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Petite, elle avait si peur du noir. Elle avait si peur du Mange-Rêve. Alors, elle tâtonnait dans ce couloir. Elle cherchait une trêve. Le ressac de ce rai de lumière sur ses orteils commençait toujours à la rassurer ; avec un peu de trac, sur la poignée de fer, elle appuyait pour entrer. Accueillie dans cette retraite à la douce clarté, cueillie sa petite tête avec bonté, elle était cajolée dans ce bureau, cet atelier à façonner les songes. Sa mère, à travers ses verres, enchantait les mots ; son père, à travers ses mots, tissait les vers. Son imaginaire, comme une éponge, absorbait cette diversité. Petit à petit, elle se laissait embarquer sur ce vaisseau, dériver sur ce ruisseau. Ramenée dans les bras d’un parent et de Morphée, portée par le vent d’histoires enchantées, l’enfant était couchée sur son nuage, un mage posté derrière la porte incantant mille et un mirages, tournant les pages de l’aventure dans son subconscient.

Quelle était cette formule magique, passant par la lueur sous la porte, qui alourdissait ses paupières ?

Quelle était cette invitation onirique, chassant la peur et sa cohorte, qui l’emmenait en d’autres terres ?

Le temps passa, emporta l’ancienne terreur et son manège. Le temps passa, effaça le vieux sortilège de son cœur. Le temps passa, elle grandit en une fière femme. Le temps passa, elle choisit à qui déclarer sa flamme.

Dans une rustique maison s’aménagea un bureau. Dans ce douillet cocon s’illumina un atelier. Elle y valsait sa prose, la figeant de sa plume. Il y figeait mille choses, les valsant sous sa plume. Ils engendrèrent cent projets de leurs mains et de leurs cors. Et un jour, en accord avec leurs cœurs, leurs corps en chœur, ils engendrèrent leur plus beau projet. Et un jour, ce petit bout, et son doudou, pénétrèrent leur sanctuaire. Posé sur ses genoux, son regard voyagea ; apaisé d’un bisou, l’art le transporta.

Quand elle eut recouché “sa petite abeille”, cette merveille dont elle avait accouché, des souvenirs lui revinrent, des échos et un sourire lui parvinrent.

Quelle était cette chanson magique, à glisser par la lueur sous la porte, qui bercerait ses oreilles ?

Quelle était cette peinture onirique, pour éloigner la peur et sa cohorte, qui l’éclairerait jusqu’au réveil ?

Encouragée par sa moitié, elle devint mage. Accompagnée par sa moitié, elle fit vibrer ce mirage. De son passé, elle ouvrit la cage. De son passé, elle conta les pages. Dans la chambre, débuta un voyage. Dans la chambre, s’éclaircirent les nuages.

À l’instar de ses parents, elle lui transmit son âme d’enfant. Elle espérait qu’il en ferait de même, à l’instar de ses parents.


Texte publié par Arkhenbarn, 15 mars 2026 à 01h35
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