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Tome 1, Chapitre 4 Tome 1, Chapitre 4
“Debout ! Il fait déjà grand jour, mon fougueux chevalier !”
    L'étranger ouvrit un oeil hésitant, grimaçant dans la lumière. Marthe se tenait sur le palier de sa masure, relevant le rideau de bure qui en marquait l'entrée, laissant le soleil inonder l'intérieur. Elle sourit en regardant son hôte, mais son visage était soucieux.
    “J’ai fait du potage. Avec des oeufs. Pour reprendre des forces.”
    Le chevalier se leva, saisit ses braies, conscient du regard brillant dardé sur lui. Il grimaça en les enfilant ; la nuit avait été plus agitée qu’il ne l’avait prévu.
    “Tu me diras pas ton nom, même maintenant ?”
    Le chevalier soupira. “Je t’ai déjà expliqué. Donne moi le nom qui te plaira.”
    “Alors ce sera Charles”, sourit-elle. “Un beau nom, Charles. Un nom de guerrier.”
    Le nouvellement baptisé Charles noua sa ceinture. Les innombrables cicatrices s'entrelaçant sur sa peau, dont certaines très cruelles, ne laissaient aucun doute sur le fait qu’un nom de guerrier était justifié ; mais ne plaidaient pas pour une quelconque beauté de la guerre.
    “Y a un truc qui a l’air de te chagriner”, fit-il enfin remarquer. “Le petit meunier est encore venu te casser les pieds ?”
    Elle secoua la tête, pensive. “J'étais avec les autres du village. Il s’est passé quelque chose de grave hier soir, pendant l’orage.”
    “De grave ?”
    “Otton. Un des gars, un gars bien, qui venait de se marier l’an dernier. Il a été trucidé par un inconnu, à l'entrée de l'église.”
    Charles leva un sourcil surpris. Il remarqua, enfin, les yeux rougis de son hôtesse. Otton avait vraisemblablement été, effectivement, quelqu’un de bien.
    “Un inconnu ? Ils l’ont lynché ?”
    “On sait pas où il est”, repondit-elle. “Y a que Jacqueline, sa femme, qui a vu le tueur. Un espèce de gars bizarre, sur un cheval.”
    “A cheval ?” s’étonna-t-il. “Tu veux dire un simple bourrin de trait, ou alors...”
    Le rideau d'entrée de la masure fut tiré d’un coup sec. Deux silhouettes se découpèrent dans la vive lumière du jour provençal. Marthe, sans mot dire, se rapprocha de son invité. Les deux hommes entrèrent, lentement et posément ; soudain tous sens en alerte, Charles les disséqua du regard.
    Les deux étaient en armes. Ils portaient une épée sur le côté, bien en vue, une jaque de cuir leur protégeaient le torse et les bras, leurs têtes étaient coiffées de casques dépareillés. L'équipement était usé et d’un entretien plus que passable. Le casque de celui de gauche était mal ajusté, de sorte qu’il n’amortirait pas grand chose d’un coup porté sur le côté; son compère avait une jaque trop étroite, qui gênait visiblement ses mouvements. Un simple blason de sinople barré d'argent, très vraisemblablement les armes de leur seigneur, était grossièrement peint sur leurs poitrines.
    Pas même de la piétaille : tout juste des domestiques déguisés en guerriers. Mais Charles refusa de relâcher son attention. Les deux avaient leurs épées à portée de main, alors que ses armes à lui étaient sur le sol, recouvertes par une large couverture, hors d’atteinte dans l'immédiat. Il leur rendit leur regard, attendant qu’ils s’expriment en premier.
    “C’est toi l'étranger qui dort chez la vieille Marthe.” Ce n’était pas une question ; le soldat constatait simplement l'évidence. “Seigneur Bressenas veut te parler.”
    “C’est qui, ça, Bressenas ?” fit-il à Marthe, sans quitter les intrus des yeux.
    “Un seigneur voisin”, répondit-elle, la voix rendue rauque par la tension. “Sa tour est pas très loin du village.”
    “Et il est du genre à bien recevoir ?” s’enquit-il.
    Le trait d’esprit ne fit qu’alourdir un peu plus l'atmosphère. Un des hommes posa doucement la main sur le pommeau de son arme.
    "Tu viens, tout de suite. Tu sais, j'ai pas l'habitude de répéter un ordre."
    L'air brûlant de l'extérieur coulait à gros bouillons par l'entrée de la masure. Une goutte de sueur, épaisse et visqueuse, parcourut lentement la tempe du soldat, y traçant un sillon grisâtre. Charles hocha doucement la tête et écarta ses mains vides face à son torse nu.
    "Je te suis. Tu me laisses un instant ? Tu ne vas pas me présenter à ton seigneur dans un tel équipage ?"
    Il recula à pas mesurés vers le tas de ses affaires, sans cesser de faire face à ses interlocuteurs. Quand ses pieds butèrent sur ses bagages, il plia lentement les jambes, posant une main sur sa tunique, l'autre sur le drap de bure recouvrant son armurerie. Un fin sourire se dessina sur ses lèvres. D'un grand coup sec, il tira sur la couverture.
    Les deux hommes se raidirent de surprise, et l'un d'entre eux recula machinalement d'un pas. L’arsenal entier du vieux chevalier luisait, rutilant ; lames, pointes et masses, bois et acier, effilé ou lourd, droit ou courbe, armes tranchantes, perforantes, briseuses d’armures ou de membres, une palette complète de violence, un orchestre de mort.
    Charles fit planer une main hésitante au-dessus de son équipement, et opta pour une épée et une courte masse, à l'aspect ramassé et brutal. Il se redressa, inspectant du regard le tranchant de la lame, et tendit un sourire rayonnant aux deux visiteurs.
    "Voilà", fit-il. "Maintenant, je suis présentable."

Texte publié par okubo, 7 juin 2015 à 13h46
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