonçait avoir trouvé la solution à un problème, cela présageait simplement encore plus de bizarreries à venir. Plusieurs heures avaient passé depuis l’incident de la station service, et si la situation avait progressé, de nouveaux soucis s’étaient néanmoins ajoutés à leur liste déjà bien longue. Walter avait besoin de matériel pas si évident à trouver pour fabriquer ce qu’il appelait des « rustines » pour boucher les trous entre les univers. De plus, il allait falloir en créer plusieurs étant donné l’étendue des dégâts, et le temps pressait.
    
    -On peut essayer de trouver quelqu’un pour t’aider à assembler tout cela, disait Peter d’un air pensif. Vous devez bien avoir des mécaniciens ou des ingénieurs à Haven ?
    
    Audrey, à qui la question s’adressait, haussa un sourcil hésitant.
    
    -Il y a bien Mr Pufahl… C’est un excellent mécanicien, tellement doué qu’il donne vie à tout ce qu’il répare.
    
    - Oui, littéralement, soupira Dave Teagues. Je ne pense pas qu’il serait prudent de le laisser travailler avec le matériel du Dr Bishop. Mais on va trouver quelqu’un, ne vous inquiétez pas.
    
    Audrey regrettait un peu d’avoir mentionné Mr Pufahl mais ni Walter ni Peter ne posèrent de questions sur l’infection de celui-ci. Ils commençaient à s’accoutumer à l’endroit, apparemment. Et elle-même commençait à s’accoutumer aussi, peut-être un peu trop d’ailleurs, à la présence de la Division Fringe dans les parages. L’inquiétude par rapport aux anomalies qui secouaient la ville l’avait largement emporté sur la méfiance résiduelle qui lui restait à leur égard.
    
    Un peu plus tôt, l’agent Farnsworth était tombée par hasard en fouillant dans les archives du Haven Herald sur la photo de Lucie Ripley prise dans le cadre de l’affaire du Colorado Kid, vingt-sept ans plus tôt. Et au lieu d’inventer une histoire pour expliquer sa ressemblance avec cette femme, Audrey s’était laissée aller à leur dire toute la vérité à son sujet : elle ignorait comment et pourquoi, mais elle était intimement liée au cycle des infections. Chaque fois que les phénomènes frappaient la ville, elle apparaissait, avec une identité différente, des souvenirs différents, mais toujours pour aider les infectés. Puis elle repartait de la même façon mystérieuse à la fin du cycle. Pourquoi leur avoir avoué cela ? Peut-être, au fond d’elle-même, commençait-elle à espérer que Walter trouve une explication et une solution à cette histoire de fous. Audrey savait qu’elle devrait repartir bientôt et cela lui faisait mal d’avoir à quitter les amis qu’elle s’était fait ici. Peut-être, tout simplement, se raccrochait-elle à n’importe quel espoir, même ténu.
    
    En tous cas, si Nathan avait été présent, il aurait sans doute désapprouvé. Mais il s’était absenté pour organiser le retour d’un membre de la famille Archer à Haven, afin de préparer la suite de leur plan. La Garde avait fourni les coordonnées d’une cousine de Rob, une jeune femme nommée Sélina qui, selon certains éléments de son passé, avait probablement activé son infection lors du cycle précédent, vingt-sept ans auparavant. Même si aujourd’hui son infection était toujours dormante, selon Walter, une telle personne serait une candidate idéale pour une activation contrôlée qui permettrait de passer sans risques de l’autre côté.
    
    Pendant que Nathan travaillait donc sur cet aspect de leur plan, Olivia gérait la suite de l’affaire de la station service, Audrey restant disponible pour d’éventuelles nouvelles anomalies sur lesquelles intervenir. Aussi, lorsque le système de détection paramétré par Peter signala une nouvelle « réplique », fut-elle rapidement sur le pied de guerre.
    
    -La maison de retraite, fit-elle avec une note de soulagement dans la voix en regardant l’écran. On avait bien fait de prévoir le coup.
    
    Grâce au détecteur de zones de fragilité et aux recherches des Teagues sur l’histoire de la famille Archer, plusieurs endroits avaient été préventivement évacués. La maison de retraite où le père Archer avait séjourné et créé un vortex cinq mois plus tôt avait été sécurisée en premier lieu, a fortiori. C’était aussi l’un des points qu’on avait confiés à Dwight, et ce fut lui qu’Audrey avertit directement avant de se rendre sur place elle-même.
    
    Arrivé avant elle, il l’attendait devant la bâtisse lorsqu’elle débarqua en compagnie de Peter et Walter.
    
    -L’endroit a l’air intact, commenta-t-elle. Pourtant, j’ai le sentiment que l’apparence du bâtiment a un peu changé ?
    
    C’est seulement alors qu’elle remarqua à la fois qu’une étrange substance dure et jaunâtre débordait de certaines fenêtres, et que Dwight arborait une mine atterrée.
    
    -Je crois que le bâtiment a été échangé avec celui de l’autre univers. Il faut que tu voies ce qu’il y a de ce côté, fit-il d’une voix tendue. Mais il faut que tu te prépares à…
    
    Il avait parlé d’une manière telle qu’Audrey accéléra le pas dans la direction qu’il avait désignée, sans écouter la suite de la phrase. Et bien qu’ayant senti venir une mauvaise surprise, ce qu’elle découvrit lui causa un certain choc.
    
    — Duke !
    
    Machinalement, elle se précipita vers la surface jaunâtre brillante qui se trouvait devant elle, plaquant ses mains tout contre comme si elle espérait passer à travers et atteindre celui qui y était emprisonné.
    
    — Qu’est-ce que c’est… qu’est-ce que c’est que cette substance, bredouilla-t-elle. Comment on peut le sortir de là ?
    
    Au moment même où elle prononçait ces mots, elle réalisa que d’autres silhouettes se devinaient un peu plus loin. Comment était-ce possible ? Qu’est-ce que Duke faisait là ? Il était certes passé accidentellement dans l’autre univers mais…
    
    — C’est de l’ambre, répondit sombrement Walter. Une version qui se fabrique sous forme gazeuse et qui se solidifie au contact de l’air. Cela a été utilisé à plusieurs reprises de notre côté dans des actes terroristes.
    
    Il fit une pause puis il ajouta d’une voix plus douce :
    
    - Et c’est mortel, bien entendu. Je suis désolé.
    
    — Attendez une minute, intervint Peter. Est-ce qu’on est sûr que c’est « votre » Duke ?
    
    Puis il se tourna vers son père:
    
    — Walter, est-ce qu’il est possible de dater cette ambre ? De savoir si elle s’est solidifiée récemment, dans les dernières heures ?
    
    Audrey échangea un regard hésitant avec Dwight, qui agita la tête négativement. A mieux y regarder… Oui , l’homme qui se trouvait emprisonné là-dedans était Duke, elle en était sûre à au moins 90 %. Mais quelle version de Duke, c’est vrai que la question de posait. Pour ce qu’elle en distinguait, les vêtements ne correspondaient franchement pas aux habituelles excentricités de son ami.
    
    — Avec des échantillons, bien sûr, répondit Walter. Et si on pouvait en découper un morceau qui contient une victime, ce serait l’idéal pour mes analyses. Avec votre accord, c’est évident.
    
    Audrey regarda le vieil homme et lui sut gré de prendre, pour une fois, des pincettes pour sa demande.
    
    — Oui, fit-elle à voix basse. Oui, il faut qu’on sache si c’est lui et de toutes façons, on ne peut pas laisser ces pauvres gens comme cela.
    
    
    
    Une bonne heure plus tard, c’est accompagnée de Nathan qu’elle retourna au laboratoire improvisé de Walter. Le corps dégagé de l’ambre était posé sur une table d’examen qui leur était dissimulée partiellement par plusieurs appareillages. Nathan n’avait clairement pas envie de s’approcher pour en voir d’avantage. Instinctivement, il pila net à l’entrée de la pièce, imité en cela par Audrey, et laissa le Dr Bishop venir à eux.
    
    — Ce n’est pas votre ami, leur annonça-t-il triomphalement.
    
    Il avait un ton tellement enthousiaste qu’Audrey se sentit soulagée, mais en même temps mal à l’aise de se réjouir ainsi qu’une chose pareille soit arrivée à quelqu’un d’autre.
    
    — Vous en êtes certain ?, demanda-t-elle.
    
    — Cette ambre s’est solidifiée il y a plusieurs mois, affirma Walter. Si je devais prendre le pari, je dirais plus précisément il y a cinq mois.
    
    Nathan fronça les sourcils.
    
    — Vous voulez dire, le jour où le père Archer a activé son infection à la maison de retraite ? Vous pensez que cette substance est liée à cet incident ?
    
    Le visage du vieux scientifique s’éclaira.
    
    — Exactement, jeune homme. Rappelez-vous, nous avons conclu tout à l’heure que les phénomènes qui se produisent ici peuvent se répercuter dans l’autre univers et y causer des anomalies. Et l’ambre est l’élément qui est utilisé de l’autre côté pour les endiguer.
    
    — Mais je n’ai pas encore bien saisi de quel genre elles sont , ces anomalies ?, demanda encore Nathan. Un peu comme ce qui s’est passé à la station service tout à l’heure, avec ces gens pétrifiés ?
    
    — Sur ce point, avoua Walter, j’en suis réduit aux hypothèses. Mais notre ami ici présent pourra nous renseigner, ajouta-t-il d’un ton guilleret en désignant le corps inerte sur la table d’examen.
    
    Audrey et Nathan restèrent estomaqués un instant, ne comprenant pas du tout ce que voulait dire Walter, et puis cela fit « tilt » chez le jeune homme.
    
    — Ha non, s’exclama-t-il. Non, Dr Bishop, vous n’allez pas ressortir votre truc qui permet de lire les pensées d’un mort. Je… L’autre fois, avec le Shapeshifter, j’ai joué le jeu pour faire avancer l’enquête mais ici ce serait…Ce serait…
    
    Il paraissait trop perturbé pour continuer sa phrase. Audrey posa la main sur le bras de son ami, prête à défendre son point de vue face à un Walter qui semblait très contrarié par sa réaction. Mais ce que répondit le vieux scientifique la laissa pantoise.
    
    — Ne soyez pas ridicule, pourquoi devrions-nous utiliser cette méthode ?Ne vous-ai-je pas dit qu’elle ne fonctionne que sur les personnes décédées depuis moins de six heures ?
    
    — Hé bien je… , balbutia Nathan. Cet homme est mort alors je ne vois pas comment il pourrait nous renseigner autrement ?
    
    — Ho, fit Walter avec un air contrit. Je vous ai tout de même expliqué ce que j’ai découvert en examinant les échantillons d’ambre, n’est-ce-pas?
    
    Son fils venait de rejoindre le groupe et Audrey se tourna vers lui, espérant que les choses allaient enfin quelque peu s’éclaircir.
    
    — Walter, intervint donc son fils avec un soupir, quelque soit ce que tu penses nous avoir dit, en fait tu ne l’as pas dit.
    
    — J’aurais pourtant juré l’avoir fait, marmonna Walter.
    
    Il empoigna un échantillon de la substance jaunâtre et l’agita devant son auditoire.
    
    — Cette ambre, asséna-t-il d’un air sérieux, n’est pas exactement la même qui a servi pour les attentats terroristes de notre côté. Et j’aurais du m’en douter immédiatement car la nuance de couleur est légèrement différente. Tu vois Peter, ici on a plutôt un jaune jonquille alors que l’autre tire plutôt sur le jaune citron. Le principe actif est…
    
    — Walter, dit simplement Peter tout en lui assénant un regard sans équivoque.
    
    — Ho, oui bien sûr. Bref, ces deux substances sont en réalité proche mais différentes. L’effet de celle qui nous occupe aujourd’hui n’est pas mortel, et mieux que cela, il est réversible.
    
    Le vieil homme s’était mis en mouvement pour se rapprocher du corps inanimé sur la table et les autres lui emboitèrent le pas.
    
    — Réversible, répéta Nathan, hébété. Vous voulez dire que ces gens coincés dans ce truc ne sont pas morts ?
    
    — Ce que je veux dire, fit Walter en préparant une seringue, c’est que je peux les réveiller. Pour être tout à fait honnête, j’ai pensé que vous aimeriez que je commence par celui-ci et je me suis permis de commencer la procédure.
    
    Alors seulement, sous le regard triomphal de Walter, Audrey contourna les appareils qui lui bouchaient la vue et comprit enfin qu’ils étaient reliés au corps inerte. Et les courbes qui s’affichaient sur leurs écrans ne laissaient aucun doute. Celui qui n’était pas réellement Duke était bel et bien vivant.
    

Texte publié par Spacym, 19 août 2015 à 10h40
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