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tome 1, Chapitre 1 « La dame du monde » tome 1, Chapitre 1

Il y a au-delà des montagnes une fleur, une œuvre divine de beauté, une vision des entrailles de la terre et de ce qu’elle peut produire. Les prouesses naturelles sont aussi nombreuses que les bassesses humaines.

Une femme aux allures de dame du monde. Elle déteste la voix passive quand il s’agit d’elle et de ses choix. Elle n’est pas devenue riche, elle s’enrichit grâce à son acharnement. Elle ne s’est pas faite renversée par un vélo, elle a fait obstacle au véhicule. Elle n’est pas hospitalisée, elle se soigne pour aller de l’avant.

Les mots ont une importance et ne pas se laisser faire commence par ceux qu’on emploie pour décrire ce qu’il nous arrive.

Gaïa rassemble ses forces pour jeter un œil à l’extérieur. Elle a la chance d’avoir une vue imprenable sur la Tour Eiffel au neuvième étage de l’hôpital. Malgré le joli panorama, elle attend sa sortie avec impatience comme toute personne clouée au lit.

Je ne me suis pas présentée. J’oublie si vite. Pas comme cette Gaïa à la mémoire d’éléphant. Donc… Je suis une aide-soignante de l’hôpital et amie de cette tarée bornée. Je dis ça avec bienveillance mais bon sang… Qu’est-ce qu’elle fatigue ! Hier encore, elle me prenait la tête pour un fruit sur son plateau repas. Il était trop courbé à son goût et ne reflétait pas assez sa fierté naturelle. Par moment, je me demande si elle ne serait pas à sa place dans un autre type d’hôpital… C’est une épreuve d’être son amie mais si je suis devenue si proche d’elle c’est qu’elle a le cœur sur la main. Elle m’a sortie d’une galère pas possible. J’ai bien failli me retrouver à la rue.

Je me souviens, c’était il y a un mois quand elle est arrivée dans le service le visage ensanglanté, une jambe et un bras cassés.

Elle n’était pas totalement avec nous mais elle a tout de même espionné une de mes conversations.

En entretien avec mon bailleur, je sentais l’expulsion se profiler à cause d’une accumulation de loyers impayés. C’est ce qui arrive quand on ne sait pas gérer son budget et qu’on fait des choix inconsidérés…

J’ai fait l’acquisition d’une villa en Espagne pour je ne sais quelle raison. Je pensais en avoir les moyens… Mais les calculs n’étaient malheureusement pas bons.

Gaïa comprit le problème dans lequel j’étais.

Elle farfouilla dans son sac et me tendit des clés en m’indiquant son adresse :

— Tu peux y crécher tant que tu en auras besoin… me sort-elle sans aucune explication.

J'ai gardé les clés mais je n’en ai parlé à personne de peur de perdre mon boulot en plus de mon appartement.

J'arpentais le huitième arrondissement comme si de rien n’était. J’imaginais une vulgaire boîte à chaussure étant donné l’emplacement. Quelle ne fut pas ma surprise lorsque je découvris le duplex de 125 m2. Je ressortis immédiatement. J’avais déjà vu Taken et je ne voulais pas me retrouver dans un trafic d’êtres humains. Cette histoire sentait mauvais. Je réfléchis un moment et réalisai que, de toute manière, je ne survivrais pas au pavé. Une sécurité douteuse valait mieux qu’un danger imminent.

Rapidement, je m’installai sur le balcon à l’élégant garde-fou.

“ Elle vend des reins d’enfants pour être aussi riche ?” marmonnai-je, impressionnée.

— Un rein, un seul.

Je sursautai. je n’étais pas seule dans l’appartement. Je le savais, j'allais me retrouver sur une table d’opération clandestine.

— Qui est là ?

Puis je pris conscience de ma stupidité. Tout ce que j’avais à faire c’était déguerpir. Sans explication quelconque. Pas besoin. Par contre mes reins, j’y tenais encore.

Je m’apprêtai à fuir lorsque l’homme me dépassa et sortit de l’appartement sans dire un mot.

— Qui êtes vous ? demandai-je curieuse.

Il s’esclaffa.

— C’est à moi de demander qui vous êtes, vous ne croyez pas ? Comment avez-vous obtenu les clés de chez moi ?

— C’est votre appartement ? Écoutez, c’est une certaine Gaïa Forte…

— Elle va me rendre fou celle-là… C’est pas un foyer ici !

Je l’ai en travers de la gorge.

— Je ne suis pas une mendiante, ok ?

— Alors qu’est-ce que vous faites chez moi ? Si l’autre Soeur Emmanuelle vous a donné accès à l’appartement c’est qu’il y a bien une raison d’ordre économique, je me trompe ?

Il avait raison et ça me mettait en rage.

— Je suis à la rue.

— C’est bien ce qu’il me semblait… Vous pouvez rester ici.

— Ah oui ?

— Mais je vous préviens… J’aurai autant accès à l’appartement que vous. Mon bureau est situé à l’étage avec tout mon travail. Je ne vais pas déménager toutes mes affaires pour vos beaux yeux et je vous conseille donc de ne pas faire totalement comme chez vous.

— Je ne sais pas comment vous remercier !

— Très bien… Je vous souhaite une excellente nuit dans ce cas.

— Attendez, vous avez parlé d’un rein, un seul…

— Oh ça, dit-il en souriant. Personne ne vend de rein ici, c’est le fruit d’un long travail et des mois de nuits blanches.

— Mais alors que vouliez-vous dire par là ?

— La sœur Emmanuelle nouvelle génération m’a fait don de son rein quand j’étais encore étudiant et que je ne voyais pas le bout du tunnel. Si c’est tout ce que vous aviez besoin de savoir, je m’en vais.

— Et vous ? Où irez-vous vivre ?

Il expire comme si c’était la énième fois qu’il m’expliquait sa situation.

— Les logements, c’est pas ce qui nous manque à Gaïa et moi-même.

— C’est votre épouse ?

— Ça suffit l’interrogatoire ?

— Oh pardon…

— Je plaisante, non pas du tout, c’est une très bonne amie, presque une grande-sœur pour moi. Je sais tout d’elle, ses pires travers comme le meilleur.

— Je vois… Et à part vous, personne n’a les clés, rassurez-moi ?

— Si, Gaïa. Mais elle ne vient que rarement. Vous n’êtes pas la première à être de passage et vous ne serez pas la dernière je pense avec Gaïa pour copropriétaire.

— Mais…

— Oh c’est bon, je suis fatigué, bonne nuit.

Il claqua la porte et s’en alla.

Voilà comment a commencé notre amitié à Gaïa et moi. C’est une belle âme mais parfois je me demande ce qui cloche chez elle. Quoiqu’il en soit, je ne compte pas rester éternellement dans ce quartier d’ultra-riches. Ce n’est clairement pas mon environnement social de base. D’ailleurs, ce n’est pas non plus l’écosystème naturel de Gaïa et Tristan. Ils viennent des quartiers proches du périph’ à l’Est. Et ils vivent toujours chez leurs parents respectifs. Il y a encore tellement de choses que j’aimerais apprendre sur eux. Par exemple, comment ils ont bâti leur empire, comment ils ont trouvé cette harmonie de travail et pourquoi ils sont si attachés à leur ancienne vie. Ces deux-là piquent ma curiosité, si bien que j’enquête plus sur leur histoire plutôt que de trouver mon petit chez moi.

Gaïa sort aujourd’hui. Elle est complètement rétablie. Je l’aide à monter dans sa voiture puis elle attrape ma main.

— Ma petite Rita, j’ai un prétendant pour toi, tu me diras si tu es intéressée.

— Pardon ?!

La berline s’éloigne me laissant avec des milliers d'interrogations.


Texte publié par GreenArrow, 18 mai 2026 à 18h51
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