L’étal regorgeait de choses qui avaient l’air toutes plus délicieuses les unes que les autres. Là on avait des sortes de croissants plus gros qu’un bras. Ici, des petits choux qui n’avaient de petits que le nom. Ils dépassaient la taille de boules de pétanques. Les soufflés dorés ressemblaient à de gros coussins moelleux. Le tout scintillait sous la couche de miel qui recouvrait chaque pâtisserie, c’était la tradition dans le coin.
Cela faisait sourire la jeune enchanteresse qui dévorait des yeux chacune de ces merveilles.
- Excusez-moi, fit Miel au propriétaire de l’étal dont elle ne voyait que le dos et les écailles métalliques.
Celui-ci, occupé à préparer un autre de ces chefs d’œuvre pâtissier sur la table arrière, laissa son ouvrage du moment et tourna ses yeux jaunes vers la jeune femme. Il se baissa à la hauteur de sa cliente. Sa grande bouche entrouverte laissait apercevoir ses rangées de dents acérées et tranchantes.
- Bonjour petite humaine, fit le dragon d’acier. Que vous faut-il ?
- J’aimerais bien … un Patakes au chocolat s’il vous plait.
Miel désigna la plus petite pâtisserie qu’elle avait pu trouver et qui devrait quand même facilement lui caler l’estomac jusqu’au lendemain matin. Les dragons étaient de grands cuisiniers d’après ce qu’on lui avait dit, mais leur idée de portions n’était définitivement pas la même que celle des humains. Pour sa première visite à Dracopolis, la jeune magicienne ne pouvait pas manquer de débuter par une étape gastronomique. Surtout avec du chocolat.
- 3 drachmes d’argent je vous prie, fit le dragon en tendant sa main aux longues griffes pointues.
Miel prit sa bourse et versa quelques piécettes dans sa menotte. C’était la première fois qu’elle utilisait l’argent draconique et elle ne voulait pas se tromper de monnaie. Elle déposa les trois pièces vertes veinées de rouge dans la paume tendue du marchand où elles produisirent chacune un tintement métallique.
Le dragon d’acier fit tomber les pièces dans un coffre puis prit un pic qu’il enfonça dans la pâtisserie et la tint devant lui. Miel avança une main pour récupérer son achat qui avait l’air si délicieux. Le pic avait presque l’air d’un bâton pour elle.
Une vague de feu jaillit soudainement, effleurant ses doigts et passant à quelques centimètres de son visage. Par réflexe, la jeune magicienne fit un brusque saut en arrière et faillit se prendre les pieds dans sa jupe de l’académie des mages. Elle réussit à ne pas perdre son équilibre et observa le dragon, sous le choc.
- Voilà, petite humaine, fit-il en lui tendant le Patakes complètement noirci. Il est carbonisé juste comme il faut. Bon appétit.
Légèrement tremblante, Miel prit le bâtonnet encore un peu chaud. Elle observa incrédule ce qui avait été une des pâtisseries les plus appétissantes qu’elle ait jamais vu et que l’on n’aurait pu distinguer désormais du premier morceau de charbon venu.
- M … Merci …, balbutia-t-elle au dragon d’acier qui s’en retournait à son ouvrage précédent, content d’avoir satisfait un client de plus.
La jeune enchanteresse s’écarta de l’étal et avança doucement dans la rue encadrée des grandes maisons typiques de la cité. En contemplant, hagarde, le bâton qu’elle avait en main, elle intégra qu’elle était désormais la propriétaire d’une pâtisserie calcinée, qu’elle avait 3 drachmes de moins et qu’elle avait toujours faim. Visiblement, il y avait quelques rudiments de la vie à Dracopolis dont elle n’avait pas entendu parler.
Marchant toujours avec un air abasourdi, Miel entendit une grosse voix sur sa droite.
- Pauvre petite chose, tu as l’air contrariée. Qu’est-ce qui ne va pas ?
La jeune enchanteresse s’aperçut qu’elle venait de passer à côté d’une dragonne banche. La créature, bien plus imposante que le dragon d’acier qu’elle venait de quitter, semblait se reposer entre deux maisons, bien à l’ombre. Miel se souvint que les dragons blancs, également appelés dragons des neiges, vivaient dans les toundras ou tout autre endroit aux grandes étendues gelées. Là leur pelage blanc offrait un camouflage qui était souvent fatal à leurs proies qui les confondaient avec de petites collines.
A l’abri d’un soleil un peu trop fort à son goût, la dragonne blanche détailla la jeune humaine. Cette dernière ne sachant pas trop quoi dire, encore un peu sous le choc, se contenta de montrer la pâtisserie en balbutiant.
- Et bien … j’ai faim et … enfin …
- Ah je vois, fit la dragonne blanche d’une voix qui devait être compatissante pour ceux de son espèce. Les dragons du Soufflefeu oublient toujours que les humains n’aiment pas leur nourriture aussi brulante. Attends, je vais t’arranger ça. Lève ton bâtonnet un peu plus haut.
Miel eut un sourire reconnaissant. Elles savaient que les dragons avaient des pouvoirs qu’aucun humain ne pouvaient égaler. C’était l’une des premières choses qu’on lui avait dites à l’académie. Elle ne doutait donc pas que la dragonne blanche avait la capacité de redonner son aspect et son goût d’origine à son Patakes au chocolat.
Elle leva le bras et sentit aussitôt un vent glacé au-dessus de sa tête et ses doigts se refroidir rapidement. Quant à sa pâtisserie, celle-ci était désormais entourée d’une petite couche de glace brillante.
- Voilà petite humaine, fit la dragonne blanche d’une voix apparemment satisfaite. Tu ne risques plus de te brûler.
- Mer … merci, fit Miel dépitée en observant le met carbonisé prit dans la glace. Je… euh … merci …
La jeune enchanteresse reprit sa route sans rien dire de plus. Elle ne savait plus quoi dire. Les usages draconiques la dépassaient visiblement. Elle se sentait perdue. Elle avait faim et ne voulait plus dépenser de drachmes pour rien. Elle se dit qu’elle devait vite retrouver Perla. Au moins son amie l’aiderait à comprendre comment ça fonctionnait ici.
Miel se hâta et ne s’arrêta plus pour regarder aux alentours. Elle n’observait plus les maisons draconiques, taillées pour des êtres allant de deux fois la taille d’un humain ou pouvant être plus grands que des arbres. Elle ne détaillait plus les vitrines des boutiques magiques pourvues d’artefacts qu’elle n’aurait jamais la capacité de manipuler. Et plus que tout, elle ne regardait pas les restaurants et les étals de nourriture en essayant d’ignorer son ventre qui gargouillait.
La jeune enchanteresse débarqua enfin sur la grande place de Dracopolis. Immense, l’endroit reflétait encore la taille des occupants de la cité. Des fontaines magiques, dont l’eau sautait en l’air come bon lui semblait, entouraient la place de leurs bassins oblongs. Au centre se trouvait la grande statue des hauts-dragons. Un dragon rouge, un dragon vert, un dragon noir et un dragon bleu, taillés dans des marbres de chaque couleur, semblaient prendre leur envol vers l’astre solaire. Entre eux, au centre, on pouvait distinguer les symboles des pouvoirs élémentaires draconiques : La terre, l’eau et l’air. La sculpture dépassait en taille les plus grandes tours que Miel avaient pu voir de toute sa vie.
Sur la vaste étendue dégagée se tenait des dizaines de dragons différents. Des dragons du déserts, des dragons cuivrés, des dragons laineux (qu’il ne valait mieux pas qualifier de dragons moutons, ils détestaient ça), des dragons des mers qui lévitaient dans de grosses bulles d’eau, des … Il y en avait tellement, de toutes tailles, de toutes couleurs, … et c’était sans compter ceux qui volaient, se posaient ou décollaient dans un flux sans fin.
Mais le plus impressionnant restait, de l’autre côté de la place, le château des hauts-dragons. Il était aussi grand qu’une montagne. D’ailleurs on disait qu’il avait été taillé dans une montagne même. Rien n’était plus vraiment sûr dans l’histoire draconique depuis la révolution contre la caste des hauts-dragons mais en ce moment, toute petite face à l’immense bâtisse, Miel n’avait aucun mal à le croire.
- Hé, Miel !
Une grosse voix l’interpella depuis les cieux. Un serpent à plume descendait en zig-zag vers l’enchanteresse. Il se posa avec agilité devant elle.
- Je suis contente de te voir. Attends …
En quelques secondes, le serpent à plume rapetissa puis se changea en une jeune femme sensiblement du même âge que Miel. Elle portait une robe avec des motif mexicains très colorés. Elle allait enlacer son amie qu’elle n’avait plus revu depuis le début des vacances académiques lorsqu’elle s’aperçut que quelque chose n’allait pas.
- Ben, t’en tires une tête ?
Elle observa l’humaine avec sa mine déconfite puis son regard tomba sur ce qui, un jour, avait été une pâtisserie. Elle se mit à rire.
- Hahaha, toi t’es tombée sur des Soufflefeux et des Soufflegivres.
- Perla … je comprends rien à ce qui se passe, fit Miel l’air penaude en entortillant nerveusement le bas de son tee-shirt de sa main libre. Je voulais manger une pâtisserie et maintenant j’ai … ça … et j’ai rien compris à ce qu’il s’est passé … et j’ai payé … et j’ai toujours faim. Je sais plus quoi faire ou dire. Je ne sais pas ce qu’ils vont faire …
Perla prit sa camarade d’académie dans les bras en gloussant toujours.
- Allez, ne t’inquiètes pas, je suis là. On va aller t’acheter quelque chose de comestible avant d’aller visiter le château des hauts-dragons, d’accord ?
La serpent à plume s’écarta de son amie et posa son regard sur le Patakes.
- Laisse-moi te débarrasser de ça.
Elle émit un léger souffle entre ses lèvres. Un petit éclair vint frapper la pâtisserie et la pulvérisa. Miel ne bougea même plus, ne sachant jamais à quoi s’attendre avec les souffles des dragons.
- Tu peux toujours compter sur un Soufflefoudre pour réparer les bêtises des Soufflefeux et des Soufflegivres, lui fit-elle guillerette. Allez, viens !
Perla prit la main de son amie et l’emmena vers une boutique en bordure de la place. Là elle se chargea des transactions pour que Miel se retrouve avec un café qui ne l’ébouillanterai pas et avec une ronde de pâtisseries à taille humaine qui ne seraient ni brûlées, ni congelées. Rassérénée par la présence de son amie et avec sa faim rassasiée, la jeune enchanteresse retrouva finalement sa bonne humeur coutumière. Elle fut à nouveau contente d’avoir acceptée l’invitation de Perla de visiter Dracopolis avec elle. Les deux étudiantes allaient bien s’amuser pendant les quelques jours qui leur restaient avant la rentrée à l’académie.

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