Silence !
Les trois coups vont être donnés.
« À qui ?
— Mais à personne, Parchemin, c’est une vue de l’esprit.
— Et il a une bonne vue ?
— En tout cas, on ne l’a jamais vu chez un ophtalmologue.
— Bon, alors, ces trois coups…
— Précisément. Trois coups pour annoncer…
— Oui ?
— Annoncer…
— Oui ?
— Ah ! non, c’est… pas ça.
— Mais alors, pourquoi trois coups ?
— Tu as raison, on aurait pu en avoir quatre cents.
— Je sens que ce début tourne un peu en rond.
— Patapon.
— Héron.
— Tu dis ça comme si tu dégustais une friandise.
— Ça permet une transition habile vers la suite.
— Troisième étage, vue sur mer, l’hôtel vous offre le champagne, bien entendu.
— J’aurais préféré la suite dans les idées.
— Nous n’avons pas ça ici, monsieur, c’est un établissement sérieux.
— Tant pis. Au fait, où se trouve-t-elle, cette suite ?
— Là, entre ces deux messieurs.
— Ah ! oui, homme suite homme. C’est très clair.
— De lune ?
— De notaire, Grand Bi ! »
Le moment est venu de marquer une pause dans ce récit haletant. Entracte ! Nous vous proposons des rafraîchissements, il y a de la glace au surgélateur, n’oubliez pas le service
« En porcelaine !
— Le notaire en porcelaine ? »
Veuillez nous excuser pour cette lamentable interruption. Et ce saugrenu personnage n’a même aucun remord après avoir commis ce crime contre la bienséance chers spectacteurs chères spectatrices l’entracte est terminé nous vous prions de rejoindre vos places la pièce va recommencer
« Une pièce ? Où ça ? Et on ne m’a rien dit ?
— Mais, Parchemin, enfin, les trois coups, c’est au théâtre !
— Ah ! Oui, le coup de théâtre. L’amant dans le placard. Le cadavre dans le jardin. Le cheveu dans la soupe.
— Le rôti dans le four.
— Passons à table.
— Laquelle ?
— Celle de sept.
— Ah ! Complexe.
— Oui, Œdipe.
On nous signale quelques malaises dans le public en raison de cette avalanche de bons mots. Il est vrai que le rythme est soutenu. Quelque chose ou quelqu’un a particulièrement motivé Parchemin & Grand Bi et, il faut bien le dire, l’histoire échappe un petit peu à l’auteur.
« L’auteur n’est pas à la hauteur !
— À propos de hauteur, Grand Bi, je lis le journal et je vois ceci : “Un homme s’introduit chez son voisin et ôte sa voix”. Ça s’est passé à Annecy.
— Évidemment.
— Tout de même, on a atteint des sommets !
— Oui. C’est un terrible fait divers.
— Ça aurait pu se passer en été.
— Il n’y a plus de saison.
Ici, nos lectrices et lecteurs, en grand nombre merci de votre fidélité, pourraient tendre l’oreille pour entendre les bruits trahissant le conflit intérieur dans le chef de l’auteur, qui se demande s’il ne devrait pas mettre un terme à tout ceci. Entre deux boum et trois tacatac, vous entendrez l’auteur se demander dans quelle étagère et se promettre que l’on n’y reprendra plus. Toute la rédaction est sur l’affaire, ne quittez pas l’antenne.
« Parchemin !
— Oui, Grand Bi ?
— Rideau !
— C’était une belle pièce.
— Attends ! Ce n’est pas fini, il manque le mot de la fin.
— Oui, moi aussi, j’ai faim.
— Toujours, après le spectacle.
— Et donc, ce mot ?
— On a le choix entre argenté, anticonstitutionnellement et clochette.
— Ils se marièrent et eurent beaucoup de clochettes.
— Ça sonne bien. Mais furent-ils heureux ?
— Aucune idée. L’auteur est mort avant d’avoir pu le dire.
— Ça nous laisse sur notre fin.
— Bon appétit. »

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