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L'Institution Desgloires : L'Appel de l'Étoile
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tome 1, Chapitre 3 « Quand les songes deviennent réalité » tome 1, Chapitre 3

Le dîner chez les Kapucky se conclut en éclats de rire. Il était impossible de s’ennuyer aux côtés de Karl qui trouvait toujours une anecdote amusante à raconter. Ce dernier rapporta son entrevue avec les hommes d’affaires qui attendaient au tribunal. Karl mima leur embarras face aux multiples preuves qui les accablaient, et leur prétention à pouvoir racheter leur libération avec quelques gros billets glissés sous la table. Karl feignit les billets avec des serviettes en papier, et s’en essuya le front. Les gesticulations, les clins d’yeux malicieux et le ton geignard firent rire Gabriel de bon cœur.

— Ce sont des Ensommeillés, dit Karl, de pauvres gaillards qui ne savent pas discerner leur droite de leur gauche. Non, vraiment, je les plains. J’étais comme eux, autrefois… Si seulement l’Esprit du Roi pouvait les réveiller, eux aussi !

À ces étranges paroles, Gabriel haussa un sourcil surpris. Mais, il n’osa pas poser de questions. Karl sortit un jeu de cartes, et plusieurs fois, Gabriel gagna la partie. Sophie se retira en larmes, Jonas lui administra quelques bonnes tapes sur le dos, Daniela applaudit faiblement, et Karl le salua avec une révérence.

— Déjà dix heures, s’exclama Karl. Il se fait tard. Je vais te raccompagner en voiture avant que tes parents ne s’inquiètent !

Gabriel salua Jonas, embrassa Daniela et lança un clin d’œil à Sophie, qui boudait assise au pied des escaliers. Elle lui tira la langue et grimpa les marches deux à deux. Quelle chipie ! songea Gabriel.

Le garçon distingua à peine la voiture garée devant la maison des Kapucky. Le patriarche alluma le moteur et les feux, dissipant les ténèbres tombées sur la ville.

— Allez, monte ! enjoignit Karl en lui remettant le sac qu’il avait oublié.

Alors qu’il conduisait, Karl soupira. Il semblait perdu dans ses pensées. Enfin, il révéla ce que pétrissait son âme.

— C’était une belle soirée. Je me déplace beaucoup, avec le travail, malheureusement. Je sais à quel point Jonas et Sophie en souffrent. J’aurais aimé leur donner plus de temps. Jouer avec eux, les écouter me parler de ce qui les passionne.

Gabriel acquiesçait tout en se mordillant sa joue.

— Jonas m’a confié que tu devais déménager bientôt.

— Oui, mon père veut retourner dans son pays natal.

Richard Olibert travaillait comme petit informaticien dans une petite entreprise. Il rentrait tard, se levait tôt. Ses journées étaient rythmées par les grandes aiguilles en argent de sa montre. Tic-Tac, l’heure du café, tic-tac, le déjeuner, tic-tac, les courses à faire, tic-tac. Depuis la mort de sa femme, Richard Olibert n’avait pu conserver le lien qui les unissait, son fils et lui. La force tranquille qui empêchait que les deux rives éclatassent s’était évanouie dans la mer.

Après le départ de sa femme, Richard Olibert s’était plongé dans un silence assourdissant. Un projet mobilisait toute sa pensée :

— Il faut déménager, il faut partir, maintenant, pour gagner plus d’argent là-bas ! Tu comprends, disait-il à son fils, je veille à nous trouver une nouvelle maison, une bonne situation. C’est tendu, ici. Tu nous attendras avec mamie, on reviendra pour vous chercher, à la fin de ton année scolaire. On sera plus à l’abri dans notre pays. On va pouvoir commencer une nouvelle vie, répétait-il souvent, comme s’il essayait de se convaincre.

Karl hocha la tête et s’arrêta au feu rouge. Les lueurs cramoisies assombrirent ses traits et lui donnèrent un air presque menaçant. Au bout d’une ruelle, une silhouette de fumée se détacha des ténèbres. Ses longues pattes cliquetèrent sur le pavé. Son visage figé par une expression de tourment émergea, et leur fit face. Gabriel, blême, se crispa sur son siège.

Ses sens étaient tournés vers ce spectre, qui s’approchait lentement de la voiture. La respiration du garçon devint saccadée à l’idée de se sentir acculé. Pouvait-il vraiment sortir du véhicule ? Serait-il plus en sécurité ? Karl attendait, les mains fixées sur son volant, le regard perdu dans la nuit. Quand le feu passa au vert, il appuya fermement sur la pédale et la voiture accéléra, s’éloignant de la créature. Gabriel émit un soupir de soulagement. Il jeta un œil au rétroviseur. Le spectre avait disparu.

— Gabriel, ajouta calmement Karl, tu ne traverses pas une situation évidente, mais si tu rencontres n’importe quelle difficulté, ici ou là-bas, n’hésite pas à m’appeler, mon garçon.

Et sans quitter la route des yeux, il lui remit une carte de visite, où figuraient son nom et son numéro de téléphone. Le symbole d’une balance trônait au centre, et le nom du cabinet — VERITAS — chatoyait en lettres dorées. Le garçon le remercia, et glissa la carte dans sa poche. Au moment de lever les yeux, il surprit dans le rétroviseur intérieur la créature assise sur le siège arrière du véhicule. L’araignée allongeait ses pattes vers lui. Sans que Gabriel eût le temps de crier, Karl freina brutalement. Il bondit en dehors de la voiture, ouvrit le coffre. Gabriel, terrifié, sortit à son tour. La créature se hissa hors du coffre, devant Karl. La créature poussa un sifflement, mais se tint comme pétrifiée devant l’homme qui dardait son regard menaçant sur l’araignée.

— Que l’Esprit du Roi t’enferme dans les abysses ! s’écria Karl.

Cette parole libéra un éclair de lumière, qui jaillit de son sein pour fuser sur l’esprit mauvais. La boule de feu déploya deux ailes puissantes, semblables à des flammes. Cette lumière lui arracha un cri strident et la créature se déroba dans les ténèbres. On entendit alors un hurlement, comme un écho lointain, qui s’éloigna de seconde en seconde. L’araignée ne reparut plus. Gabriel resta un instant stupéfait. Des tremblements agitaient son corps, tandis qu’il essayait d’avaler ses sanglots. Karl posa sa lourde main sur l’épaule du garçon, et s’agenouilla près de lui.

— C’est fini. Cette créature de l’enfer est partie. Elle ne te chatouillera plus le museau. Allez, viens, lève-toi.

Il l’aida à se mettre debout, d’un solide geste de la main. Gabriel se rassit sur son siège. Une foule de questions cognaient aux parois de son crâne, mais il ne parvint à en exprimer aucune. Au lieu de cela, Karl lui posa ses propres questions :

— Depuis combien de temps cette créature te suit-elle ?

— Sept jours, bégaya Gabriel.

— En as-tu parlé à quelqu’un ?

— Vaguement à Jonas.

— Pas ta famille ?

— Non.

— Bien. T’a-t-elle déjà attaqué ?

— Non, elle se contentait de me suivre.

— T’es-tu intéressé à la magie récemment ? As-tu contacté des diseuses de bonne aventure, des magnétiseurs, des coupeurs de feu ? As-tu tenté de contacter un quelconque esprit ?

— Non !

L’interrogatoire prenait un tour qui effraya Gabriel. Il se sentait oppressé à l’idée qu’il était responsable d’un acte mauvais, un acte qui l’aurait enchaîné à ces créatures monstrueuses.

— Pardonne-moi, je redeviens maladroit, dit alors Karl qui l’aida à se relever. N’aie pas peur. Quelle que soit la raison de tout cela, l’Esprit du Roi te protégera.

— L’Esprit de qui ?

— Le Roi. C’est notre protecteur. Devant lui, aucune créature de ce genre, aussi affreuse soit-elle, ne résiste ! Il te protégera contre ces choses.

Gabriel fut rasséréné. Ses épaules se détendirent et son front se déplissa. Il venait d’expérimenter une sensation de paix inexplicable. Dès lors, il put interroger Karl.

— Que lui avez-vous fait, à cette créature ? Est-elle morte ?

— Oh, non. Mais elle a été renvoyée dans la Terre de Désolation.

— Je croyais être le seul à voir ces choses.

— Certains Élus peuvent les discerner.

— Les Élus ?

— Oui, ceux que l’Esprit du Roi a marqués.

— Et cette lumière ?

— C’était l’Esprit du Roi. Mon garçon, tu auras bientôt toutes les réponses à tes questions lors de ta formation à l’Institution Desgloires. Pour l’heure, je ne peux t’en dire plus, car je dois m’occuper de Daniela…

— Quelle est cette institution ? s’enquit précipitamment Gabriel.

— C’est une école, où l’on forme les Élus.

Gabriel se mit à méditer ces paroles. Les maisons défilaient, sombres et muettes, quand le garçon aperçut une boîte aux lettres rouge écaillée. Celle-ci était légèrement inclinée. Ils étaient arrivés devant chez lui.

La fenêtre du salon laissait transparaître une faible lumière bleutée. Karl serra le frein à main, et se tourna vers le garçon. Il lui recommanda fermement de ne parler à personne de ce qu’il avait vu.

— Tu comprends, cela te causerait des ennuis. Passe à la maison demain, j’ai des informations à te transmettre. Si jamais tu rencontres un problème, appelle-moi.

Et sur ces paroles, Karl démarra et laissa Gabriel seul.

Le garçon aurait bien voulu le retenir. Allait-il vraiment le laisser seul, après ce qui était advenu ? Il se résigna quand il vit la voiture disparaître dans la nuit. Sans un bruit, Gabriel ouvrit la porte et se faufila dans sa maison. Sa grand-mère était encore éveillée, et lui sourit en l’apercevant. Gabriel alla l’embrasser. La vieille femme sentait la cannelle. Le garçon lui prépara une tisane, qu’il déposa près de sa main tremblante. Alors, la grand-mère le gratifia d’un sourire. Il se croyait seul avec elle, mais Gabriel entendit un bruit à l’étage. Se pouvait-il que la créature les ait retrouvés ? Son pouls s’accéléra. Gabriel saisit un tisonnier, près du poêle éteint. Il gravit les marches des escaliers sur la pointe des pieds, et suivit le bruit.

Il traversa le couloir plongé dans la pénombre, quand il aperçut un rais de lumière s’échappant de la salle de bain. La lumière s’éteignit, et la porte s’ouvrit.

La silhouette de son père se dressa de toute sa hauteur et dit : « C’est toi, Gabriel ? »

Le garçon s’empressa de cacher le tisonnier derrière son dos.

— Oui, oui.

— Tout va bien ?

— Oui, s’empressa de répondre Gabriel.

Et il traversa le couloir, pour atteindre sa chambre, mais son père le retint.

— Tu n’as pas l’air bien. Es-tu malade ?

— Un peu, rétorqua le garçon à mi-voix. Un peu de fièvre.

— As-tu les résultats de tes examens ?

— Demain, assura Gabriel.

Les résultats scolaires constituaient le sujet de prédilection pour son père, quand il ne voyait aucun autre moyen de communiquer avec son fils. Constatant que Gabriel n’était pas très bavard, son père fit un geste de la main et le libéra.

— Nous en parlerons plus tard, repose-toi. Il reste des médicaments dans le placard gauche de la salle de bain.

Le garçon acquiesça, le remercia et s’enferma dans la chambre. Il soupira, et se laissa glisser à terre. Il lui fallut plusieurs instants pour reprendre ses esprits. Après s’être apprêté, Gabriel cacha le tisonnier sous son oreiller, et plongea dans un demi-sommeil.


Texte publié par Dovy , 2 mars 2026 à 10h53
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