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Les enquêtes du détective John Johnny
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volume 1, Chapitre 3 « Appelez l'ascenseur ! » volume 1, Chapitre 3

« Patron !

— Dites-moi tout, mon bon Fletcher.

— Tout ? Ça va faire beaucoup, ce sera long.

— Sautez les premiers chapitres, votre enfance, votre premier chagrin d’amour, vos études et tout ça. Et venez-en au moment présent, ce qui vous occupe à l’instant même.

— Ah ! Ce tout-là.

— Lui-même.

— C’est que j’ai envie de développer, maintenant.

— Prenez du sirop contre le tout et revenez me voir quand c’est passé.

— C’est passé, je suis dans le présent.

— Et donc, que vouliez-vous ?

— Une dame demande à vous voir.

— Que ne le disiez-vous plus tôt !

— C’est-à-dire… j’ai dû me débarrasser d’un tout embarrassant.

— Ne vous justifiez pas. Et faites entrer madame. »

On remarquera ici l’entrée d’une dame dans le bureau. Détail qui a son importance.

« Monsieur John Johnny ?

— Lui-même, chère madame. Il n’y en a pas d’autres. Aussi puis-je vous assurer que vous avez sous les yeux l’authentique. Et cet authentique-là vous pose tout de suite une question pertinente et fondamentale : à qui ai-je l’honneur ?

— Mon nom est Amy. Amy Ami.

— Et vous habitez ?

— À Miami.

— Bien sûr. Et vous voulez savoir pourquoi vous avez tant vieilli depuis que vous y résidez.

— Pouvez-vous trouver le coupable ? C’est une affaire délicate et difficile.

— Pas pour moi.

— Comment est-ce possible ? Comment savez-vous que ce ne sera ni délicat ni difficile pour vous ?

— Le flair. L’intuition. La clairvoyance. Le génie. Le hasard. Peu importe, je le sais, c’est tout.

— Et votre conclusion ?

— Intestinale.

— Pardon ?

— Rien, je produis un humour qui dépasse souvent les capacités cognitives de mes interlocuteurs.

— Ça doit être frustrant.

— Pas le moins du monde.

— Faites comme si je n’avais rien dit.

— Ce sera difficile, maintenant que vous l’avez dit.

— Vendredi.

— Oui, samedi.

— À quelle heure ?

— L’après-midi, après mon golf.

— Je préparerai des petits gâteaux.

— J’en salive d’avance. Mais revenons à nos boutons.

— Nos moutons.

— Vous demande pardon ?

— Je disais : nos moutons. Parce que vous avez dit “revenons à nos boutons”. Mais c’est nos moutons.

— Pas du tout. Quoi que vous soyez très bêle, je ne parlais pas de moutons, mais bien de boutons.

— Quels boutons ?

— Ceux de votre ascenseur.

— Votre esprit de déduction me sidère.

— Je n’ai encore rien déduit.

— C’est une projection, car je sais que je vais être ébaubie.

— Oh ! le joli mot.

— N’est-ce pas ? Je le garde toujours en réserve, prête à le servir dans une conversation.

— Et vous le faites avec grâce.

— Non, je le fais toujours seule.

— C’est tout à votre honneur. Que puis-je pour vous ?

— Vous alliez déduire.

— Ah ! Oui, l’ascenseur.

— Je suis toute ouïe.

— Je croyais que vous étiez Amy. Mais j’ai peut-être mal entendu.

— Je ne vous suis pas.

— C’est normal. On a souvent du mal à me suivre sur le terrain de l’humour. C’est ce qui explique ma grande solitude.

— Pauvre homme.

— Merci, je lui transmettrai.

— Et donc, l’ascenseur ?

— Eh bien ! l’ascenseur, mais c’est évident, l’ascenseur, non ?

— Pas pour moi.

— Je le sais, je me parlais à moi-même, ça réduit le poids de la solitude.

— Pauvre homme, c’est désarmant.

— Ne vous en faites pas pour lui, il a un revolver. Et puis, un homme capable d’une telle déduction sur base d’un ascenseur ne peut pas être complètement malheureux.

— Cessez de ménager le suspense et dites-moi tout.

— L’enfance, le premier chagrin d’amour, les études et tout ça ?

— Non, faisons court. Juste l’ascenseur.

— Les boutons de l’ascenseur !

— Oui, les boutons, de jolis boutons bronze.

— Je l’aurais juré. Et donc, ces boutons bronze… »

Là, le héros se pencha vers son bureau, les coudes posés sur celui-ci, les mains jointes, dans une attitude subrepticement empreinte de dédain. Un détail qui a son importance.

«… ces boutons bronze, donc, vous appuyez dessus quand vous voulez aller à la plage, n’est-ce pas ?

— Votre perspicacité me trouble.

— Conservez encore quelque clarté d’esprit, je n’ai pas fini.

— La machine à déduire est lancée !

— Fletcher ! Notez ceci, c’est un bon slogan pour l’agence. Où en étais-je ? Ah ! Oui, les boutons bronze, la plage. Qui dit plage, dit mer, n’est-ce pas ? Or, la mer est salée, n’est-ce pas ? C’est une eau corrosive. Et quand l’eau coule sur vous, elle abîme votre peau. Car, écoutez-moi bien : à Miami, les flots rident, vous comprenez ?

— Je dois donc déménager ?

— Vous devez changer d’état.

— Je dois me sublimer ?

— N’allez pas si loin. Passer en Louisiane devrait suffire.

— C’est tellement évident !

— Pour moi, oui. Ça fera 500 dollars.

— Ça les vaut.

— Marengo.

— Je… »

Bientôt, une autre aventure de John Johnny ?


Texte publié par memenne, 23 mars 2026 à 19h41
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