PREMIÈRE VISION : Et la guerre éclata…
Les ballons rouges, par milliers, flottent dans le ciel de la ville. Les habitants, agglutinés dans les rues, sur leurs balcons, sur les toits, ont leurs yeux rivés dessus. Des yeux remplis d’appréhension, de frayeur, d’attente, d’espoir…
Debout dans le recoin d’un immeuble, face à l’esplanade, mais cachée des caméras et des drones, je contemple le spectacle, extatique. Les ballons cramoisis flottent, nonchalants, comme à chacune des fêtes de l’Ascension. Celle du tyran, il y a dix ans.
Sur la forteresse noire, de métal et d’acier, qui domine la cité, les soldats observent le ciel. Ils sont heureux, ils chantent, ils crient. Ils ne s’aperçoivent pas que certains des leurs ont quitté leur poste.
Je lève la tête. Le vent forcit et je souris. Les ballons sont poussés vers le fort. Les hommes et les femmes sur les murailles leur tendent les bras. Je raffermis ma prise sur mon fusil. Je sens la présence de mes compagnes et de mes compagnons, répartis un peu partout autour de l’esplanade. Je sais que d’autres attendent près de l’entrée secondaire.
Les baudruches avancent dans l’éther au-dessus de moi. Je perçois la cité derrière moi qui patiente, attentive, silencieuse.
L’exaltation monte et m’électrise. Je pose mon fusil sur mon épaule et plaque mon œil sur le viseur. Ma cible apparait au centre : un officier, aux cheveux gris, à l’uniforme rutilant. Il fronce les sourcils, le regard fixé sur le ciel. Les ballons rouges atteignent les murailles. Il écarquille les yeux, une étoile écarlate surgit au milieu de son front et il s’effondre, au moment où l’enfer se déchaine.
Les charges explosives à l’intérieur des bulles de plastique détonent, le souffle abat les sentinelles les plus proches et apporte la mort cramoisie. La poudre brise les pierres en des milliers d’éclats lumineux ; elle s’infiltre dans les poumons des soldats et ils s’écroulent en se tenant la gorge, les yeux exorbités.
Du fond de mes entrailles une bille de désespoir éclate en un sanglot au bout de mes lèvres ; je le laisse s’envoler dans le ciel sanglant. J’éjecte la cartouche, et je vise une nouvelle cible. Les ennemis tombent les uns après les autres. On entend des cris, des ordres, des coups de feu lointains à l’intérieur des murs.
La forteresse est à peine visible sous la couche mortelle qui s’étend grâce au vent, se mêle à la poussière des débris pour former une brume rougeâtre.
La couleur du tyran. La couleur du sang des citoyens tombés sous ses décrets. La couleur de notre colère.
Incarnation vacillante de la guerre, je me dresse, comme toutes mes compagnes et tous mes compagnons. Je tire, cartouche après cartouche. Mes larmes accompagnent chacune d’elles.
Les derniers ballons atteignent les hautes tours et sont abattus par des balles ennemies. La poudre tombe doucement dans la cour et j’entends des explosions sourdes et des cris de douleur.
De l’autre côté de l’esplanade, une explosion, des briques et du métal s’écrasent sur les pavés ; un pan de mur s’écroule. Dans l’ouverture, mes camarades me font signe. Un ordre retentit dans mon oreillette. Je me précipite, alerte et aux aguets, profitant de la brume qui me protège pour l’infiltrer dans le fort imprenable.
Les voix de mon escouade résonnent à tour de rôle sur notre canal. Cinq. Huit. Neuf. Éric ne dit rien. Mon cœur se serre. La certitude de sa mort m’envahit tout entière, puis je me ressaisis. Le moment du deuil n’est pas encore venu ; la guerre ne fait que commencer.
DEUXIÈME VISION : l’oracle d’Inspiration
Un oracle d'un jour entendit un matin
Une voix murmurer au creux de son oreille
Et dessiner dans son esprit :
Une cité titanesque qui lance ses tours à l'assaut du ciel ;
Des vaisseaux anciens qui traversent l'éther ;
Des dragons, des fées, des sirènes de feu ;
Une tornade parme qui déchire une montagne glacée ;
Une planète creuse où s'est échoué un navire
Une bâtisse ancestrale et esseulée qui rêve ...
L’oracle d’un jour, émerveillé(e), écoute
La voix qui prend de l’ampleur,
Envahit son cœur,
Éveille son courage,
Transforme le morne en extraordinaire.
« Tu te sens impuissant(e) ce matin sous le soleil pâle.
Ton corps te retient ; ton histoire t'enchaine ;
Tes Espoirs combattent les Devoirs arrogants ;
Tes Rêves luttent contre une Réalité surpuissante.
Pourtant, le Pouvoir est en toi et l'a toujours été.
Celui de créer.
Celui d'imaginer.
Celui d'inventer.
Celui de transformer.
Le ballon rouge, plus léger que l'air, s'envole, plein d’idées et de rêves.
La forteresse d'acier et de pierre n'y pourra jamais rien. »

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