Le commandant beugle comme un âne enragé dans mon dos. À peine si je l’entends. Tout le monde s’exprime plus qu’en gueulant de toute façon. Pas le choix : ça pète si fort tout le temps, on devient sourd dans cette fosse à rats. D’ailleurs, ils sont plus repus que nous, ces putains de rongeurs. Ils nous bouffent ; on les bouffe. C’est de bonne guerre.
La guerre…
Ce truc de con qu’on nous a rabâché, je m’en souviens, tiens ! “Venez vous battre pour votre pays !”, mon cul, ouais ! Ils pensaient qu’on allait signer. Ha ! Tu parles ! Les gens avaient bien compris que c’était la folie des abrutis censés nous diriger. Personne ne venait. Qui irait crever pour chopper cet Anneau des Griffe-Ciels ? Soi-disant que c’était une question de “sécurité nationale”, de contrôler ces maudites montagnes. De quoi ils avaient peur d’abord ? D’une invasion de chamois ?! Personne attaquerait le pays en passant par là ! La moitié de l’armée qui essayerait crèverait là-haut !
Du coup, qu’est-ce qu’ils ont fait, ces fils de pute ? Service obligatoire ! Loi martiale ! Des génies quand il faut pas, ces connards !
Et me voilà à crapahuter dans les cailloux, à me les geler, à avoir peur. À me demander ce qui m’aura en premier : le blizzard ou la pluie de mortier. Qui aurait cru qu’on serait autant à essayer de passer ce col ? Ça valait le coup de voter pour pas avoir le choix ! Je suis horloger, pas troufion, merde ! Même si je reviens vivant, à quoi bon ? Je ne pourrai même plus tenir mes outils ; j’ai déjà perdu la moitié de mes doigts, bleus à cause du froid. À ce rythme, les autres vont pas tarder à suivre. Ma vie est déjà foutue… Alors quoi ? J’obéis à l’enculé qui vocifère derrière ? Et il pourrait pas se calmer deux minutes ?! Mec, c’est pas le diable que je tiens en joue ! C’est qu’un pauvre type paumé, ça se voit ! Un gars comme nous, arraché à sa petite vie normale. Son seul crime, c’est d’être dans le camp en face. Attends, c’est quoi ça, sur son menton ? Du duvet ? Qu’est-ce qu’il fout là, ce gamin ? À cet âge, on est censé planter des carottes, pas des mines !
J’en peux plus, de l’autre. De sa voix nasillarde. De ses ordres. De son air supérieur dans son bel uniforme.
“Bute-le !”
Ouais, je vais buter l’ennemi. De toute façon, il va forcément y avoir quelqu’un avec du plomb dans le coffre, ici.
PAN !
Ah bah voilà ! Tu es comme nous tous maintenant. Plein de boue, de sang et de merde. Écoute le doux son de ton clapet quand tu fermes ta gueule ! J’ai pas choisi cette guerre, mais j’ai choisi mon camp. Ben ouais, je suis pas un soldat ; je suis un homme.
Et je t’emmerde.

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