On dirait qu’il est temps de reprendre la plume.
Les petites publications sur les réseaux ne me suffisent plus. Je sens à nouveau le besoin de juste laisser mes pensées se déverser sur une page blanche… Et cette fois, je vais m’arranger pour que ce soit lu.
D’habitude, je ne sais jamais trop par quoi commencer.
Cette fois, je sais.
J’ai déjà un sujet.
C’est vaste, décousu, complexe, mais c’est pas grave.
Je vais te parler de ma vie.
Un condensé de ce que j’ai traversé. Ce à quoi j’ai survécu.
Je te promets que tout est vrai. A cent pour cent vrai.
Ou en tout cas, c’est comme ça que je l’ai vécu. Je vais tout te livrer comme mes tripes l’ont digéré, et t’expliquer ce que j’ai affronté en 37 ans d’une existence qui me parait de plus en plus dépourvue de but.
Je ne sais pas encore qui tu es, encore moins quand tu tomberas là dessus, mais c’est pas grave.
Faisons comme si tu m'écoutais;
Je pourrais commencer par te raconter mon enfance, bien sûr. Te parler de mes parents tellement pauvres qu’ils devaient compter sur les légumes donnés par mon grand père pour nourrir leurs quatre enfants.
Je pourrais te dire que je me suis senti en décalage avec tout ceux qui m’entouraient très tôt.
Les griefs que j’ai encore de cette période contre mes géniteurs.
Mais je ne parle plus à ces gens, y a des raisons. Je ne vais pas les laisser s’inviter sur cet espace qui n’est qu’à moi.
Je pourrais aussi te parler de mon adolescence. Ce moment où j’étais petit, gras, mal fagoté. Non plus. Pas envie.
Je vais te parler de ma vie d’adulte, depuis le moment où j’ai quitté le foyer de mes parents, il y a bientôt vingt ans.
C’était en 2010. J’avais fini un apprentissage en charcuterie un an avant, et j’entamais une première année en boucherie dans un petit village de campagne, à dix kilomètres de là où j’habitais avec mes vieux.
Mon père aurait pu m’emmener au travail le matin.
Il m’a vite fait comprendre que ça l’emmerdait. Et moi, qui avais toujours eu l’âme indépendante, j’ai pris mon vélo. Par tous les temps. Pendant presque trois ans.
Mais en boucherie, on commençait le travail à 5 heures le matin, et les routes de campagne charentaises ne sont pas sûres en deux roues en hiver.
Alors j’ai pris un petit studio, à cinq cent mètres du travail.
Un truc un peu miteux, sous les fenêtres des propriétaires, avec une porte en accordéon pour séparer les toilettes et la douche du reste de l’appartement, et une moquette dans un état douteux.
Et un voisin homosexuel qui me faisait des avances chaque fois que je le croisais.
C’est à partir de là que j’ai senti la solitude s’installer.
Le soir, j’étais seul sur mon lit, avec mon téléphone pour seul compagnie, et parfois une partie de jeu de stratégie sur l’ordinateur.
Sans voiture dans ce village, mes soirées étaient faites de longs moments à me demander ce que je foutais à bosser dix heures par jour à travailler avec des types qui ne connaissaient que la violence et le mépris comme mode de communication.
J’ai toujours eu du mal à lier des amitiés, et je le sentais encore plus dans les vingt petits mètres carrés de ma piaule.
Les seules distractions du village, c’était le PMU et les balades dans les chemins environnants, et la ville la plus proche était à quarante minutes de vélo…
Autant te dire que je m’ennuyais ferme.
Je discutais un peu sur internet, via le chat skyrock qui fonctionnait encore à l’époque.
C’est sur cet espace de lobotomie de masse que j’ai fait la connaissance de cette fille.
Sur le chat, elle avait l’air sympa, on s’amusait plutôt pas mal.
J’ai commencé à me dire que, peut être, elle pourrait vraiment me plaire, et à me dire que ce serait une bonne idée de la rencontrer.
Comme diraient les vieux, j’aurais mieux fait de me casser une patte le jour où je l’ai faite venir chez moi.
A la seconde où je l’ai vue, j’ai su. J’ai su qu’on n’était pas faits pour être ensemble.
Pourtant, je l’ai revue. Peut être parce qu’elle comblait une part de ce vide que je sentais déjà grossir un peu trop, et qui m’empêchait parfois de bouger de mon lit.
Et puis, cette nana qui me paraissait idiote et pas très jolie semblait avoir besoin qu’on lui accorde de l’attention.
Je l’ai encore revue.
Elle vivait chez ses parents, à trente kilomètres de chez moi. Crois moi si tu veux, je suis allé plusieurs fois à vélo jusque chez elle, juste pour ne pas rester seul dans mon réduit.
Et puis… Ce soir là est arrivé.
Je me sentais seul. Très seul. Plus que jamais. A vingt ans, je me disais que la vie que je menais ne valait pas la peine d’être vécue.
En pleine nuit, j’ai enfourché mon vélo, direction un pont qui surplombait les rails du TGV à quelques encablures de ma porte d’entrée, avec la ferme intention d’enjamber la rambarde..
Je roulais les larmes aux yeux…
Puis, presque arrivé au pont, j’ai freiné d’un coup sec.
Une idée débile venait de germer dans mon esprit.
“Elle a besoin de moi”
Cette pensée m’a sauvé la vie. Mais m’a condamné à m’engager dans une relation dont je savais d’avance qu’elle ne pouvait que finir mal.

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