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Le vaisseau se faufilait silencieusement entre le mur et les évacuations d’eaux usées.

Je vérifiai les écrans devant moi. Tous les voyants étaient au vert, la mission se passait bien. Jusque là. Dire que j’appréhendais un peu la suite était en deçà de la réalité : je doutai franchement de la qualité de la préparation menée par Kaïno. Il pouvait se montrer si négligent par moments, surtout quand il rechignait à participer à une mission dans cet univers-ci.

Je levai le levier et stabilisai l’aéronef. Il était temps. J’appuyai sur le bouton de l’intercom.

— Kaï, viens par là. On est arrivés.

Une voix à moitié endormie répondit. Pas de surprise : il marquait bien son désintérêt pour les tâches à venir.

— Oh non... Déjà ? Bon, j’arrive...

Une brève secousse fit trembler le vaisseau alors que je développai le bouclier. On n’était jamais assez prudent : la dernière fois, ça nous avait quand même sauvé la vie, avec l’irruption de ce malotru poilu.

La porte couina et Kaïno apparut. Fier et athlétique, mon lieutenant avait encore les yeux embrumés par sa profonde sieste. Je ne comprendrais jamais comment ce vaurien s’était hissé à ce grade. Ni comment il pouvait présenter si bien avec aussi peu d’efforts : je ne le voyais jamais à l’arène d’entraînement ou au gymnase.

— Alors, Keliko, ça donne quoi ?

— La machine est juste devant nous. Irella a déjà calibré les instruments pour la sortie. La trajectoire est établie et l’environnement sécurisé. Si tes données sont exactes, les occupants de ce quadran sont absents.

— Bien sûr qu’elles sont exactes, voyons !

Je pinçai les lèvres, ce qui ne lui échappa pas.

— Allons, c’est une mission de routine. Dans trois heures, on est rentrés !

— Ça, c’est toi qui le dis. Tu oublies la dernière fois, avec l’automate ?

— On s’en est sortis, non ? Allez, enfile ta combi, on y va.

Il fit un clin d’œil mutin et ajouta :

— J’ai hâte de rentrer pour profiter du week-end !

Bien sûr.

Je me levai et me dirigeai vers le fond du cockpit où nos combinaisons – les bleues, imperméabilisées – étaient accrochées. Kaïno fit de même et s’équipa en un instant.

Je bataillai encore avec ma capuche quand il s’approcha et accrocha le ceinturon autour de ma taille. Cette proximité eut l’effet habituel : une bouffée de chaleur mal maîtrisée. Et il le savait bien, cet infâme cabot !

— Toujours aussi maladroit, on dirait.

— Ou... Oui, merci. Quand tu auras fini de te moquer de moi, Irella nous attend.

J’attrapai le transfo d’une main tremblante et franchis le seuil vers le sas aussi vite que possible. Kaïno me suivit nonchalamment.

Irella nous accueillit et vérifia nos équipements. Puis elle referma le battant étanche derrière nous. L’écoutille s’ouvrit. Un air moite, chargé d’une odeur de savon nous assaillit. Par moments, je comprenais Kaïno : cette odeur chimique était vraiment pénible. Elle s’incrustait dans les fibres des tenues et nous poursuivait jusque chez nous.

Les ceinturons firent leur office et nous portèrent vers l’épaisse vitre bombée. Le tourbillon mousseux malaxait sans répit une masse colorée dans un fracas rythmique assourdissant. J’étais tétanisé, le triste souvenir de l’échec de la précédente excursion encore bien trop présent. La voix d’Irella vibra dans nos écouteurs.

— Comment ça se présente ?

— Pas trop mal, mais Keliko a l’air d’avoir oublié ce qu’il a à faire !

Piqué au vif, j’allai rétorquer lorsqu’un cliquetis retentit. Un frottement, puis un claquement tout à fait reconnaissable.

— Tu avais dit qu’ils seraient absents !

— Oui, ils devaient être au théâtre !

— Et le fils ?

— Quoi le fils ?

Merde. Pourquoi j’étais surpris ? Et dire que je n’arrivais même pas à être en colère contre lui.

Kaïno allongea les bras et accéléra sa course jusqu’à toucher la vitre bombée.

— Allez, ramène-toi. Si on se dépêche, on a encore le temps.

Admiratif malgré moi de son calme et de sa maîtrise, je réussis à surmonter ma peur pour le rejoindre. Je pointai le transfo vers l’intérieur du tambour qui tournait toujours. Ma vision n’était pas optimale, j’étais trop stressé. Comment viser juste dans ces conditions ?

Kaïno me saisit par les épaules, se colla à mon dos et je sentis son souffle sur mon oreille. Mon cœur rata un battement. Il murmura :

— Je te fais confiance, tu vas y arriver. Pour ça, tu es le meilleur.

Un éclair gris pâle fusa du transfo et toucha une chaussette rouge, qui s’éclipsa immédiatement. Les pas approchaient. Je retins mon souffle, mais Kaïno m’encouragea à poursuivre. Il me tenait fermement dans ses bras.

— Il ne viendra pas ici. Continue.

J’appuyai encore plusieurs fois, visant avec précision, dématérialisant plusieurs socquettes et mi-bas.

— C’est bon, on peut rentrer.

Kaïno me saisit la main et imprima l’élan nécessaire à un retour rapide et sécurisé jusqu’au vaisseau. Au loin, dans une autre partie de ce quadran, une armoire se remplissait d’autant de disques que j’avais effacées de pièces de vêtements. Mission accomplie.

Irella prit les commandes et entama le trajet du retour vers la base. Mon week-end détente avec Kaïno pouvait commencer.

Le lendemain, le fils sortit de sa chambre en maugréant.

— Marre ! Quelqu’un peut m’expliquer pourquoi on ne retrouve jamais ses paires de chaussettes après la lessive ?

— Ah ça, mon chéri, c’est un mystère de l’univers. Comme les couvercles de tupp qui se multiplient dans le placard...


Texte publié par Hiraeth, 21 février 2026 à 20h57
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