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tome 1, Chapitre 2 « Volonté de survivre » tome 1, Chapitre 2

Mes yeux sont comme attachés fermement vers une direction : celle d'un point d'eau. Je sens que je ne pourrais faire un pas de plus sans m'écrouler de fatigue, alors je m'allonge sur le sable brûlant. Le ciel me sourit cyniquement de son soleil tyrannique. La nuit me manque comme mon enfance endormie et, sûrement, rongée par les vers. Mon cœur palpite à la vue qui se présentera à moi pour la dernière fois, lorsque le soleil se couchera enfin et que les étoiles m'inviteront à les rejoindre. En somme, je me prépare déjà à ma mort certaine. Mort de faim, de soif, de fatigue, de tristesse aussi, sans doute. Il est vrai que le désert se nourrit. Oh, comme il ne nourrit personne, comme il puise son essence dans les figures squelettiques et malheureuses qu'il suce jusqu'à la moelle! Je pense à ce joueur de kora solitaire, et mon cœur noircit de savoir qu'il a raison, et qu'il est sûrement condamné. Cependant, cela empêche-t-il qu'il ne puisse trouver la paix intérieure, ne peut-il pas accepter sa condamnation, et même trouver la beauté tant recherchée en elle?

"Voyons voyons qu'avons-nous là

Ne serait-ce pas un cadavre de l'été

Regarde regarde! Une victime collatérale!

Ah! Quel malheur qu'une fontaine n'ait été érigée"

Mes yeux se tournent vers la provenance de ce son soudain. Que vois-je? Deux généreuses personnes se dirigent vers moi. Elles sont mon seul espoir.

"C'est qu'il est encore en vie, imbécile!

Balance-lui de l'eau, avant que je te réduise!

Avant que tu ne sois plus jamais tranquille!

Avant qu'à ton sourire je ne nuise!"

Une gourde tombe lourdement sur ma poitrine. Je perd mes manières et bois abondamment.

"Ça va, ça va, chasse donc ta colère

Sinon, ce sera la fin de ton ère

Je sais que tu me détestes

Mais il avait tout l'air d'un futur être céleste"

L'autre lui lance un regard de feu avant de se jeter à son cou. J'interviens.

"Hé! Votre colère n'a aucun fondement

Vous avez un comportement d'enfant

Mille mille merci pour l'eau

Dites-moi, comment pourrais-je échapper à là haut?"

Je pointe le ciel.

Les deux arrêtent de se battre et me font face. Ils se sont voilés simplement, ne portent aucun accessoire. Il s'agit sans aucun doute de voyageurs. Je peux voir à leurs visages qu'il s'agit d'hommes jeunes d'une vingtaine d'années.

"Avant de vouloir courir

Veuillez penser vos actions

Ainsi vous n'aurez plus à fuir

Nous n'avons pas de temps pour l'affection"

Je veux bouillir de rage, car c'est d'une évidence certaine, et qu'ils ne veulent en aucun cas m'aider. Cependant, la peur que mon âme me quitte est trop grande, alors je réplique.

"Donnez moi simplement une carte

Je m'y plongerai comme au delà des plages

Je serai l'esclave de vos dessins comme à Spartre

S'il vous plaît, seulement vos lumières dans un assemblage

S'il vous plaît!

Je ne suis qu'un vagabond qui erre

Sur le sable chaud je sautille de peur

Ne tremblez pas d'être mes frères!

Ne tremblez pas de tenir dans vos mains des fleurs!

Saigner, je saigne de douleur à l'idée!

À l'idée de mettre le pied hors de cette vie!

Me laisser giser dans mon sang vous fera étouffer de culpabilité

Vos valeurs tombées vous serez abrutis, abrutis..."

Les deux jeunes hommes me regardent avec des yeux de dégoût. À l'évidence, ils n'ont pas aimé mes assemblages de mots. L'un me répond.

"Nous serons tes frères, tes bienfaiteurs éternels

On te donnera quelque chose de plus grand encore

Quelque chose qui ne te réduira pas, homme cruel

Connais-tu la dignité? C'est une bague en or

Montre moi tes belles mains que je les pare

Car elles semblent souillées par la honte

Cruel, tu les as trempé dans la boue pour de l'art

Mais est-ce une œuvre d'art, une vie vagabonde?

Tu te sers de la bonté des gens pour respirer

Si j'étais toi, j'expliquerais mes péchés

Je raconterais mes poids au poignard que voilà

Baisse la tête devant le combat"

Sur ce, il met ses mains dans les poches de sa robe et semble chercher quelque chose. Je sens à son expression qu'il a beaucoup de mal. Soudain, il fait pivoter ses yeux vers son compagnon.

"Imbécile, rend moi mon poignard!

Tu ne vois pas que le pauvre a besoin de se libérer?

Tu pensais que je n'allais pas deviner tes intentions de cauchemars?

Ce n'est pas toi qui pourras un jour espérer me faire saigner!"

L'autre éclate de rire comme s'il se delivrait d'une longue retenue avant de sortir de sa poche nonchalamment un poignard et de le balancer sur le sable. Mon interlocuteur le saisit alors avec un mouchoir et me le tend, les mains tremblantes, les sourcils froncés. Je suis à nouveau forcé de réagir;

"Ouah! Vous me proposez d'abréger mes souffrances?

Vous n'avez donc aucun bon sentiment à mon égard?

Vous ne voulez risquer vos doigts à cueillir des pétales de bienveillance?

De quoi avez-vous donc peur? Des insectes? Des lézards?"

Soudain, le deuxième se rapproche de moi et dit simplement "c'est à prendre ou à laisser." Une idée me traverse l'esprit. Je me rend compte que je suis tombé sur des abrutis. Je me saisis du poignard et, par un tour de bras bref, je le pointe sous la gorge de celui qui me l'a tendu. L'autre se fige, me regarde avec d'un air hagard. Celui qui se trouve sous le joug de mon arme tremble de rage.

"Maintenant, c'est moi qui dicte les règles

Vous allez me conduire vers votre repère

Sinon je me ferai un plaisir de vous la découper belle

Jamais je ne m'agenouillerai, peu importe combien difficile est la guerre"

Le menacé se détend étonnamment et sourit malicieusement.

"Bien bien! Tu as réussi notre test

La naïveté n'a qu'a bien se tenir!

Suis nous, puisque tu veux grignoter nos restes

Hé hé! Il va pouvoir se nourrir!".

Son regard sournois me fais reculer. Quelle étrange personne! Je lâche son arme et suit le duo immédiatement parti en route. Leurs pas gravent dans le sable la carte qui m'a toujours semblé des plus inaccessibles. Ces pas que mon cœur dans sa lâcheté voulait chasser! Que je suis lâche. Je ris dans mon soulagement. Mes larmes sèches voudraient bien épouser ces pas qui me guident et qui me renvoient en enfance. Oui, en enfance, lorsque mes parents me tenaient la main, lorsque mon regard levé sur eux ne voyait pas le gouffre qui se dressait sous les pieds de l'humanité et qui le perdait en vertige devant l'infini des décisions qu'il pourrait choisir et qu'il devrait assumer. Non, au fond de l'homme il y a une certaine répugnance devant ce gouffre indomptable. Alors j'embrasse ces pas, de mon regard amoureux je les embrasse, je suis bercé dans un flot de sentiments amoureux ridicules. Ridicules oui, car je prends les imbéciles qui me guident pour des idoles. Cependant ce soir les étoiles se moqueront de moi allègrement, je survivrai salement, mais au moins j'echapperai à la mort, aussi étoilée soit-elle. Peut-être qu'au fond de moi la beauté n'est pas si importante... Peut-être qu'au fond de moi j'aurais préféré cette mort paisible et belle, car on m'a en fin de compte ôté l'occasion que j'avais d'enfin accepter mon destin... Peut-être qu'au fond de moi, rien de tout cela n'a d'importance, et que je voulais dans tous les cas échapper à ce gouffre terrible. Je voulais lever la tête vers les idoles qui dessinent des pas dans le sable. Je voulais lever les yeux vers les étoiles qui dessinaient pour moi ma destiné, la fin de ma vie. Au fond de moi, je ne voulais pas me saisir du crayon et prendre le risque de dessiner, car si je faisais des erreurs, des erreurs, ah! Je n'aurais plus de place en ce monde.


Texte publié par Effie, 31 mars 2026 à 22h32
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