Adrien
C’était l’été 2022, elle était célibataire et pas pressée que ça change. Elle était un peu lasse de son train-train boulot-dodo et avait envie de pimenter un peu sa vie. Alors elle s’était inscrite sur Tinder et tous les jours, elle faisait défiler les visages, se disant que c’était nul, qu’entre les sportifs, les amoureux de leur voiture ou de leur moto, les pêcheurs et les épicuriens qui utilisent ce mot pour dire que le sexe est important pour eux, il n’y avait personne qui retienne son attention. Alors, elle disait « je n’aime pas » et elle faisait défiler les profils.
Quand un profil retint son attention, il n’y avait rien écrit d’autres que « Cirque Zampano », la photo montrait un homme avec le look des techniciens qu’elle connaissait bien et il y avait une photo de lui avec une guitare. Le Cirque Zampano elle le connaissait, c’était un cirque itinérant. Elle était allée voir leur spectacle il y avait plusieurs années alors qu’elle était à Ste Agathe et elle avait adoré la poésie qui s’en dégageait.
Alors elle cliqua sur le bouton « j’aime » pour la première fois se disant qu’il y avait peu de chance qu’elle entre en contact avec cet Adrien !
Et le soir même, elle avait un message : « Salut à toi Sophie, un grand merci pour ce like, était-ce vraiment un acte prémédité ? »
Un peu nul, il n’avait même pas noté son prénom ! Elle lui répondit en rectifiant son erreur et en lui disant qu’elle avait bien aimé son profil et qu’elle gardait d’excellents souvenirs du Cirque Zampano.
Ils commencèrent à s’écrire des messages, faisant connaissance, il était chouette, il habitait dans les Vosges et était là pour la tournée du cirque qu’il faisait depuis deux ans. Il était effectivement technicien. Il lui dit qu’il y avait peu de filles sur Tinder avec qui il avait eu de longues conversations. Et il lui proposa de venir voir le spectacle qui se jouait dans l’Indre. Elle regarda où il jouait mais c’était vraiment trop loin alors elle déclina. Ils s’écrivirent tous les jours du 4 au 25 août puis plus de nouvelle.
Elle avait pris l’habitude de ses échanges, elle laissa passer les jours et le 4 septembre elle lui écrivit. Elle n’allait pas laisser passer ça, elle trouvait cette attitude dégueulasse et elle avait bien l’intention de lui en faire part. Elle lui dit qu’un au revoir aurait été bienvenu plutôt que d’arrêter de lui écrire, peu importait les raisons qui l’avaient poussé à le faire, qu’elle en avait besoin alors qu’elle le lui disait.
Deux jours après, elle avait une réponse. Il s’excusait, il avait été très pris par la fin de la tournée. Il était rentré chez lui. La correspondance reprit comme si elle ne s’était pas arrêtée. Elle avait quelques jours de vacances, elle était partie à Nantes puis à Noirmoutier avec un ami. Elle lui racontait ce qu’elle voyait et lui disait que Tinder était nul parce qu’on ne pouvait pas échanger de photo alors il lui donna son numéro de téléphone et lui proposa de continuer à échanger sur Whatsapp.
Ils continuèrent de s’envoyer des messages tous les jours mais ils ne se téléphonaient pas. Ils se parlèrent de leur vie de ce qu’ils avaient vécu, ils parlaient de musique et un jour il lui proposa de faire un duo ensemble. Elle adorait l’idée, tout de suite elle accepta. Ils décidèrent de faire « Creep » de Radiohead. Ils travailleraient chacun de leur côté et il viendrait avec sa caravane pour l’enregistrer.
Elle eut quand même un mouvement de recul. Il prévoyait de faire les kilomètres depuis Epinal alors qu’ils ne s’étaient jamais parlé, il prévoyait de rester mais comment savoir s’ils allaient s’entendre ? Elle lui en fit part et il la rassura en lui disant que ce qui lui plaisait, c’était la musique et le voyage, qu’il n’était pas très difficile à vivre alors qu’il serait content et de ne pas trop se projeter. Ils fixèrent donc une date, le week-end de la Toussaint, il lui envoya une photo de sa voiture chargée et quelques heures après, il était là.
« Quand tu es arrivé ce matin du 2 novembre, je n’en menais pas large. Ca faisait un peu plus de 3 mois qu’on s’envoyait des messages sur Whatsapp, on avait failli se voir lors de la tournée du cirque Zampano, puis après lors de ta venue au Mans, échec après échec, je prenais les choses bien. On avait prévu d’enregistrer Creep, tu m’avais enregistré la bande son, j’avais posé ma voix dessus et un jour, tu m’annonces que tu vas venir faire l’enregistrement. J’étais super contente et à la fois j’avais la trouille parce qu’on échangeait des messages mais jamais on s’était parlé.
C’était après une semaine où Ambre était venu à Tours, on avait été au zoo de Beauval la veille, je t’avais dit qu’on pourrait se voir le soir mais par manque de courage et par fatigue, je t’ai dit qu’on se verrai le lendemain. Le soir, en rentrant mon cœur battait un peu plus fort en passant devant le camping où je savais que tu étais.
Le lendemain matin, j’étais très stressée avant d’aller te rejoindre, j’ai même cassé une bougie dans un verre avant de partir ! J’ai pris mon courage à deux mains et je suis allée où on s’était donné rendez-vous, devant chez Paul. Tu n’y étais pas alors je suis allée m’asseoir en face et puis tu es arrivé. Mon cœur battait fort, on s’est dit bonjour, on est entrés on a bu un café, on a commencé à discuter et déjà j’étais bien. Je n’ai même pas ressenti de timidité, c’était simple, facile. Tu m’as proposé d’aller nous balader, je t’ai emmené à la table d’orientation, on a fait le tour du château en discutant, c’était super agréable. Il était midi, c’est tout naturellement que je t’ai proposé de venir manger à la maison, j’ai eu un peu honte parce que je t’ai fait des pâtes vite fait. L’après-midi nous avions prévu d’aller dans ta caravane pour enregistrer ma voix. Je me rappelle de ton sourire quand nous sommes montés dans ta voiture et que tu m’as dit qu’elle ne démarrait pas bien. Nous avons enregistré ma voix, j’étais relativement détendue, je ne me posais pas de question, je chantais et c’était bien. Le soir tombait est nous sommes rentrés, nous sommes allés boire un verre au Shaker pour que tu puisses voir le château illuminé puis nous sommes allés manger dans un restaurant Italien, nous sommes partis les derniers, nous avons ri du fait qu’Amboise était désert et nous nous sommes séparés. A l’écrire, je n’en reviens pas de la richesse de cette journée.
Le lendemain, tu es arrivé à midi, nous avons installé le matériel, j’ai fait à manger pendant que tu terminais les branchements et nous avons filmé devant le feu, côte à côte, je n’étais pas très à l’aise mais ça allait quand même. Nous avons filmé dans la cave et puis nous sommes allés sur le bord de la Loire puis dans les vignes de Vouvray. Nous avons fait un selfie sur les bords de Loire. J’étais bien, heureuse, vivante ! Pour clôturer la soirée, nous sommes allés à boire un verre et comme je travaillais le lendemain, nous nous sommes quittés avec une invitation à dîner dans ta caravane le lendemain soir.
Le lundi, je travaillais donc. Tu as été te promener à Tours, inutile de dire que mon esprit n’était pas au travail. On s’était donné rendez-vous vers 18h. Tu m’as accueilli avec un verre de vin, nous avons refait une vidéo, tu m’as préparé des pâtes excellentes, j’ai eu honte de la cuisine que je t’ai servi, cette soirée était incroyable, on parlait, on était bien, on écoutait de la musique, on mangeait et on buvait du bon vin, on riait parce que faire la cuisine avait fait monter la température, j’aurais donné n’importe quoi pour que ça ne se termine pas. Mais il devait être un peu plus de minuit, je travaillais le lendemain et il fallait que je rentre alors j’ai remis mon manteau, pris mon sac. Tu ne te levais pas alors j’ai avancé vers la porte et je t’ai fait la bise, on s’est regardé un moment et tu m’as embrassé. Et je me suis dit, enfin !!! C’est bête mais je suis persuadé qu’il n’y aurait pas eu ce rapprochement, j’aurais été heureuse quand même. Je me suis laissée allée en confiance dans tes bras, ça faisait plus d’un an qu’un homme ne m’avait pas touchée mais c’est quelque chose d’animal que j’ai ressenti en t’embrassant. J’aimais tout de toi… Nous avons passé notre première nuit ensemble, je n’ai pas beaucoup dormi, je voulais profiter de toi, de ta peau, de ta présence et quand le réveil a sonné à 5h45, j’ai bien eu du mal à me lever !
J’ai été travailler, j’avais vraiment la tête ailleurs, j’étais fatiguée. Le soir nous devions aller voir L’amour ouf et tu m’avais dit que tu me ferais un Mont d’Or. Je suis rentrée chez moi, j’ai essayé de faire une petite sieste en vain puisque tu es arrivé et nous sommes allé au cinéma. Le film était magnifique mais il l’était encore plus dans le contexte. Nous sommes rentrés à la maison, tu avais emmené une bouteille de Vouvray, nous avons cuisiné ensemble, réécouté la bande originale du film, on a encore passé une soirée incroyable, fluide. Je suis venu vers toi, il y a eu ce moment sur la chaise avec la musique qui restera inscrit en moi. Puis nous sommes montés nous coucher, nous avons passé la nuit en contact, nous nous sommes réveillés en même temps au petit matin, nous avions le même désir…
Et le réveil a sonné, je savais que je passais mes derniers moments prés de toi. Nous sommes montés ensemble à nos voitures, nous nous sommes embrassés, serrés l’un contre l’autre, je suis montée dans ma voiture, je t’ai regardé une dernière fois et c’était fini. Un sentiment de fou m’a prise, les larmes sont montées, je me suis reprise parce qu’il fallait que j’aille au travail. J’ai tenu toute la journée mais le soir en rentrant dans la maison, en retrouvant la cuisine comme elle l’était la veille je me suis effondrée. J’ai pleuré comme ça jusqu’au lendemain soir. Je t’ai écrit pour te dire ce que j’avais ressenti ce week-end et tu m’as répondu que tu avais ressenti la même chose alors mon cœur s’est rempli.
Maintenant, il ne reste plus qu’à vivre, je ne sais pas comment ça tournera mais au moins j’aurais vécu des émotions fortes, des émotions oubliées et ça c’est bon…"
C’est le texte qu’elle écrivit après son départ. En effet, ils avaient l’air d’avoir vécu la même chose, il lui parlait même du château de Chambord et de revenir. Elle en était heureuse, ils continuaient leur correspondance. Elle s’enflammait, elle le sentait et lui restait comme il avait toujours été, c’est-à-dire neutre. Elle s’en voulait, lui en voulait, elle était perdue.
"Tu n’y es pour rien… Tu ne sais pas ce que j’ai vécu avant mais ce qui s’est passé entre nous a réveillé des choses que j’avais enfouies bien profondément. De ce fait là, ça allait, j’étais bien, j’avais renoncé à faire des rencontres parce que les hommes, j’en pouvais plus… Et je donnerai n’importe quoi pour qu’il ne se soit rien passé entre nous et en même temps, je donnerai tout pour que ça recommence… Sacré dilemme qui n’en est pas un parce que j’ai le cul entre deux chaises, parce que tu m’as dit de ne pas faire de plans sur la comète, tu sais, je suis plus du genre à en faire tellement je suis méfiante. Je crois avoir compris que ce que tu souhaitais, c’était qu’on se voit de temps en temps et qu’on reprenne chacun le cours de sa vie ensuite, le fait qu’on ne se téléphone pas le prouve bien. Moi, je ne suis pas capable de ça, ça me renvoie à des relations où je n’avais pas mon mot à dire, où j’étais dans l’attente parce que j’étais avec des mecs mariés, où bien des mecs qui me tournaient dos dès qu’une fille les regardait et j’avais réussi à dépasser ça, certes en étant seule mais quand même. Je redis que tu n’y es pour rien, que c’est entre moi et moi, mais depuis un mois je navigue dans des sentiments pas très agréables, je rêve de choses pas très agréables, je te le cache, c’est l’avantage de se parler par whatsapp quand ça ne va pas on peut le cacher… Et puis j’aime pas être chiante, j’aime quand c’est simple, j’aime quand c’est fluide comme ça a pu l’être quand tu es venu, j’ai pas envie de mendier de l’amour. Bien sûr, on s’est vus 4 jours et tu vois déjà, le fait d’être dans tes bras s’estompe et c’est bien normal."
Elle lui écrivait sans jamais rien lui envoyer, parlait sans arrêt de lui, tournait en boucle alors elle lui dit qu’il fallait arrêter de se parler parce qu’elle ne gérait rien, que ça ne pouvait pas durer. Il lui dit qu’il comprenait mais qu’il était un peu déçu. Elle lui proposa de s’appeler, elle n’en pouvait plus de cette situation où ils ne se disaient rien.
"Putain, j’ai besoin de te parler ! J’ai besoin de savoir ! J’ai besoin de l’entendre… Je suis un peu déçu, ça a été ta réponse à mon message qui te disait que j’avais besoin qu’on s’éloigne avant-hier soir. Depuis, silence radio… Je t’ai dit que tu avais fait battre mon cœur… Mais il y a tellement à dire que ne me permettent pas ces saloperies de messages Whatsapp. Alors ce soir, je t’ai dit que ça serait bien qu’on s’appelle pour se parler un peu. Parce que j’ai besoin de t’entendre me dire que tu n’avais pas l’intention d’une histoire avec moi, j’ai besoin de te dire comment j’ai vécu les choses, j’ai besoin de savoir… Parce que tu n’étais pas seul dans cette histoire, tu me dis que les histoires d’amour n’existent pas alors quoi ? Tu prends des nanas au hasard, tu les mets dans ton lit et tchao ? Je ne crois pas, je ne veux pas croire que tu sois comme ça, je veux croire que tu es une belle personne blessée mais je ne te connais pas et on ne s’est vus que 4 jours…"
Ils se téléphonèrent, ils restèrent 1 heure au téléphone, ils continuèrent à se parler, elle était contente de sa franchise mais il lui dit qu’il ne voulait pas d’histoire, que son cœur était cassé depuis sa dernière histoire et qu’il n’avait rien ressenti lorsqu’il était venu. Elle accusa le coup mais ne comprenait pas ses mots, elle se disait que tout ce qu’il lui avait dit ne pouvait pas être faux et ses gestes avaient été tendres, ça ne collait pas avec ce qu’elle avait ressenti… Cependant, il avait été clair et elle l’en remerciait.
On était début décembre, il lui envoya un message pour lui donner les dates de sa prochaine tournée avec le cirque Zampano. Elle n’y comprenait rien. Ils continuaient leurs échanges, parlant de Noël et de leur difficulté avec ces fêtes. Ils se rappelait de la date de ses vacances, c’était vraiment bizarre.
Il lui envoya un message qui disait : « tu me payes un couscous au bord de la mer à Tunis pendant tes vacances ? » En gros, il lui disait qu’il partirait bien avec elle. Elle lui répondit qu’elle n’avait pas l’argent et surtout pas de passeport. Ils échangeaient beaucoup sur les voyages qu’elle devait faire, parlaient de son voyage en Sicile et de ces quelques jours où elle devait aller à Arcachon ?
D’ailleurs son voyage à Arcachon, elle n’était pas vraiment seule. Ils ont échangé pendant tout le temps, il lui demandait des photos, de noter ce qu’elle mangeait. Elle avait l’impression qu’il était avec elle. Un peu avant son retour, il lui dit qu’il partirait bien avec elle pour un prochain voyage. Elle n’en revenait pas. Elle n’arrêtait pas d’y penser, elle lui écrivit donc un message qui disait qu’elle préférait ne pas voyager avec lui, qu’elle avait envie de vivre des choses avec quelqu’un qui ne soit pas qu’un ami et qu’elle avait bien compris qu’il ne serait rien de plus. Elle senti à sa réponse qu’elle l’avait vexé, il lui disait qu’il fallait vivre des choses ensemble pour que l’amitié se transforme et qu’il mettait en suspend sa proposition.
En fait, leurs échanges étaient vraiment liés à leurs voyages. Au mois de mars, il partait pour la Camargue, il lui partagea ses photos, ce qu’il faisait, elle le conseilla sur les visites de ville.
Puis de nouveau, une longue période sans message. Elle réécrit pour lui dire qu’il valait mieux que ça s’arrête, qu’elle le remerciait car malgré le fait que leur histoire lui ait fait un mal de chien, cela lui avait permis d’aller chez une psy et de se comprendre un peu mieux. En effet, elle avait repris rendez-vous pour l’aider à traverser cette période. Et ils reprirent leurs échanges, et il lui redit avoir passé de très bons moments, lui donna le planning de sa tournée et lui dit que si elle avait envie de passer, elle serait la bienvenue.
Le 30 avril, ils devaient partir tous les deux. Lui devait rejoindre le cirque Zampano et elle l’aéroport pour aller en Sicile. Leurs échanges reprirent de plus belle jusqu’à son retour. Il était un peu en Sicile avec elle. Il était à Nohant, dans la maison de Georges Sand où elle avait joué des années avant avec son groupe. Elle lui dit qu’elle ne voulait pas s’imposer mais qu’elle aimerait revoir le lieu et le revoir lui et voulait savoir ce qu’il en pensait. Il lui dit que ça serait sympa et après quelques messages, ils décidaient qu’elle viendrait le jour même. Il lui dit qu’elle pourrait manger et dormir sur place, que c’était bête de ne venir qu’une journée.
Elle monta donc dans sa voiture pour aller le rejoindre. Elle était quand même stressée par ces retrouvailles. Elle arriva là-bas, repéra les lieux, c’était un endroit charmant et l’installation du cirque ajoutait un plus à ce décor. Elle le vit et alla lui dire bonjour comme deux copains qui se retrouvaient. Il lui présenta les gens avec qui il travaillait, il y avait une bonne ambiance, c’était très détendu. Il lui fit faire le tour de leur installation, lui présenta Vittorio qui était à l’origine du cirque, lui montra l’endroit où il mangeait, ils s’y assirent un moment. La cuisinière lui dit qu’il n’arrêtait pas de lui dire qu’il fallait que ce qu’elle fasse à manger lui plaise.
Elle ne savait pas comment il l’avait présentée, ce qui la rendait mal à l’aise. Il était prévenant et c’était agréable, ils avaient retrouvé ce qu’ils avaient vécu quelques mois avant même s’il y avait des moments de gêne, mais finalement ce n’était pas si étonnant, ils n’avaient pas l’habitude de se retrouver face à face.
Il commençait à se faire tard et ils rejoignirent sa caravane. Elle ne savait toujours pas où elle allait dormir. En souriant, il lui dit qu’il avait une surprise. Elle se demandait ce que ça pouvait être et il alluma son ordinateur. Il avait terminé le clip qu’ils avaient enregistré lors de sa venue. C’était émouvant de se remémorer ensemble les souvenirs qu’ils avaient forgés. Elle était heureuse, elle était bien. Ils parlèrent longuement du fait qu’il était fatigué de son métier, que la tournée ne l’enthousiasmait pas plus que ça et qu’il n’arrivait plus à trouver de chose dans la vie qui le rende vraiment heureux. Puis vint l’heure de se coucher, il lui dit qu’il avait prévu qu’elle dorme dans sa caravane, que ce ne serait pas la première fois. Elle accepta. Ils se couchèrent l’un près de l’autre, leur bras en contact. Ils continuèrent à parler un long moment, puis se turent. Fatiguée, elle se retourna pour dormir quand elle senti son bras l’entourer. Ils restèrent un moment comme ça, puis elle se retourna et ils firent l’amour. Elle ne dormi pas très bien, elle avait chaud et le fait d’être là la bousculait un peu. Il ne dormi pas bien lui non plus.
Ils ne parlaient plus, elle ne savait pas quoi dire, comme si ce moment tant attendu était incongru parce qu’elle ne savait pas ce qu’il pensait. Ils se levèrent, il la prit dans ses bras, il pleuvait à torrent. Ils avaient prévu d’aller s’occuper des chevaux mais ça semblait compromis. Quelqu’un vint à sa caravane pour lui dire qu’il pouvait profiter de son temps, qu’ils feraient ce qu’il y avait à faire alors ils prirent leur petit déjeuner. La journée se passa, ils répétèrent les chansons du spectacle, ils travaillèrent des scènes, que c’était bon de se retrouver au cœur d’une troupe en création, elle l’enviait et le remerciait en même temps de lui donner la possibilité de vivre ça même si elle n’osait pas trop s’exprimer parce qu’encore une fois, il n’y eut pas un geste tendre de sa part.
Arriva l’heure à laquelle elle devait repartir, il la raccompagna à sa voiture. Il la prit dans ses bras, lui demanda quelles seraient ses occupations à venir. C’était un peu équivalent à ce qu’ils avaient vécu quelques mois auparavant. Ils s’embrassèrent une dernière fois et elle partit.
Ils reprirent leurs échanges comme si rien ne s’était passé et elle en avait marre. Elle lui écrivit encore une fois, en lui disant ce qu’elle ressentait. Ce à quoi il lui répondit qu’ils s’entendaient bien, qu’ils avaient beaucoup de points communs mais qu’il ne souhaitait pas de relation. Qu’il n’avait rien prémédité dans ce qui s’était passé et qu’il ne voulait pas lui faire de mal. Elle lui avait dit qu’elle reviendrait voir le spectacle fini, elle décida qu’elle ne reviendrait pas. Il lui répondit de ne pas prendre de telles décisions, qu’il restait du temps et que les choses pouvaient évoluer mais elle savait que rien n’évoluerait.
On était fin mai, elle lui envoya un message début juillet parce qu’il faisait très chaud et qu’elle pensait à lui, ils échangèrent sur le fait qu’elle avait fait un burn out.
Alors qu’elle faisait sa marche de Figeac à Rocamadour, son téléphone lui joua un tour. A force de remettre dans la poche de son short, elle s’aperçut qu’il avait envoyé une photo à des tas de contacts. Personne ne répondit à ce message saugrenu, la photo du musée Champollion à Figeac, sauf Adrien.
Il finissait sa tournée le soir même, il lui demanda ce que représentait sa photo, elle lui dit qu’elle était partie sur la route de Compostelle. Et voilà comment se termine l’histoire.
Une drôle d’histoire en somme, elle vient de relire tous leurs échanges. Jamais il ne lui a laissé entrevoir quoi que ce soit mais il jamais il n’a coupé le lien sauf après la dernière fois où ils se sont vus. Une histoire douloureuse pour elle parce que ça la ramenait au temps où elle était intermittente, qu’elle retrouvait quelqu’un avec le même état d’esprit qu’elle, quelqu’un qui avait souffert aussi, avec qui elle avait des points en commun mais quelqu’un qui ne se livrait pas. Elle avait espéré tellement de cette histoire, cherchant le moindre signe dans ses messages, l’interprétant à tort…
Elle pense encore à lui de temps en temps mais les choses se sont apaisées. Elle garde enfouis en elle ce souvenir de cette dernière histoire. Elle est un peu cassée aujourd’hui, ne veut plus rencontrer personne sans doute par peur de souffrir encore. Est-ce parce qu’elle a vécu cette histoire avec Adrien, elle ne le sait pas. Ce qui est sûr, c’est que cette histoire l’aura réveillée, l’aura ramenée en arrière, lui aura fait se poser des questions sur son travail, sur ses amours alors la vivre lui aura permis d’avancer.

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