Comme il n'y a plus de trains de nuit vers chez moi, j'ai dû négocier avec une tante pour dormir chez elle, le dimanche soir après la cousinade. Je n'étais vraiment pas à l'aise car nous ne nous étions pas vus depuis des années, ni même parlé au téléphone jusqu'à cette histoire de retrouvailles familiales.
La fête en soi était pas mal, j'ai découvert des cousins que je ne connaissais pas, retrouvé des personnes après des lustres, discuté avec plein de gens... On a joué, chanté, dansé, bien mangé, et partagé des souvenirs. Je repartais le cœur content, si ce n'était ce malaise de devoir dormir chez cette grand-tante.
Il faisait déjà nuit quand elle a garé sa voiture à l'arrière de sa petite maison. Celle-ci était bâtie en haut d'une éminence, donc le ciel étoilé nous entourait complètement, hormis l'ombre d'un arbre immense se découpant dans la nuit en bordure du terrain.
La tante a ouvert la porte à petits carreaux qui donnait sur l'entrée et la cuisine. J'ai pris mon sac à dos dans son coffre et je l'ai suivie à l'intérieur. Elle m'a suggéré de déplier le canapé-lit pendant qu'elle préparait une eau chaude à la cuisine. On avait besoin de se réchauffer parce que la cheminée n'avait pas tourné depuis deux jours, et on avait besoin de digérer aussi. J'ai déjà dit qu'on avait bien mangé dans le gîte où se tenait la fête ?
Une fois le canapé ouvert, j'ai allumé un feu. J'aurais peut-être dû commencer par là plutôt. Enfin, on n'était peut-être pas à dix minutes près. Sur le manteau de la cheminée, il y avait une photographie remontant à une autre fête de famille, beaucoup plus ancienne. Sa configuration m'était familière. J'aurais mis ma main à couper qu'il s'agissait de la communion de mon grand-frère...
Sauf qu'il n'était pas dessus. Je reconnaissais mes parents, mes grands-parents, mes « arrière », ma grand-tante, plein de cousins, mais au centre de la photo : rien. Les costumes des gens assis derrière avaient été retracés à la main pour effacer le vide. Mon cœur se serra.
C'est à ce moment que ma tante arriva avec deux tasses fumantes.
— Je peux emprunter ta salle de bain ? demandai-je. Ce sera à la bonne température quand je sortirai.
Elle me désigna la pièce et j'y emportai ma serviette et ma trousse de toilette.
Lorsque je revins, réchauffé et plus détendu, elle avait fini sa tisane et me dit bonne nuit. Ça m'arrangeait, je n'avais pas trouvé comment lui demander ce qui était arrivé à la photo.
Je bus à mon tour, me couchai et m'enroulai dans les deux plaids du canapé. La lueur du feu donnait une atmosphère douce au salon mais j'avais toujours un os au travers de la gorge.
À vrai dire, cette photo, chez moi, on l'avait cachée, quand mon frère était devenu mon frère. Il ne supportait plus de se voir en robe de communiante, sans parler de tous les souvenirs d'humiliation au catéchisme.
Moi, j'avais eu la chance de ne pas y aller, et la game-boy, je me l'étais payée moi-même, en économisant mon argent de poche – c'était ce que mes copains avaient reçu comme cadeau de communion. Mon frère n'en avait pas eu, parce que c'était un jouet « de garçon » et qu'il n'en était pas encore un à l'époque.
Le regard perdu dans les flammes, je ressentis soudain un grand vide à l'intérieur. Qu'est-ce qu'il me manquait ! Ça faisait combien de temps maintenant ?
J'avisai les diodes d'une box à la droite du canapé. Une carte était posée juste devant, avec le QR-code du wifi. Je connectai mon téléphone et ouvris internet. Même si on ne s'était pas quittés en très bons termes, le moment était venu. Je cliquai sur « nouveau message » dans ma boîte mail et commençai à écrire :
« Yo grand frère ! Alors c'est comment Sidney ? »

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