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Chapitre un

Hypnotisée, j’assiste à une pluie de météorites miniatures. Ce déluge terreux, qui s’écoule de cette large paume, m’ensorcelle. Et mon guide répète ce geste par deux fois, comme s’il voulait être sûr de ce qu’il va annoncer. Chaque grain de poussière ou de sable, chaque résidu de racine qui retombe au sol se révèle être un indice qu’il décrypte. Ses yeux furètent partout. Ils analysent le terrain, fouillent le décor pour débusquer d’autres preuves. Par moment, ils s’égarent dans le feuillage dense de la forêt qui nous entoure, s’accrochent à des points précis, dont j’ignore la localisation exacte jusqu’à ce qu’il me montre des touffes de poils sombres.

- Traces d’ours, émet-il implacable. Un gros mâle rode, restons prudents.

J’ignore comment ces rituels informent Roman, mon pisteur, mais il ne s’est jamais trompé. Peut-être que ses mains ont le don de prescience dès qu’elles touchent le sol et que ses yeux analysent l’espace plus précisément qu’une belle-mère devant une nouvelle belle-fille ?

Il hâte le pas, je le suis sans broncher. Je l’ai choisi, lui, ce garde forestier, parce qu’il connaît sa région natale mieux que sa poche. J’ai besoin de ses connaissances et de ses talents. Certes, il n’est pas bavard. Jusqu’à présent, il s’est limité à l’essentiel. Je crois que cette dernière semaine, il me jauge. Je ne suis pas la première française qu’il emmène dans ces montagnes sauvages et reculées, les Appalaches. Dès le départ, j’ai senti que ma nationalité jouait en ma défaveur. Nous sommes, de réputation, trop râleurs et assistés, selon ses dires. Je veux qu’il change d’avis sur moi. Question d’ego. Je veux prouver que je suis bien plus forte qu’il ne le pense. Ce canadien d’origine m’a d’ailleurs tout de suite mise à l’épreuve, en chargeant mon sac à dos au même titre que le sien, sans essayer de me préserver malgré mon physique poids plume face à sa carrure solide. J’avance donc dans son sillage, sans me plaindre, sans perdre la trace de son ombre, fantôme sinuant derrière lui.

Voilà sept jours que je marche dans ses pas, qu’un de mes seuls horizons est son dos massif qui porte son attirail pour les huit prochaines semaines. C’est drôle, ses épaules larges, qui oscillent à mesure qu’il avance, me rassurent, elles me sécurisent. Plutôt, elles me donnent confiance. Même si cela semble ridicule, j’ai l’impression qu’elles ont suffisamment de force pour me mener au bout de ma mission. Qu’elles peuvent me donner de l’élan pour aller au-delà de mes limites. Et que, même si je me rate, elles seront présentes pour m’empêcher de tomber. C’est tout le contraste de cette situation. J’ai beau ne le connaitre que depuis peu, notre cohabitation forcée dans cette terre isolée m’oblige à le voir comme mon seul soutien, ici. En même temps, vu le vide qui s’est généré autour de moi durant toutes ces dernières années, Roman est peut-être mon seul soutien tout court actuellement, même si c’est temporaire et pour le boulot.

- Le refuge n’est plus très loin, affirme-t-il en accélérant l’allure. Nous y serons dans environ dix minutes.

Cette nouvelle déclenche un petit feu d’artifice à l’intérieur de mon cœur, même si je réponds par un sobre « OK ». Nous avons campé tous les soirs depuis notre départ, et même si dormir dans une tente ne me gêne absolument pas, arriver à ce refuge promet un confort moinsplus sommaire. Surtout, cela donnera enfin le point de départ de mon travail. Lorsque mon guide pointe la minuscule cabane de bois et de pierres, l’impatience me gagne, elle s’empresse d’accélérer mes pulsations et de déclencher quelques frissons le long de mes vertèbres. Je dois mal la cacher, car le garde forestier se sent obligé d’intervenir.

- Ce n’est que quatre planches et quelques cailloux, m’avertit-il quand j’arrive à sa hauteur. N’y vois pas un hôtel quatre étoiles.

Le tutoiement que je lui ai imposé dès notre départ sonne avec chaleur. Néanmoins, une pointe d’inquiétude résonne dans ses paroles.

- Tu plaisantes ? C’est une cabane de luxe à ce stade-là !

Mon sourire doit le convaincre de ma bonne humeur et de ma propension à m’adapter, puisqu’il décroche pour la première fois quelques mots moins protocolaires.

- Ravi que notre logis te plaise. Vu qu’on va passer deux mois ici, autant que tout le monde se sente bien.

Nous marchons cette fois-ci côte à côte pour atteindre le refuge, espèce de cahute sortant de terre un peu comme par magie. Elle doit faire à peine 10 m², au milieu d’une petite clairière où seules de l’herbe folle et quelques fougères poussent. Pour rentrer dedans, nous devons grimper deux marches biscornues dont je me demande si le bois rongé par le temps peut supporter notre poids.

Peut-être devrions-nous monter l’un après l’autre pour éviter qu’il ne s’effondre ?

- C’est solide, m’assure Roman devant mon air dubitatif. C’est moi qui les ai renforcées il y a cinq ans.

J’ose le croire, toutefois je ne peux m’empêcher de rentrer le ventre quand je pose mon pied sur la première marche. Le verrou extérieur, simple attache de ferraille, cède facilement et Roman ouvre la porte de notre abri commun. L’antre renferme une table carrée, un banc et un tabouret, ainsi que quelques ustensiles de cuisines qui serviront à réchauffer nos repas sur le feu de camp extérieur, situé face à l’entrée. Je pose mon sac par terre et délasse mes muscles légèrement endoloris par tant de charges. Roman m’imite, puis ressort aussitôt.

Contrairement à ce que j’aurais cru, il s’assoit sur les marches et contemple l’espace autour de nous. Je le rejoins et m’installe à ses côtés. Il a raison. C’est le premier moment où nous pouvons nous accorder une vraie pause. Sur le tapis d’herbe se dessinent des ombres mouvantes, reflets de la danse des nuages devant le soleil d’octobre. Malgré la présence de ce dernier, les températures n’excèdent pas les 14°, et l’air se refroidit vite avec le vent frais d’automne. Pendant quelques minutes, le silence nous englobe. Il sera notre compagnon durant quasiment toute l’expédition, pour ne pas effrayer la faune environnante. La respiration de mon guide est lente, apaisée. Est-ce que le rythme de mon cœur pourra se calquer un jour sur elle et trouver la même sérénité ?

- C’est quoi le plan maintenant ? m’interroge mon pisteur sans tourner la tête vers moi.

J’imagine qu’il parle de mes objectifs pour la suite, la raison pour laquelle je suis là, avec lui.

- Demain, nous irons poser les pièges photographiques. Je veux quadriller la zone. S’il y a bien le loup rouge ici, je dois le trouver.

- Tu as l’air motivée, constate-t-il.

Il se racle la gorge et reprend, le ton plus grave :

- Tu sais que tu risques d’échouer ?

Roman peut avoir l’air défaitiste à réagir ainsi. Malheureusement, il n’a pas tort.

L’échec est une option possible. Cependant, je n’abandonnerai pas. Il y a trop d’enjeux.

Le garde forestier connaît tous les aboutissants de ma démarche et le rôle de ma mission. Il y a peu, un influenceur, dont le défi était de traverser les Appalaches, a photographié un loup au pelage et à la corpulence étonnante, qui ressemblerait à s’y méprendre à celui du loup rouge, une espèce en voie d’extinction. Cette nouvelle, répandue à grand renfort de réseaux sociaux, a fait grand bruit, puisque ce loup est censé ne vivre qu’aux USA. Sa présence dans le sud du Canada serait une lueur d’espoir pour cet animal mi-coyote, mi-loup gris.

Photographe missionnée par l’UICN, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature, je dois ramener une preuve que ce loup a bien intégré cette région, auquel cas, des mesures de protection seraient engagées dans ces montagnes. Roman a conscience de l’importance de ma quête, mais il ignore combien celle-ci compte pour moi. Après cinq ans loin de mes désirs d’aventure, à l’aube de mes trente-deux ans, elle me ramène à mes rêves de nature et mon amour pour les animaux sauvages. Ce besoin irrépressible, qui coule dans mes veines depuis toujours et que j’ai réprimé par faiblesse, trop aveuglée par des discours bien habiles, pulse désormais avec force. Je n’en compte plus les turbulences qui agitent mon âme.

- J’admire ta persévérance, souligne tout à coup mon guide, interrompant le flot de mes pensées.

Ébahie, je mets quelques secondes avant de me lever rapidement, sous l’incompréhension du canadien. Il se précipite à mes trousses, alors que je fouille dans mon sac avec empressement.

- Alysson ? Un souci ? s’alarme-t-il, la voix remplie d’inquiétude.

Je me retourne vers lui à la vitesse de la lumière et dégaine mon Kodak® jetable. Mon premier cliché capte sa surprise, ses yeux écarquillés et sa bouche à demi ouverte. Je pouffe de rire devant son air décontenancé, mitigé entre l’indifférence et l’incrédulité. Je l’imagine bien se poser des questions sur ma santé mentale, mais par chance, il ne peut contacter aucun hôpital psychiatrique, faute de réseau.

- C’est pour immortaliser ton premier compliment à mon sujet, expliqué-je, en tirant la langue.

Un sourire amusé succède à son soupir.

- Désolé, s’excuse-t-il, je ne suis pas très expansif. Je ne veux pas me montrer rustre. C’est juste qu’on me l’a souvent fait à l’envers, donc je reste toujours méfiant au premier abord.

Je ne m’attendais pas à une telle déclaration. Celle-ci me prend de court. Je tente de répondre, toutefois Roman enchaine sans m’en laisser le temps.

- Je vois que tes intentions sont nobles. Alors je te promets de me détendre.

Pour contrer le trouble qui m’envahit, je balance la première chose qui me vient en tête :

- Ça mérite une deuxième photo ça !

Le pisteur éclate dans un fou rire qui remplit le vide la cabane. J’ai l’impression que des bulles de joie crépitent autour de nous, qu’elle se dispersent partout, aussi lumineuses que son rire clair. Je secoue la tête pour revenir à la réalité et repousser ces images que mon imagination génère contre mon gré.

- Non sérieusement, c’est ma petite tradition. Quand je suis en mission, je prends toujours un appareil jetable, non officiel pour me faire des souvenirs.

- Pas bête, apprécie-t-il. J’aime bien l’idée.

Son regard vert sapin s’illumine. Au cœur des forêts, pendant notre longue randonnée pour arriver jusqu’ici, je n’en avais pas remarqué tous les reflets. Avant de m’y perdre, je le préviens :

- Attention, il n’y a que vingt-quatre photos possibles. Je ne prends que ce qui compte vraiment.

Son hochement de tête clôt notre discussion. Il se met en action pour débuter notre installation. De mon côté, je m’accorde quelques secondes pour tempérer le mélange d’émotions qui tourbillonnent dans mon esprit. Je vais devoir lutter pour économiser mon appareil jetable. Car plus j’apprends à découvrir les multiples facettes de mon guide, plus j’ai envie de le mitrailler. Entre son sourire, l’intensité de ses yeux magnifiques et son charisme rustique, je sens les muses de l’inspiration me titiller. Pourtant, je dois rester focus sur mon objectif. C’est bien le loup rouge que je veux dépister.

Les hommes, eux, j’ai déjà donné.

Chapitre deux

Mon pied s’enlise dans une espèce de trou plein de gadoue, vrai piège de la nature après les pluies diluviennes de la veille. Je pense pouvoir m’extraire de ce bourbier, hélas, je ne réussis qu’à m’enfoncer davantage. Je m’agace, cherchant à trouver une solution pour m’échapper quand tout à coup, des bras m’agrippent, enserrent ma taille et me soulèvent délicatement. Roman me repose sur la terre ferme, à peine plus loin, sans montrer le moindre signe d’effort, comme s’il n’avait déplacé qu’une plume insignifiante. Bien que je sois sortie d’affaire, il ne bouge pas, ses mains reposent encore sur mon ventre. Sa chaleur transperce mon anorak pendant une poignée de secondes, suffisamment longtemps pour réchauffer mes joues. Il s’écarte lorsque je le remercie pour son aide, et je me maudis alors d’avoir brisé cet instant si doux.

Toujours aux aguets, mon guide m’encourage à avancer prudemment. J’acquiesce, non sans ressentir une drôle de sensation au creux de mes entrailles. Voilà une semaine que Roman et moi avons atteint la cabane, notre point de chute de chacune de nos expéditions. Plus les jours défilent, plus je me sens proche de lui. Malgré les silences, malgré nos deux parcours différents, j’aime passer du temps à ses côtés. Au début, je le pensais un peu grognon, préférant se murer dans le mutisme pour éviter de râler. Seulement, je me trompais. J’ai compris que Roman ne parlait pas pour ne rien dire, qu’il choisissait ses mots, pour être plus juste. Pour être plus vrai. Une qualité que j’apprécie, loin des montagnes de bavardages inutiles qui m’ont asservie et convaincue souvent que je ne valais rien.

- Voilà la récompense ! s’exclame soudain le pisteur, ses bras s’ouvrant devant le paysage qui nous fait face.

En effet, après une cinquantaine de mètres de marche après mon enlisement, nous venons de déboucher sur un rebord de falaise, qui surplombe une fine vallée. Derrière le mont d’en face, le soleil apparaît, lentement, nous révélant ses rayons dans une ascension silencieuse. Le ciel a pris une couleur ocre et rosée. Une palette incandescente.

- Mais comment as-tu su ? m’écrié-je, abasourdie. Il pleuvait tellement hier.

Il observe la voûte céleste et sourit. De ce mouvement si espiègle qui embrase sa bouche, la rendant plus charnue. Je détourne le regard, le repose sur l’autre soleil de ce lieu, loin de ses lèvres tentatrices.

- C’est mon métier, finit-il par formuler. Tu me payes pour te libérer de ta charge mentale, pour que tu puisses te concentrer uniquement sur ta tâche. Alors je me dois de décrypter un minimum les signes de la météo.

J’aimerais rétorquer que son salaire ne justifie pas un tel cadeau, un de ceux qui s’incruste dans la mémoire, qui se transforme en souvenir indélébile. Je me retiens néanmoins et me laisse porter par cet instant hors du temps. Malgré la journée chargée qui nous attend, j’ai l’impression d’alléger mon esprit à mesure que l’astre solaire gagne sa place au-dessus des cimes. Roman s’approche du bord. Sa silhouette se découpe dans la lumière rasante. Mon appareil photo, toujours à disposition dans ma poche, capture cet éphémère tandis que mes lèvres remuent toute seules :

- Magnifique…

J’ai beau parler tout bas, mon murmure n’échappe pas à mon guide, habitué à percevoir les bruissements de la forêt.

- C’est vrai. Cet endroit est superbe, surtout une journée comme aujourd’hui.

Je souris, sans oser l’interrompre. Comment avouer que mes paroles ne concernent pas le paysage pourtant féerique ?

- Regarde-moi ça ! enchaîne-t-il, enjoué. Notre planète vaut le détour. Faut juste savoir ouvrir les yeux.

J’amorce deux pas et me place juste derrière lui. Le vertige m’empêche d’affronter le bord de la falaise de plus près.

- Tu me fais rire, remarqué-je en évitant de laisser traîner mon regard dans le vide.

- Ah bon, pourquoi ?

- Parce que tu t’émerveilles comme un enfant. J’imagine que tu dois avoir vu ce lever de soleil des centaines de fois, non ? Et malgré tout, tu n’es pas lassé de ce spectacle. C’est mignon.

En réalité, je ne trouve pas ça drôle, je le trouve attendrissant. Roman m’observe, un léger haussement d’épaule démontre sa désinvolture.

- Oui, j’ai l’habitude. Mais je me sens toujours aussi minus. C’est indescriptible.

Je ne peux m’empêcher de m’interroger à cette pensée. Si Roman se sent tout petit, que devrais-je dire, moi le microbe de notre duo ? Je n’arrive pas à lui demander s’il me considère comme une fourmi dans cet univers avant qu’il m’explique :

- C’est ici que nos questions trouvent réponse. Tu ne crois pas ?

Quelque chose de profond sonne dans sa voix. M’aurait-il percée à jour ?

- Tu crois que je cherche des réponses en venant accomplir ma mission ici ?

- On ne vient pas ici par hasard… Je me trompe ?

Je ne nie pas, toutefois cette journée est trop belle pour se laisser aller aux confidences. Les secrets attendront.

- Et toi, tu les as débusquées, tes réponses ?

Roman fait volte-face, ses yeux se plongeant dans les miens. Mon cœur vibre lorsqu’il se dévoile, avec un naturel qui me désarme :

- Moi, j’ai appris que ma place est là, dans ces montagnes. Je n’ai besoin de rien d’autre, je suis chez moi.

Ma peau frissonne à ce velours qui tourbillonne dans la brise matinale. Envieuse, je garde le silence. Le canadien réalise-t-il combien il a de la chance ?

Chapitre trois

Je me frotte vigoureusement aussi vite que possible. Ma douche n’excéderait pas deux minutes trente si je devais la chronométrer. Armée de mon savon solide et biodégradable, de mon gant de toilette et d’un moral à toute épreuve, je défie les 10° environnants. Bien sûr, je n’ai pas le confort d’une salle de bains. Seule une bouteille d’eau est accrochée à l’arrière de la cabane et donne l’illusion d’une vraie douche moderne. Pourtant, cette eau, réchauffée de prime abord sur le feu qu’entretient Roman, me décrasse, lave tous mes soucis, et efface les affres de la journée aussi efficacement qu’un chocolat fondant sur ma langue, mon péché mignon.

Lorsque le flot s’épuise, j’ai terminé. Juste à temps. Je me hâte de m’essuyer et de me rhabiller, essayant d’éloigner le mordant du froid qui s’attaque déjà à ma peau. J’essore au maximum mes cheveux dans ma serviette pour éviter qu’ils ne mouillent davantage mes vêtements. Après un rapide démêlage avec ma brosse fétiche, ils sècheront au cours de la soirée. Je savais que mes cheveux longs ne seraient pas pratiques pour cette épopée, hélas, je n’ai pu me résoudre à adopter une coupe plus courte.

Avant de rejoindre Roman devant notre feu de camp pour le dîner, je m’étire et me délasse. La journée a été contre-productive. Deux de mes pièges ont été déboîtés et endommagés. Même si on ne peut exclure l’intervention d’animaux, la plus grande probabilité reste la malveillance humaine. Serait-ce des concurrents ? Des braconniers ? Cette dernière option me révolte et m’écœure à tel point qu’un goût amer domine dans ma salive depuis que Roman l’a évoquée. Par prudence, il a contacté ses collègues par radio, notre unique moyen de communication, pour les avertir de notre doute. La région n’est pas exempte de ces bandits que Romane traque d’ailleurs dans son travail. En dehors de cette mauvaise nouvelle, les seules captures enregistrées par mes autres pièges photographiques ne concernent que des petits mammifères comme des lièvres ou des castors, ou encore des cervidés tels que le caribou. Depuis notre arrivée, il y a environ cinq semaines, deux ours noirs, un grizzli et une meute de loups gris ont daigné déclencher mes capteurs. Mais aucune trace de mon fameux loup rouge.

Mes étirements terminés, je me décide à rejoindre mon compagnon, affairé devant le feu qui me réchauffe, juste en le voyant. Je m’agenouille devant le brasier et lève les mains au plus près des flammes dansantes, dont la couleur orangée m’envoûte. Je n’ai pas le temps de détailler notre repas du soir que mon guide me questionne :

- Pourquoi tu t’attaches les cheveux tous les jours ?

- C’est plus pratique, gazouillé-je en tournant la tête vers le chef cuistot de l’équipe. Je suis trop sexy, sinon.

Aussitôt, je me fige. Ma blague s’évapore dans le néant. Roman a glissé négligemment ses doigts entre mes mèches blondes, et sans quitter ma chevelure des yeux, énonce :

- Oui, tu es très jolie.

Son regard s’éloigne de ma crinière pour s’égarer sur mes lèvres l’espace de quelques battements de cœur. Tout à coup, le garde forestier sursaute et me lâche, ses iris se mêlent aux miens avant de se détourner vers le feu.

- Au menu, porridge de jambon fumé, assorti de champignons cueillis fraîchement à notre retour d’expédition, expose-t-il sans prendre le temps de respirer. Et en dessert, tu auras droit à de la canneberge. Il y a un champ rempli à ras bord pas très loin.

J’ai beaucoup de chance d’avoir cet homme près de moi. Grâce à lui, mes repas lyophilisés s’agrémentent toujours d’un extra, qui les rend plus attrayants et moins routiniers. Cependant, l’attitude de Roman me désarçonne. Était-ce un éclat de désir que j’ai perçu au fond de son regard quand il contemplait mes lèvres ? Je tente de repousser cette idée que mon attirance pour lui puisse trouver écho dans son propre corps. Pendant qu’il me sert mon bol, et que je m’assois à ses côtés, je l’incite à me raconter ses aventures. Sous mon impulsion, il ne se prive jamais de me narrer ses histoires.

- Tu connais la légende des monstres des Appalaches ? m’interroge-t-il.

- Un peu. Certains pensent que ces montagnes sont hantées.

Roman approuve d’un signe de tête, puis argumente :

Elles regorgeraient de créatures toutes plus surnaturelles les unes que les autres. On aurait du beau monde ici. Les monstres de Groften ou de Flatswoods, ou encore les corbeaux moqueurs.

- Ils se fichent de toi si tu es mal coiffé ? gloussé-je, la scène en tête.

- Ils volent plutôt la vie des gens.

- Oh c’est fun ! maugréé-je.

- No stress, ils s’attaquent juste aux malades et aux personnes âgées.

Son clin d’œil devance une autre remarque :

- Mais tu n’avais pas l’air inquiète…

- J’avoue. Je n’ai pas peur des monstres imaginaires.

Poussée par la confiance que je porte à mon pisteur, je poursuis :

- Je crains plus les vrais, ceux qui vous rabaissent, qui vous enchaînent. Ceux qui vous dénigrent à tel point qu’on finit par les croire.

Roman me scrute. Il se penche légèrement vers moi, comme s’il voulait saisir les mots silencieux qui finissent leur course dans ma gorge. Or, ce soir, je ressens le besoin de me confier et d’apparaître sans filtres. J’étale alors mon passé, les cinq dernières années avec cet ex qui m’a convaincue d’arrêter de parcourir le monde. Cet homme fier et snob, soi-disant meilleur que tous, dont les mots d’amour de départ se sont transformés en brimades. En recommandations. Des « toujours, remplacés par des « jamais assez ». Une lente chute, une désillusion progressive, dont je n’ai pas eu conscience.

J’expose tout, sans omettre mon absence de réaction face à ces réflexions qui ont érodé mes envies, qui ont poli mon estime de moi jusqu’à en user toutes les couches. Je note aussi que la violence n’a pas besoin d’être physique pour laisser de nombreuses cicatrices. La main de Roman s’échoue sur la mienne, dans un geste de réconfort. Comme à chaque fois, sa chaleur s’immisce profondément dans mon épiderme.

- Quand j’ai constaté que ma vie ne tournait plus qu’autour de lui, qu’il avait créé le vide autour de moi, j’ai décidé de reprendre ma vie en main. Rompre, il y a six mois, a été une libération.

Mes doigts s’entremêleraient bien à ceux de mon guide qui écoute sans m’interrompre. Je résiste. Nos épaules se frôlent, je frémis à ce contact fugace. Ma voix mal assurée jusqu’à présent se renforce :

- Cette mission est la première depuis ma décision. Elle marque un nouveau départ. Pour moi qui veux découvrir le monde, je la vois comme une seconde chance pour renouer avec ma passion et vivre mon rêve.

Et personne ne s’interposera désormais entre lui et moi. Plus jamais.

Chapitre quatre

Je mitraille, je ne m’arrête plus. Mon index en est douloureux tellement j’appuie sur le déclencheur de mon appareil photo. Même le mode rafale ne suffit pas. Mon cœur galope à un rythme effréné, toutefois mes prises de vue restent assurées, je ne tremble pas. Je change d’objectif, insère le filtre avec les gravures, mes repères. Puis, je dicte à Roman, allongé juste à côté de moi, un carnet et un crayon à la main :

- Premier spécimen : environ 103 cm de long, museau fin avec une crinière rousse, pelage uniforme. Le deuxième spécimen est plus grand. Il mesure 108 cm. Oreille droite déchirée.

Je relève tous les signes distinctifs possibles, je dois être précise. Scrupuleux, Roman note toutes mes observations. Ce qui se déroule sous nos yeux est un miracle. Deux loups rouges, avec leurs oreilles plus grandes que la normale, avec leurs gueules plus longues et minces que leurs congénères gris, dégustent leur repas, un wapiti adulte. Pourtant, cette journée s’annonçait mal, avec l’impression omniprésente de tourner en rond, de n’atteindre aucun résultat. Avec, en plus, ce compte à rebours qui plane sur ma tête, cette fin de mission en approche.

C’est Roman qui a repéré le premier indice de leur présence, des déjections fraîches. En suivant sa piste, nous avons fini par tomber sur une espèce de rocher avec des traces de sang, elles aussi récentes. Nous avons tout de suite capté des « glapissements », bruits que nous avons suivi en avançant face au vent. Aussitôt, quand nous avons vu les deux spécimens au loin, en plein repas, nous nous sommes tapis dans les fourrés, en essayant de ne faire aucun bruit. Depuis, je ne loupe rien de la scène et emmagasine le plus de preuves que je peux, condition essentielle pour préserver cet animal en voie d’extinction. Lorsque leur déjeuner prend fin, l’un des deux loups se couche, peut-être va-t-il dormir là ? Cependant, le deuxième, la mâchoire dégoulinante de sang, s’éloigne déjà, forçant son compagnon à se relever et à le rejoindre. Il nous faut un moment avant de nous redresser nous-mêmes, tant l’émotion nous plaque au sol, omniprésente. Cette rencontre fortuite rabat les cartes pour l’espèce tout entière.

Tandis que nous voyageons toujours en silence, je me mets cette fois-ci à chantonner sur le chemin du retour à la cabane. Des étoiles inondent mon esprit, j’imagine déjà les conséquences positives de notre découverte exceptionnelle. Arrivée devant notre refuge, j’esquisse même quelques pas de danse, une sorte de Madison revisité, tellement le bonheur m’envahit.

- Allez viens, miss Fred Aster, ironise Roman, j’ai hâte de voir tes photos.

Il me presse de monter les deux marches des escaliers qui mènent à lui. Je m’exécute et nous nous installons autour de la table où j’étale mes différents appareils. Je pianote sur l’écran tactile de mon Sony RX10IV, celui avec lequel j’ai réalisé quasi tous mes clichés. Les prises de vue sont excellentes et nettes. Les photos défilent, presque parfaites. Suffisamment bonnes, en tout cas, pour servir de base au dossier que va certainement monter l’UICN. Comble du hasard, sur la dernière photo, on croirait que l’un des loups nous regarde frontalement. Qu’il a compris que nous étions là. Quand je partage cette impression à mon compagnon, il approuve :

- Je suis sûr qu’ils nous ont tolérés. Ils savaient que nous étions là.

Euphorique, je me lève de ma chaise en levant les bras en l’air, gorgée d’un sentiment de victoire.

- On l’a fait ! On a réussi.

- Bravo Alysson, me félicite Roman. Ta pugnacité a été récompensée.

Je sautille sur place, folle de joie, mais quand j’observe mon compagnon se lever à son tour, je ne perçois pas les mêmes signes de liesse. Au contraire, son visage est teinté d’amertume et sa bouche peine à accueillir un sourire. Je m’approche de lui. Par instinct, mon bras se soulève et ma main effleure une de ses joues. Sa peau pique un peu sous le collier de barbe qu’il n’a pas rasé depuis notre départ. Sa main enrobe la mienne. Sans que je m’y attende, il y dépose un baiser.

- Je suis sincèrement heureux pour toi, assure-t-il. C’est juste que je réalise qu’on va devoir rentrer. Cette parenthèse va s’achever.

Lentement, il descend ma main sur son torse, à l’emplacement de son cœur, puis grimace.

- Ça pique, ici.

Nos yeux s’arriment. Nous nous jugeons pendant un moment que je ne saurais calculer, jusqu’à ce que l’atmosphère s’électrise en une microseconde. J’amorce le premier pas, accord implicite pour que Roman baisse lui aussi sa garde. Il n’attendait que ça, vu son empressement pour annihiler la distance qui nous sépare.

Nos corps se rencontrent, les bras de mon guide m’enveloppent comme un trésor que l’on protège. Nos lèvres s’aimantent, elles se pressent sous une nouvelle urgence, dictée par un désir contenu depuis trop longtemps. Les barrières cèdent, l’envie explose. Je ne réfléchis plus totalement, je me concentre seulement sur les contacts brûlants de la bouche de Roman sur la mienne, sur ses larges paumes qui cherchent ma peau sous les couches de mes vêtements. Essoufflée, je recule un instant sous son regard incrédule pour saisir mon Kodak, glissé dans la poche de ma polaire. Mon dernier acte de conscience avant que la passion n’emporte tout. Quand je l’ai en main, je fonds à nouveau sur les lèvres de mon pisteur dont le goût de l’inattendu m’attire encore et encore. Du bout des doigts, j’arrive à prendre une photo de notre baiser, avant que je ne lâche l’appareil et que mon pull valse au sol. Fini de se voiler la face. L’un comme l’autre, nous nous retenions. Maintenant, plus rien ne nous arrête.

Je ne sais pas pourquoi la réussite du jour a agi comme un déclic, mais la pulsion de notre fougue s’est éveillée et ne trouvera fin que lorsqu’elle sera assouvie. Mon corps se blottit entre les bras de Roman qui me serre toujours plus fort. Sa chaleur m’envoûte, elle me cerne de toute part. J’ai envie de plus. De ressentir la douceur de ses caresses, sur la moindre parcelle de mon épiderme. De conquérir son corps qui m’enlace sans relâche. Nous nous écroulons sur nos duvets, sa bouche me dévorant.

Une nuit ne suffira pas pour calmer la furie de cette passion.

Chapitre cinq

Roman

Alysson s’en va. Elle part. Ça y est, l’escalator qui la conduit à la zone d’embarquement l’éloigne inexorablement de moi. Plus la distance grandit, plus je tente d’imprimer à jamais dans mon esprit chaque détail d’elle. Ses yeux gris en amande qui vous transperce dès qu’ils s’accrochent à vous. S’en rend-elle seulement compte ? Sa longue queue de cheval, emprisonnant sa chevelure qui mériterait plus de liberté. Son grain de beauté, juste à gauche de sa bouche… bouche dont la douceur m’ensorcelait ces derniers jours. Ce corps de femme, caché sous toutes ses couches de vêtements comme une carapace protectrice.

Elle arrive déjà au sommet de l’escalier mécanique. Mes poings se resserrent face à son départ. Mes doigts fourmillent, sous cette pression, alors que hier encore, ils parcouraient sa peau et sinuaient entre ses chairs. Je me retiens d’avancer, de me jeter en avant pour la retrouver et la retenir.

Après ce qu’elle a vécu, je n’en ai pas le droit.

Son rêve n’est pas ici. Il doit l’emmener aux quatre coins du monde, lui offrir ses merveilles et combler sa soif d’aventure si longtemps brimée. Je ne parviens pas à comprendre comment quelqu’un peut trouver du plaisir à détruire tellement autrui, qui plus est la femme qu’il aime et qui partage sa vie. Pour moi, une des plus belles preuves d’amour est de la laisser s’accomplir. Même loin de soi. Des envies peu louables me montent en tête quand je pense à ce mec qui a fait tant de mal à Alysson. Cette colère pourrait s’étendre, me dominer, cependant elle disparaît aussitôt quand la photographe se retourne une ultime fois, le sourire aux lèvres, avant de s’enfoncer dans l’effervescence de l’aéroport.

- Au revoir, murmuré-je seul, mon cœur battant plus vite.

J’ai la sensation dérangeante d’être oppressé. Je reste planté là quelques instants, perdu dans mes pensées. J’y retrouve nos corps à corps, intenses, sensuels, même pendant les dernières nuits sous la tente, lors de notre retour vers la civilisation. Nos étreintes étaient explosives, j’en vibre encore, le désir se réveillant face aux images qui envahissent ma mémoire. C’est la première fois que je vis une telle intensité, que je prends autant de plaisir. Il y avait autre chose que ce côté charnel entre nous. Une espèce d’évidence, une attirance incontrôlable dictée par un truc plus profond. Etais-je en train de tomber amoureux ? Je sursaute à cette idée, ce qui me ramène à la réalité.

J’opère un demi-tour et prends la direction de la sortie, les pieds lourds et des questions plein le cœur. Des femmes dans ma vie, il y en a eu. Néanmoins, à bientôt quarante ans, le résultat est peu flatteur. Combien ont réellement compté ? Deux ? Une ? Aucune n’a jamais réellement supporté mes envies d’évasion dans mes chères montagnes. Elles ne comprenaient pas mon investissement pour mon travail. À l’heure du bilan, je sais pourquoi cela n’a jamais fonctionné. Je ne leur accordais pas la priorité.

Si Alysson n’était pas partie, aurais-je agi différemment ?

Imbécile, râlé-je, me mordant l’intérieur des joues.

Cette question n’a pas lieu d’exister, je déteste le conditionnel et ses « si » trop gages d’espoir. Là, il n’y en a pas. Plus les minutes s’égrènent, plus notre liaison devient un souvenir.

Dehors, le froid de l’hiver ne me dérange pas. Peut-être remettra-t-il mes idées en place ? Je cherche mes clés de voiture lorsque je détecte un objet cylindrique dans ma poche droite. Je sors une pellicule d’appareil photo, qui roule entre mes doigts.

- La pellicule d’Alysson ! m’exclamé-je abasourdi.

Elle l’a laissée volontairement, j’en suis persuadé. Intrigué, je prends le chemin du centre-ville, où je me rends chez un photographe.

- Combien de temps pour faire développer ces photos ? quémandé-je en déposant la pellicule sur le comptoir. Je suis assez pressé.

- Environ une heure, répond le patron après une brève analyse.

Je ne sais pas pourquoi, ce délai si court me soulage. Je n’envisageais pas d’attendre plusieurs jours.

Vous pouvez patienter ici, me propose-t-il en me désignant un fauteuil posé dans un coin de sa boutique, entre plusieurs trépieds et divers appareils photo.

J’accepte sans rechigner le café qu’il me tend. Le breuvage chaud dégage quelques volutes de fumée. Celles-ci me rappellent ceux du feu de camp, allumé tous les soirs lors de notre quête. Le visage d’Alysson y perce, ne cessant de m’obnubiler, tant bien même que son avion l’emmène à des milliers de kilomètres de moi. Je me demande quel genre de photos elle a pris, je n’ai pas forcément été témoin de tous ses clichés. Cette pellicule est la dernière chose qu’elle me laisse, comme un témoignage de la passion qui nous a consumés. J’ignore pourquoi elle l’a glissée dans ma poche sans m’avertir de ce cadeau. Désirait-elle me faire une dernière surprise ?

Elle m’a toujours étonné, c’est peut-être pour cela que j’ai craqué pour elle. À force de percevoir sa force, et de constater sa persévérance, malgré sa fragilité sous-jacente, elle m’a donné envie de la découvrir plus. Son tempérament de battante, doux et résiliant, a, malgré moi, développé une affection que je n’ai pu contenir. Elle agit là où on ne l’attend pas, elle se révèle bien plus solide qu’on ne le suppose. Cette française a contrecarré tous mes préjugés. Et c’est dans ces contradictions, ces oppositions que je me suis senti de plus en plus avide de sa présence. Maintenant, je vais devoir composer avec son absence, avec un vide qui ne me dérangeait pas avant qu’elle ne déboule dans ma vie.

Quand le photographe m’appelle, son travail fini, mes pensées se télescopent encore. Comment reprendre mon quotidien alors qu’il manque de saveur sans elle ? Je n’attends pas une seconde. Dès que je sors du photographe, j’ouvre la pochette de photos, trop curieux. La première, je m’en souviens très bien. Elle l’a prise à notre arrivée à la cabane. Je venais de la féliciter pour son courage après notre rude randonnée. Elle m’avait épaté. La deuxième a capturé mon sourire devant la source d’eau, proche du refuge. Je devine sur la troisième le point de vue devant lequel j’ai emmené Alysson pour lui faire admirer le lever du soleil. Ma silhouette se découpe dans la lumière, dans un angle de vue si puissant que j’en ai le souffle coupé. Je précipite mes gestes, les accordant à la cadence rapide que prend mon cœur. Il n’y a que moi sur la première dizaine de photos. Sur tous les clichés se dégage une tendresse infinie. Alysson est vraiment douée pour transmettre des émotions par l’intermédiaire de ses photos. Puis tout à coup, je tombe sur la photo où je l’ai embrassée pour la première fois. À ce moment, mes pulsations cardiaques s’arrêtent, avant de repartir de plus belle. Les suivantes ont été prises sans que je m’en aperçoive, mais sur chacune, je peux voir le visage de la française en gros plan, moi juste derrière. Elle a dû les réaliser en mode selfie, du bout des doigts, avec une facilité dont seuls les photographes pros font preuve.

J’ai besoin de m’asseoir quand tous mes sourires béats m’éclatent à la figure. Ai-je déjà eu l’air aussi détendu ? Aussi heureux auprès de quelqu’un ? J’avale ma salive difficilement, mes pensées s’entrechoquent dans une tecktonik endiablée.

N’a-t-elle pas dit qu’elle photographiait seulement ce qui compte vraiment ?

Et si je n’étais pas le seul à me poser une multitude de questions ?

Enfin, je parviens à la dernière photo, complètement différente des précédentes. Pas de portrait, juste une adresse à Brest, en France, écrite sur un morceau de papier découpé sans soins.

Son adresse, sans aucun doute.

Elle m’envoie un message. Si au fond de mes chères Appalaches, ce n’était pas Alysson qui était venue chercher des réponses à ses questions, mais plutôt moi ? Si toutes mes certitudes s’effondraient et que toutes les cartes de mon destin se rabattaient suite à notre expédition ? Je lève mes yeux au ciel. Est-ce qu’au travers de ces nuages, l’avion de ma photographe vole pour son long voyage ? Mes lèvres s’étirent, tandis que mes idées se structurent, tandis que l’évidence s’impose. Hors de question de me contenter de ces instantanés de bonheur, imprimés sur papier glacé.

Il est temps de quitter ma maison et d’aller au-devant de l’essentiel.


Texte publié par Junimarionh, 14 février 2026 à 17h02
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