Scène 1
Les corps humains cent pour cent naturels étaient devenus minoritaires. À trente ans la majorité des individus disposaient d'organes artificiels censés être beaucoup plus efficients et durables. Seul le cerveau, socle du moi pensait-on, demeurait inchangé. Toutefois, la plupart des gens se faisaient implanter des dispositifs informatiques leur permettant de communiquer avec tous les ordinateurs connectés au réseau mondial. Ainsi, ils avaient accès quasi instantanément à l'ensemble des connaissances qui y étaient déposées. En outre, leur raisonnement était assisté par les machines. Par exemple, s'ils se demandaient comment Galilée en était arrivé à sa loi de la chute des corps v = gt, ils étaient capables de vous expliquer chaque étape. Or, c'était précisément ce fait là qui faisait tiquer Vincent. Il disait souvent à ce propos : « ce ne sont que des singes savants ». Ce que produisait cet implant lui paraissait en effet assez curieux. Ceux qui en étaient dotés pouvaient répondre à n'importe laquelle des questions que vous leur posiez mais ils semblaient étrangers à ce qu'ils disaient. Comme s'ils lisaient un livre savant dont ils ne comprenaient pas le sens. La sensation était étrange parce que la marque habituelle de l'ignorance : le silence, la confusion, n'apparaissait pas. Ils pouvaient expliquer chaque mot qu'ils prononçaient sans pour autant faire disparaître ce malaise. C'est du moins ce que ressentait Vincent quand il leur parlait, ce qui devenait de plus en plus rare. Il faut dire qu'il était l'un des derniers « naturels » comme on les appelait maintenant. Il refusait de remplacer ses organes et de connecter son cerveau au réseau. Mais ce genre de conviction avait un coût énorme dans le monde où il vivait. Subvenir à ses besoins devenait de plus en plus difficile, la majorité des postes à pourvoir étant destinés aux « augmentés ». En outre, le gouvernement, infiltré par les plus grandes entreprises spécialisées dans l' « amélioration » de l'humain, faisait l'ardente promotion de ces technologies transhumanistes. Vincent était un paria aux yeux de ces dirigeants. On le dépeignait, lui et ceux qui refusaient l'augmentation, comme des êtres apeurés par le progrès, des passéistes qui freinaient le développement du pays. On le comparait aux religieux du dix-neuvième siècle en France qui voyaient dans la science une perdition de l'âme humaine. Le discours médiatique était univoque, les chaînes étant détenues ou sous contrôle de ces entreprises transhumanistes. Vincent était l'un des responsables d'un groupe d'activistes qui menait des opérations de sabotage et de communication contre ces entreprises. CelQuiSimpDeL, acronyme de Celui Qui S'impose Des Limites, était le nom de ce collectif. Vincent devait rencontrer une potentielle recrue aujourd'hui dans un parc situé à une vingtaine de kilomètres de chez lui. Quand il arriva à l'endroit prévu, il vit un jeune homme d'environ vingt-cinq ans assis sur un banc tenant un journal enroulé dans sa main, signe de reconnaissance dont ils avaient convenu au téléphone avant de se rencontrer. Il vint s'asseoir à côté de lui. Vincent constata que les bancs proches de celui où était assis celui qu'il venait voir étaient vides. Par ailleurs, personne ne déambulait à cet endroit précis, comme Vincent s'y attendait à cette heure-ci. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il choisissait souvent ce lieu pour ses rendez-vous clandestins. En dépit de ce vide apparent des premières heures de la matinée (il était 7h), il observa minutieusement les alentours. Rien. Finalement il vint s'asseoir à côté du jeune homme.
- Rodolphe ?
Le jeune homme paraissait stressé. Il transpirait. Il répondit d'une voix légèrement tremblante :
- Oui monsieur c'est bien moi.
- Essaye de te détendre mon vieux. Je sais que ce n'est pas facile mais il faut que notre conversation ait l'air naturel. Ça me permet de voir si tu contrôles bien tes émotions.
Rodolphe s'essuya le front. Il se concentra pour tenter de réduire sa nervosité.
- Commence par me dire pourquoi tu es là. Pourquoi veux-tu te joindre à notre groupe ? Es-tu conscient du danger de cette décision ? Les gens auxquels nous nous attaquons n'ont pas de limite, c'est même ce qui les caractérise.
Pendant qu'il parlait Vincent ne cessait de scruter le parc à la recherche d'un espion caché. La vigilance était le premier de ses devoirs. Avec le temps, elle était devenue une seconde nature. Vivre dans la clandestinité aiguisait vos sens.
- Si je suis là c'est d'abord parce que ce monde me révulse. Je ne veux pas, je n'ai jamais voulu m'augmenter. Pourtant mes proches n'ont pas cessé de m'expliquer que je faisais une erreur.
Rodolphe prenait de plus en plus d'assurance à mesure qu'il parlait. C'était un bon point aux yeux de Vincent.
- J'ai toujours trouvé qu'il y avait quelque chose de malsain au principe de cette démarche. Améliorer un mécanisme, un objet, une chose, ça se comprend mais améliorer le vivant c'est étrange. Guérir quelqu'un d'accord, augmenter l'efficacité d'un organe ça ne va plus. Si je suis là, c'est parce que vous êtes une force, l'une des rares, à lutter contre ce ras-de-marée transhumaniste.
- T'es conscient que si tu t'engages dans cette voie il n'y aura plus de retour en arrière possible ? Tu devras être vigilant à tout moment parce que nos ennemis cherchent à nous infiltrer.
Vincent avait un air sévère. Il cherchait toujours à décourager une nouvelle recrue. Il fallait des gens solides pour affronter ce puissant ennemi.
- Je le sais monsieur. Ce que j'ai fait pour pouvoir vous parler devrait vous convaincre de la force de ma motivation.
Cela faisait environ 6 mois qu'il cherchait à entrer en contact avec CelQuiSimpDeL. La première fois qu'il avait pu parler à l'un des membres du groupe, on l'avait fait attendre vingt-quatre heures devant la porte d'une maison pour finalement lui dire qu'on ne souhaitait pas le voir. Et ce scénario s'était répété une dizaine de fois. Aujourd'hui, il pouvait enfin parler directement à un membre important du réseau.
- J'ai lu vos publications parues sous le nom du groupe. Elles m'ont permis de comprendre en profondeur ce dont je n'avais qu'une connaissance vague et imparfaite fondée sur mon intuition. Je ne veux pas être passif. Je sais le risque que je prends mais je ne conçois pas de vivre en faisant comme si tout allait bien.
Vincent affichait un léger sourire compatissant et fraternel en l'écoutant. Il ne doutait pas de sa motivation. L'expérience de l'attente qu'il faisait subir à toute recrue potentielle était déjà un indice probant. Mais le collectif exigeait aussi de ses membres une certaine capacité d'analyse. Il s'agissait de bien comprendre les fondements théoriques qui faisait du transhumanisme le plus grand danger actuel de l'humanité. Vincent décida donc de le tester.
- Tu dis avoir lu nos publications, tu saurais donc répondre aux arguments des augmentés ?
- Bien sûr ! Répondit-il en lançant un regard déterminé à son interlocuteur.
- Très bien. L'argument le plus fréquent c'est que le remplacement des organes nous fait vivre plus longtemps. En quoi est-ce un mal ? Ne souhaites-tu pas vivre plus longtemps ?
Rodolphe était pris au dépourvu il ne s'était pas attendu à devoir débattre. Il avait des réponses à ce genre d'arguments mais sur le moment il y eut un silence. Finalement, il commença à élaborer un raisonnement.
- C'est un argument de bon sens je dirais. On ne voit pas a priori pourquoi ce serait un mal. Si on réfléchit un peu, on se rend compte qu'on passe d'une médecine qui soigne à une médecine qui améliore. Ce n'est plus du tout la même démarche. Dans un cas on cherche à diminuer la douleur, à rendre la vie plus supportable. Il y a un principe de compassion qui est à l'œuvre dans le soin. Un principe éminemment humain. Dans le second cas, c'est le principe de performance qui s'exprime. Il s'agit de rendre l'humain plus efficace, plus productif. Son corps n'est qu'une machine que l'on doit améliorer. Ici il n'y a aucune compassion mais une pure rationalité instrumentale. La même que celle qui optimise la production en régime capitaliste. Voilà à peu près ce que je répondrais.
Vincent avait apprécié les propos de Rodolphe. Soudain son ouïe entraînée distingua ce qui ressemblait à des voix. Il interrompit instantanément l'entretien. De toute façon le test était concluant. Puis, juste avant que chacun ne quitte le parc séparément Vincent lui expliqua qu'il le présenterait aux autres le soir même.
Scène 2
Le président-directeur général de Surhuman animait une réunion au sommet d’une tour vitrée. L’entreprise, leader mondial dans la greffe d’organes artificiels, possédait des dizaines d’immeubles comme celui-ci. Il présentait à de très gros investisseurs la dernière invention en date de son génial directeur de recherche, le docteur Frankenstein du vingt-et-unième siècle. La création consistait en un kit d'améliorations organiques comprenant un cœur artificiel capable de battre beaucoup plus rapidement et avec plus de force que tous les cœurs existant actuellement ; un estomac capable d’assimiler toute matière organique, de la viande crue aux déchets végétaux ; un foie boosté exécutant beaucoup mieux que ses prédécesseurs ses trois cents fonctions vitales et enfin une moelle osseuse en mesure de générer un taux de globules rouges comparable aux dopés à l'EPO de la fin du vingtième siècle. Les participants étaient réunis autour d'une table, les yeux rivés sur un écran qui leur détaillait les caractéristiques techniques des appareils et les opportunités énormes de profit qu'ils pouvaient escompter s'ils investissaient dans ce projet.
- Messieurs, ce que je vous présente ici va tout révolutionner.
Un sourire carnassier se dessinait sur son visage pendant qu'il jouait sa représentation. Louis était sur scène. L'apparence, la première impression que l'on faisait à son interlocuteur, tout cela était déterminant pour le PDG de Surhuman. Il portait un costume de grande marque, très chic, que très peu de gens pouvaient se payer. Ses chaussures luxueuses noires et brillantes, incrustées de diamants, reflétaient ses dents de requins. Sa coupe, ainsi que les soins apportés à ses cheveux, avaient été choisis avec une extrême minutie. Il fallait que les investisseurs qui traitent avec lui aient la conviction qu'ils négocient avec le sommet de la hiérarchie. Il s'appelait officiellement Louis Cypher mais tout le monde le connaissait sous le nom de Louis XIV le Roi Soleil. C'est ainsi qu'il se voyait, comme la source principale de lumière de notre époque. Louis aimait briller. Il aimait encore plus l'argent. Il était d'ailleurs la personne la plus riche du monde.
- Le kit SHN (Sportif de Haut Niveau) va transformer en profondeur le sport. Plus aucun athlète de premier plan ne pourra espérer le rester sans la mise en place du kit. Comme vous le savez les réglementations internationales de chaque discipline admettent depuis quelques années une égalité entre augmentés et naturels. Nous allons fournir au monde le sportif du futur.
Pendant qu'il parlait ses yeux restaient grands ouverts. On eût dit qu'il était dans un état de transe mystique, comme si les mots qu'il prononçait étaient des formules magiques.
- Messieurs, imaginez le marché énorme qui s'offre à vous. Nous l'avons déjà estimé à plusieurs centaines de milliards d'euros.
La dizaine d'investisseurs qui se trouvaient réunis affichaient de larges sourires. En outre, on aurait dit que sur leurs yeux se dessinait le symbole de la monnaie européenne. L'un d'eux cependant, moins satisfait que les autres, prit la parole.
- Est-ce qu'on risque pas de tuer définitivement le sport ? Les naturels disparaîtront complètement des grandes compétitions et on se retrouvera au fond avec une bataille technologique entre augmentés.
Serge avait posé cette question sans en mesurer les conséquences. Si son travail consistait à rechercher à tout prix le profit, une part de lui bien enfouie éprouvait de la culpabilité. C'est elle qui venait de se manifester. Trop tard pour se rattraper. Et le Roi Soleil sourit de ses grandes dents carnassières avant de répondre sans pitié.
- J'espère que vous plaisantez. J'ai réuni ici des gens qui ont les yeux tournés vers l'avenir et qui veulent s'enrichir, pas des militants anti progrès.
L'investisseur qui avait pris la parole rougit instantanément. Ils reprit, confus.
- Vous vous méprenez Louis. Mon intention c'était justement de prévenir les actions de protestation qui pourraient venir des militants anti augmentation.
Louis lâcha un rire sonore.
- Vous vous inquiétez de peu de choses Serge. Ces gens ne sont rien ; les derniers vestige d'une humanité terrorisée par le progrès.
- Je le sais bien Louis. Mais certains nous posent des problèmes. Je pense à ces activistes de CelQuiSimpDeL.
- À part quelques ralentissements dans nos projets ils n'ont rien fait. Cette lie de l'Humanité disparaîtra rapidement avec le temps. Qui donc peut encore les écouter ?
À la fin de la réunion, qui s'était fort bien déroulée puisque les investisseurs avaient déposé une part substantielle de leur capital dans l'entreprise, Louis descendit un étage plus bas pour se rendre au bureau de son directeur de recherche.
Scène 3
- Est-ce que le kit SHN est disponible pour une production en série ? Demanda Louis, inquiet.
- Bien entendu, lui répondit Franky qui s'appelait en réalité Franck Muller. Tu crois vraiment que ces gadgets pourraient me causer le moindre problème technique alors que j'en suis déjà à concevoir un corps artificiel entier ?
Louis lui sourit. Il adorait cet homme. Non seulement pour son exceptionnelle intelligence mais aussi pour son ambition sans limite, les deux étant peut-être liées.
- Est-ce que tu mesures Louis que nous sommes très proches d'un tournant majeur, peut-être même ce que certains nomment pour l'IA, une singularité. Nous allons nous débarrasser de nos vieux corps inadaptés.
- Je n'en doute pas mon vieux mais je n'ai pas le temps pour une discussion philosophique. Je voulais juste m'assurer que tout était prêt pour le kit.
Louis connaissait par cœur et approuvait les thèses transhumanistes de Francky. C'était une pointure dans son domaine tout comme il était lui-même le meilleur pour faire des affaires. Ce qui unissait les deux plus fondamentalement, c'était leur absence totale de limite morale. Tous les principes éthiques qu'on pouvait brandir contre leur projet étaient pour eux une façon habile de déguiser sa peur. De toute façon, on ne pouvait pas freiner le progrès. Et si des cobayes humains avaient péri lors de la conception des premiers organes artificiels, ce n'était que des dégâts collatéraux. Ils avaient permis à Louis de devancer ses concurrents et à Francky de faire des avancées décisives dans sa science. La puissance politico-économique de XIV lui avait permis d'étouffer l'affaire. Quand Louis quitta le bureau de Francky, ou plutôt son laboratoire improvisé, celui-ci se replongea immédiatement dans ses recherches. L'une des fonctions sur laquelle il bloquait encore pour le remplacement intégral du corps humain était la vue, exception faite du cerveau bien entendu. L'œil était un instrument extrêmement sophistiqué dont il avait du mal à reproduire toutes les fonctionnalités. Mais il y parviendrait, il en était sûr. Le plus gros problème qu'il avait à affronter était le cerveau et cela pour des raisons à la fois techniques et éthiques. Bizarrement, ce n'était pas le premier type de raison qui était un obstacle majeur. Il serait capable un jour de dupliquer et d'améliorer ce qui faisait la fierté des humains. Non, la vraie difficulté était d'ordre philosophique. Personne n'accepterait de remplacer son cerveau par un organe artificiel plus performant sachant que cette opération détruisait l'organe naturel. C'était à première vue un suicide. Mais si une copie de nous-même améliorée continuait d'exister, pouvions-nous réellement appeler cela un suicide ? Francky aurait été le premier à pratiquer cette amélioration complète. Il repensait souvent à cette citation du Zarathoustra de Nietzsche : « l'homme est une corde tendue entre l'animal et le surhomme, une corde au-dessus d'un abîme. ». Autrement dit, l'homme n'est pas une fin mais un passage. Mais pour Francky, seuls les grands esprits étaient capables de comprendre et d'honorer cette suprême vérité jusqu'à ses dernières conséquences. Il ne s'agissait pas de se conserver mais de se dépasser, de franchir toutes les limites possibles. La plus grande difficulté consistait donc à convaincre les gens de cette évidence. Mais les autres n'étaient qu'un troupeau de bêtes de sommes, des demi mongoliens incapables de prendre un peu de hauteur par rapport au présent. Ils n'accepteraient jamais l'augmentation intégrale. Il faudrait trouver un subterfuge voire l'imposer de force.
Scène 4
Il était 23h. Rodolphe se trouvait devant l'entrée de la maison qu'il ne connaissait que trop bien. C'était devant elle qu'il avait attendu pendant des heures qu'un membre du groupe vienne lui parler. Une dizaine de fois, après une journée d'attente, on était venu lui dire que personne ne le verrait le soir et qu'il pouvait rentrer chez lui. Mais aujourd'hui c'était différent. Il avait été accepté par le fondateur du groupe. On allait le présenter aux autres. Enfin, son engagement intellectuel allait déboucher sur une action concrète. Il rattachait son acte à un débat théorique qui avait parcouru philosophie sociale au vingtième siècle : le lien entre théorie critique et praxis. Si la critique du capitalisme avait été faite, comment se faisait-il que la révolution prolétarienne ne soit pas advenue, se demandait un philosophe comme Adorno. Si la théorie ne menait pas à la transformation du monde, comme y invitait Marx dans ses thèses sur Feuerbach, c'est qu'il lui manquait quelque chose. Rodolphe s'intéressait à cette question. Et son entrée en lutte de façon concrète alors qu'il possédait également la connaissance théorique lui paraissait être la réponse à ce hiatus. En outre, Rodolphe avait hâte de côtoyer des gens qui avaient contribué à lui faire comprendre en profondeur les mécanismes de domination à l’œuvre dans la société. Les membres du groupe CelQuiSimpDeL publiaient régulièrement de petits ouvrages de critique sociale, pamphlétaires. Rodolphe les avait tous lus. Leur style direct, chirurgical dans l'analyse, virulent contre l'ennemi était particulièrement roboratif pour tout ceux que l'époque exécrait; ceux qui n'adhéraient pas à la soi-disant utopie technologique.
À 23h15 Vincent arriva devant l'entrée de la maison. Il avait toujours ce regard scrutateur. Et même si les membres du groupe déployaient tout le zèle dont ils étaient capables pour surveiller l'endroit, le chef n'était pas tout à fait serein. Il adressa malgré tout un sourire bienveillant à Rodolphe.
- Tu es prêt ? N'oublie pas, dès que tu auras franchi cette porte plus aucun retour ne sera possible.
Rodolphe acquiesça du chef. Vincent ouvrit la porte. Ils débouchèrent sur une grande pièce où une vingtaine de personnes se trouvaient réunies. Des grappes de deux à trois individus discutaient entre eux, l'air déterminé. Personne n'avait vraiment fait attention à l'arrivée des deux nouveaux. Vincent prit la parole.
- S'il vous plaît ! Je vous demande votre attention !
Tout le monde s'arrêta, la tête tournée en direction de Vincent. On trouvait tout type de personne dans cette assemblée. Du plus jeune au plus vieux. Des blancs, des noirs, des asiatiques, des hommes et des femmes. On aurait presque dit une campagne pour la diversité. Mais ce n'était que l'effet d'une impartialité totale dans le choix des admissions. Une atmosphère à la fois tendue et respectueuse se dégageait du groupe. Chacun avait conscience d'être passé du côté de ceux qui subissent l'histoire à celui de ceux qui la font. Toute nouvelle arrivée était la bienvenue pour alimenter des forces de rébellion beaucoup trop peu nombreuses. D'ailleurs, personne n'était jamais totalement tranquille en ce lieu. On craignait que l'ennemi ne finisse par découvrir le terrier du lapin. Vincent poursuivit l'intronisation du nouveau.
- Je vous présente Rodolphe. Il rejoint la cause aujourd'hui. Julie, je voudrais que tu le renseignes sur l'action que nous sommes en train de préparer. Quant aux autres accueillez le comme on sait le faire.
Tout le monde vint serrer la main à Rodolphe et se présenta. Quand arriva Julie, une femme d'une cinquantaine d'années au regard incisif mais au sourire chaleureux, elle le conduit dans une pièce à part.
- La société Surhuman, ça te dit quelque chose ? Demanda-t-elle à peine installée sur sa chaise.
- Oui c'est eux qui sont leaders dans la production d'organes artificiels. C'est une énorme multinationale capable d'influencer les politiques.
- OK mais est-ce que tu sais qu'il fournissent des organes artificiels premiers prix ?
- J'ai entendu parler de ça. C'est possible. J'avoue que je ne connais pas grand-chose à ce sujet.
En exposant son ignorance, Rodolphe se sentit un peu honteux.
- Dans ce cas je vais t'éclairer. Sache que ces organes ont causé des maladies, voire la mort, de certains de ceux qui en étaient dotés. C'est une information dont tu n'entendras jamais parler dans les médias mainstream, tu t'en doutes. Figure toi que nous avons réussi à nous procurer un document qui recense tous les problèmes médicaux générés par ce matériel. Ce sont des statistiques produites par la multinationale elle-même. Elles étaient censées rester secrètes. Notre plan consiste à diffuser ce document et une explication claire de ce qu'il contient sur le plus gros site d'information du pays. Pour cela nous devons le pirater. Est-ce qu'à tout hasard tu aurais des compétences en la matière ? Demanda-t-elle en souriant.
En réalité, Julie connaissait déjà la réponse à cette question puisque Vincent l'en avait informée. En effet, Rodolphe s'était intéressé assez tôt à l'informatique, moins par envie que par nécessité. Quand sa conscience politique émergea, il comprit rapidement qu'il devait maîtriser les outils de l'ennemi.
- Oui je connais très bien, je pourrais aider, répondit Rodolphe content de pouvoir montrer son utilité.
- Parfait, te voilà responsable de l'opération de piratage, lâcha Julie avant de s'éclipser.
Pendant plusieurs jours, Rodolphe mit toutes ses connaissances informatiques et son énergie au service de cet objectif. Il utilisa les PC sécurisés présents dans la maison. Quand enfin, après de nombreux efforts, il trouva une faille dans le site Actu France, il modifia la page d'accueil de ce dernier. Celle-ci affichait désormais un tableau récapitulatif du nombre de morts et des maladies en France, causés par les organes artificiels à bas coût de la société Surhuman. En outre, ce tableau était accompagné du texte suivant :
La multinationale Surhuman ne veut pas que vous sachiez qu'elle vous refourgue des babioles ! Sur le marché de la transplantation d'organes de synthèse où cette société est leader, il existe une hiérarchie de classe. Pour les riches, des organes fiables et durables, pour les pauvres, des produits de mauvaise qualité qui les rendent malade ou les tuent. Le tableau que vous voyez est un document de Surhuman qui recense le nombre de morts et de malades que ses produits discount ont engendrés. Ceux qui, aujourd'hui, n'ont que le mot progrès à la bouche oublient sans cesse de vous dire qu'il ne sera pas pour tout le monde. Ils vous vendent de l'humain augmenté mais cette augmentation est à deux vitesses.
Le collectif CelQuiSimpDel rejette toute forme d'augmentation. Il considère que l'humain est précisément Celui Qui S'impose Des Limites.
CelQuiSimpDeL
Le message et le document purent rester accessibles environ une heure avant d'être supprimés. Pendant ce laps de temps, cent mille personnes les consultèrent. Ces cent mille personnes en parlèrent à leur entourage si bien qu'au bout de quelques jours c'était devenu une affaire nationale.
Scène 5
Les cliniques et les hôpitaux étaient submergés d'appels de personnes possédant ces organes artificiels bon marché. Beaucoup d'entre elles se rendaient directement dans ces établissements de santé, inquiètes et tendues. Des manifestations spontanées se formaient devant la maison mère de Surhuman. Mais elles étaient arrêtées brutalement par les forces de l'ordre présentes en nombre. La situation dégénérait tellement que les médias mainstream, habituellement de simples relais de la parole gouvernementale, se sentaient dans l'obligation de rendre compte de cette agitation. Il fallait en effet maintenir un semblant d'indépendance journalistique. Du côté du Roi Soleil, l'action militante de CelQuiSimpDeL l'avait mis dans une rage folle. La divulgation de ce document interne très confidentiel mettait en péril le lancement sur le marché de son kit SHN. Les investisseurs qu'il avait reçu quelques jours plus tôt commençaient à s'interroger sur la viabilité de ce projet. Il fallait agir vite pour éviter de transformer ce fâcheux événement en catastrophe financière. Mais, fort heureusement, Louis avait un accès direct au président de la République française. Rien de plus normal pour le Roi Soleil. Au téléphone, alors que le chef d'État était en plein sommet international, Louis lui demanda de faire rapidement redescendre la tension autour de son entreprise. Le lendemain, le porte parole du gouvernement fit une déclaration qui passa en direct sur toutes les chaînes de télévision, les stations de radio et les sites d'information. Voici ce qu'elle disait :
« Françaises, français, comme vous le savez notre pays traverse un moment de tension au sujet des organes artificiels fournis par la société Surhuman. Nous l'affirmons clairement, le document que certains d'entre vous ont consulté sur le site actu France est un faux. Aucun des organes artificiels vendus par Surhuman ne représente un danger pour ses acquéreurs. Soyez-en assuré, tous ces produits médicaux ont fait l'objet d'une lourde batterie de tests par des laboratoires spécialisés indépendants. Or, absolument aucun d'entre eux, nous vous le garantissons, n'ont révélé le moindre danger. Les résultats de ces tests sont d'ailleurs disponibles sur le site gouvernemental. À ce jour, il n'y a donc aucun cas de maladie ou de décès imputable aux organes artificielles de la société Surhuman. C'est pourquoi je voudrais exprimer ici la plus grande fermeté du gouvernement à l'égard de ceux qui ont propagé ce mensonge. Nous allons mobiliser toutes nos forces pour retrouver et démanteler le groupuscule terroriste qui se fait appeler CelQuiSimpDeL. Ces personnes n'ont pas d'autres ambitions que de provoquer le chaos dans le pays. Ne vous laissez pas séduire par leur discours catastrophiste et réactionnaire. Nous ne céderons jamais devant la terreur et l'obscurantisme. »
Louis était pleinement satisfait de cette intervention. Déjà la tension retombait dans le pays. Au QG de CelQuiSimpDeL, les avis étaient plus partagés. Une trentaine de personnes étaient réunies autour d'une dizaine de tables regroupées au centre de la pièce. On discutait des résultats de l'action.
- Je veux que chacun dise s'il considère ou non cette opération comme un succès et pourquoi, demanda Vincent en maître de cérémonie.
Julie prit la parole en premier.
- Pour moi, c'est un indéniable succès. Le Roi Soleil a dû faire dans son froc. Les gens se sont mobilisés spontanément devant le siège social de Surhuman. L'action de la société a même fortement chuté pendant un moment. Évidemment, on se doutait que les politiques allaient s'en mêler et nous discréditer. Leur forte réaction montre qu'on leur a fait mal. Il faut qu'on continue comme ça. C'est ce genre d'action bien menée qui contribuera à réveiller les gens. Ils en viendront à se retourner contre ces sociétés qui leur vendent du rêve.
D'autres personnes prirent la parole. Certaines pour abonder dans le sens de Julie, d'autres pour la réfuter. Le principal argument qu'on lui opposait, c'était que désormais ils seraient considérés comme des terroristes. Le pouvoir allait décupler ses forces contre eux. Leur survie même en tant que groupe était menacée. Après que tout le monde ait donné son avis, Vincent reprit la parole.
- Je vous remercie d'avoir partagé votre sentiment. Rodolphe, il me semble que tu n'as encore rien dit ?
Le jeune homme avait écouté tout le monde en silence mais on sentait qu'il bouillait intérieurement. Aussi quand Vincent l'invita à parler il se précipita sur l'occasion pour vider son sac.
- J'admets que cette opération a l'apparence d'un succès. Des centaines de milliers de personnes ont pu voir que XIV se foutait royalement de leur gueule. Il y a eu des manifs. Et Cypher a même vu la valeur de sa société baisser à la bourse. Mais c'est un succès en trompe l’œil. Regardez comme la situation s'est arrangée rapidement pour lui. Cet enfoiré a tous les médias et les politiques avec lui. On ne pourra jamais l'atteindre par la voie pacifiste. Il ne paiera jamais pour ce qu'il a fait. On doit appliquer la justice nous-mêmes. Et pour moi, il mérite la mort.
Tout le monde avait écouté attentivement Rodolphe. Son air déterminé et solennel n'y était sans doute pas étranger. On sentait que la dernière phrase divisait. Certains approuvaient, d'autres y étaient foncièrement hostiles, les derniers tentaient de comprendre. Vincent sentit que ce qu'il répondrait pouvait avoir une importance cruciale pour l'avenir de Rodolphe dans le groupe et peut-être pour le groupe lui-même. Il avait toujours été un partisan de la non violence mais il savait que cette position devenait de moins en moins majoritaire au sein du groupe.
- Je comprends tout à fait ton sentiment Rodolphe. Ce type commet des crimes et il est normal qu'il subisse le même sort. Œil pour œil, dent pour dent. Mais est-ce que ça ressemble à nos principes de justice ? Est-ce qu'on en est toujours à la loi du talion ? Interrogea Vincent, profondément peiné par la proposition de Rodolphe.
- Je comprends tout à fait ce que tu dis Vincent. Évidemment qu'en droit la loi du talion n'est pas la justice qu'on défend ici. Mais nous sommes dans le vrai monde et non dans celui éthéré de la philosophie morale. Nos ennemis n'ont pas de principe et ça les rend plus dangereux. Il faut qu'on leur fasse peur, qu'ils sachent que nous aussi on peut être méchant. Si on continue avec nos actions pacifiques, on ne les arrêtera pas.
L'atmosphère était de plus en plus pesante. Une fracture se dessinait dans l'assemblée silencieuse. Julie, qui partageait pleinement la vision de Vincent, intervint à nouveau.
- On ne peut pas abandonner nos principes Rodolphe. Qu'est-ce qui nous distinguera de ceux que nous combattons sinon ? Ceux à qui nous voulons ouvrir les yeux, que se diront-ils en voyant que nous sommes capables de tuer ? Et nos ennemis utiliseront cela contre nous. Ils diront : voyez comme ils sont violents ; toutes les révolutions mènent à la dictature. Notre victoire est déterminée par notre capacité à suivre les principes que l'on proclame.
Rodolphe était sur le point de répondre quand la sonnette de l'entrée résonna. Tout le monde se dispersa dans les différentes pièces comme c'était prévu en pareille situation. Vincent regarda à travers l’œilleton de la porte. Un homme jeune tenait un colis sous le bras. Le chef ouvrit la porte.
- Monsieur Soulèze ? Demanda le livreur.
- C'est la maison d'à côté répondit poliment Vincent.
Le livreur quitta les lieux. Vincent referma la porte. Désormais il avait un problème avec Rodolphe.
Scène 6
Quelques jours s'étaient écoulés depuis l'incident d'Actu France. Si Louis se sentait rassuré du retour à la normale de la situation, Francky, le directeur de recherche de Surhuman, était toujours inquiet. Le scandale sanitaire qui avait menacé la société, même pendant une très courte période, exigeait que l'on prenne des mesures drastiques contre ce groupuscule. Celui-ci menaçait ses recherches. Il était proche de l'artificialisation intégrale. Il lui était inimaginable qu'une telle avancée scientifique puisse être empêché par quelque gourou moyenâgeux. Aussi, un soir vers 22h, certain d'y trouver Louis, il frappa à la porte de son bureau. Celui-ci était situé au dernier étage de la tour Soleil, premier édifice construit de l'empire de XIV.
- Francky ! Qu'est-ce qui t'amène ici vieux ? Lança amicalement Louis.
- On ne peut pas en rester là Louis. Nous devons neutraliser ces terroristes de CelQuiSimpDeL.
Francky avait l'air extrêmement inquiet et déterminé.
- Comment ça ? Interrogea Louis circonspect.
- Il faut les empêcher de nuire définitivement. On ne peut pas prendre le risque de faire échouer la plus grande découverte de l'humanité. Je peux te le garantir Louis, d'ici cinq ans je serai en mesure de dupliquer et d'améliorer entièrement les êtres humains. Je sais que tu as les moyens de les éliminer. Tu es un homme extrêmement puissant. Sers-toi de ta force au nom de l'intérêt général !
Francky transpirait abondamment. Ses cheveux étaient en bataille. Son apparence manifestait son agitation intérieure. Cela ne faisait que donner plus de poids à sa proposition aux yeux de Louis. Si son directeur de recherche était dans cet état, c'est qu'il fallait prendre au sérieux son discours.
- Je connais des gens qui pourraient nous aider, effectivement. Le meilleur moyen ce serait d'éliminer les responsables au sein du groupe. Sans chefs, CelQuiSimpDeL s'éteindra.
Pendant que Louis et Francky discutaient de l'élimination de Vincent, celui-ci se trouvait en compagnie de Rodolphe qu'il avait invité chez lui. Il aurait voulu le convaincre de l'importance de la résistance pacifique ou au moins comprendre pourquoi Rodolphe semblait si prompt à l'usage de la violence.
- Est-ce qu'on peut reprendre notre discussion sur les futurs actions du groupe ? demanda Vincent alors qu'ils étaient au milieu de leur repas.
Rodolphe avait attendu cet instant depuis son arrivée chez Vincent. Il avait tout de suite su le véritable objet de cette invitation. Aussi, il entra de suite dans le vif du sujet.
- Je sais que l'acte de tuer n'est pas audible pour un pacifiste. Dans ce cas laisse moi te poser une des questions morales typiques : est-ce que tu contestes l'idée que si on avait pu tuer Hitler avant son accession au pouvoir, c'eût été une action hautement morale ?
- Et tu l'aurais tué pour quel motif ? À ce moment-là, il n'avait commis aucune atrocité.
- Très bien. Je ne vais pas entrer dans ce type de débat. Imaginons plutôt alors qu'on ait la possibilité de le tuer alors qu'il a déjà commis une partie de ses effroyables crimes. Ne serait-ce pas la plus haute action morale possible ? N'empêcherait-elle pas une grande quantité de mal ?
Rodolphe était sûr de lui. Ses arguments lui semblaient irréfutables.
- Je ne crois pas que ce serait une action de haute valeur morale. Par contre ce serait sans doute l'action la plus facile et la plus évidente. Ta façon de voir suppose que le fait de donner la mort n'est pas un problème en soi. On peut tuer si on a une bonne raison. Dans le cas d'Hitler on dira que c'est un monstre. On justifiera sa mort en disant qu'un être capable de telles atrocités ne mérite pas de vivre ou encore qu'il faut l'empêcher définitivement de commettre d'autres crimes. En d'autres termes, on invoquera nos critères moraux. Mais lui, de son côté, lorsqu'il a tué, ou plutôt fait tuer, tout ceux qu'il considérait comme ses ennemis, il l'a fait au nom de ses critères moraux. Il pensait que le peuple allemand était menacé de destruction. Évidemment, de notre point de vue ce que je dis est inaudible mais je ne fais que mettre en avant le problème que pose l'acceptation de la mise à mort. Aucune peine capitale ne devrait être acceptable. Si nous refusons ce principe, nous pourrons toujours nous retrouver dans un contexte où il sera légitime de tuer quelqu'un alors que nos valeurs d'aujourd'hui nous l'interdiraient. On pourrait un jour considérer, par exemple, que les pédophiles sont monstrueux et qu'il est légitime de les tuer. La seule façon d'éviter ça, c'est de proscrire la mise à mort par principe et d'accepter que c'est un acte de décivilisation. Et nous devrions même pousser le raisonnement plus loin à propos du système pénal. Je ne sais pas si tu connais ce penseur début du vingt-et-unième siècle, Geoffroy de Lagasnerie, qui a produit de nombreux ouvrages sur le système pénal. Rodolphe fit non de la tête. Il montre que le punitivisme, concept qu'il invente pour qualifier un système pénal qui combat le crime par la peine, ne fait pas diminuer la violence dans la société. Mieux, il n'y a pas de lien entre la sévérité des peines et le degré de violence d'une société. D'ailleurs, mon cher Rodolphe, si tu réfléchis d'une manière purement logique, tu constateras qu'il n'y a aucune nécessité à ce qu'un mal subi par la victime de la part de l'agresseur soit annulé par le mal subi par l'agresseur de la part du système pénal. Ici il n'y a pas annulation mais addition du mal. Voilà pourquoi je pense que tuer XIV est une erreur fondamentale. Qu'en penses-tu ?
Vincent avait fait un long monologue. Il espérait que Rodolphe avait au moins écouté, même s'il ne se faisait aucune illusion sur la portée de quelques arguments. Mais le jeune homme avait été très attentif. À certains moments de ce long tunnel on avait eu l'impression qu'il avait été perturbé. Mais ce qu'il répondit à Vincent n'en montrait rien.
- Ce que tu dis est très beau. Ça me rappelle Jankélévitch au journal de vingt heures au début des années quatre-vingt. Il venait s'exprimer sur la peine de mort alors que la France était en plein débat sur son abolition. J'avais découvert cet extrait quand je me formais à l'éthique. Il disait en substance qu'une justice humaine devrait dépasser la loi du talion. C'était précisément cela la civilisation. Dieu sait que j'aime cet être-au-monde si singulier du philosophe mais encore une fois nous ne vivons pas dans un monde théorique. Il n'est pas question de quantité de mal annulé ou additionné mais de la vraie vie. Mes tripes me disent, cher Vincent que j'admire, que celui qui se fait appeler, dans son obscène mégalomanie, Louis XIV le Roi Soleil, doit être éliminé de la surface de la terre. Je ne pourrai pas le justifier philosophiquement aussi bien que toi mais je sais au fond de moi que la vérité réside dans l'élimination de ce déchet de l'humanité.
Vincent était envahi d'une profonde tristesse en entendant ce gamin sincère légitimer le pire acte qui soit à ses yeux. Il lui adressa un sourire discret mais compatissant. Une manière de lui dire qu'il acceptait qu'il n'en soit que là.
- Écoute Vincent, je vais être honnête avec toi. Sache que j'ai parlé avec quelques personnes du groupe qui sont sur la même ligne que moi. Nous préparons une action contre XIV.
Vincent se sentit trahi. Il avait lui-même amené la graine de discorde qui ferait sauter le groupe.
- Tu ne peux pas faire ça Rodolphe. Tu nous condamnes tous.
- Je suis désolé mon ami mais quelqu'un doit s'y coller.
Sur cette dernière phrase Rodolphe quitta la table et l'appartement de Vincent.
Scène 7
Louis avait chargé l'un de ses innombrables subordonnés d'entrer en contact avec une organisation mafieuse qu'il connaissait et avec qui il avait déjà traité. Il avait généralement recours à eux pour de l'espionnage industriel. Mais cette fois la demande était plus délicate, il s'agissait d'éliminer quelqu'un. Ce n'était pas la première fois que Louis réclamait ce genre de service à l'organisation. Il avait fait disparaître quelques années auparavant un journaliste indépendant qui fouinait un peu trop dans ses affaires. L'opération à mener contre CelQuiSimpDeL consistait en trois phases. Premièrement, identifier tous les membres et leur statut au sein du groupe. Deuxièmement, désigner les responsables à enlever afin de se réserver une discussion avec eux. En effet, Louis et Francky voulait leur parler de vive voix. Ils désiraient connaître leur ennemi. Une conversation avec eux permettrait de les tuer d'abord symboliquement avant de passer à la troisième phase, la mise à mort. Au bout de quelques semaines, l'organisation mafieuse, aidée d'une institution étatique, le renseignement,- car l'immense pouvoir de Louis lui permettait d'utiliser la puissance publique à son profit -, fournissait au Roi Soleil tous les noms et statuts des membres de CelQuiSimpDeL. La phase deux était sur le point de s'enclencher.
De son côté, Rodolphe élaborait minutieusement un plan d'action pour tuer Louis Cypher en compagnie de cinq autres membres du groupe. Il n'avaient pas été exclus de CelQuiSimpDeL, mais l'ambiance au sein du collectif était tendue. D'ailleurs, les deux nouvelles tendances, pacifiste et réaliste, évitait de se croiser. Vincent ne pouvait que constater, impuissant, la désagrégation d'un groupe de résistance qu'il avait mis tant d'efforts à bâtir. En outre, il ne se doutait pas qu'il était maintenant sur la liste des personnes à éliminer, avec Rodolphe, par l'organisation engagée par XIV. La surveillance mise en place par celle-ci, aidée des moyens techniques du renseignement français, avait montré que d'une part, Vincent était ce qui s'apparentait le plus à un chef dans ce collectif activiste, et d'autre part, que Rodolphe préparait un attentat contre Louis. XIV avait donc décidé de les enlever avant de les tuer. Les informations qu'ils avaient obtenues sur ces deux individus retraçaient leur parcours. Vincent avait cinquante-deux ans, comme Louis. En tant que naturel, il exerçait de petits boulots sur lesquels les augmentés n'avaient pas un avantage significatif. Pourtant, jusqu'à ses trente-cinq ans, il avait été professeur de philosophie avant de devenir obsolète à cause des implants cérébraux. Ces derniers permettaient à chacun d'accéder à toute la connaissance du réseau, rendant a priori inutile tout apprentissage. Pendant cette période tragique de l'enseignement, Vincent avait publié un article dans un quotidien national. Il y expliquait que les implants allaient produire des générations de singes savants ayant et donnant l'illusion de connaître. Les réflexions qu'ils produiraient ne seraient qu'un verbiage creux où tout se vaudrait. L'apprentissage était un processus long à l'issue duquel la matière apprise se transformait, intégrant le point de vue singulier de l'apprenant. Quelques années plus tard, Vincent avait fondé ce groupe dont on connaissait l'existence avant tout par ses publications collectives. Rodolphe, quant à lui, était âgé de vingt-six ans. Tout comme Vincent c'était un naturel. Parmi ses achats, auxquels avait accès le renseignement, on trouvait de nombreux ouvrages de critiques sociales : Le Capital ; La Société du Spectacle ; Capitalisme, désir et servitude ; L'insurrection qui vient ; etc. Le rapport de l'organisation soulignait le fait que Rodolphe ait dû comprendre par lui-même des ouvrages souvent difficiles d'accès. En effet, les établissements scolaires avaient disparu à cause des implants cérébraux et Rodolphe était un naturel. Cela montrait sa motivation et sa persévérance dans un monde où l'effort était de plus en plus difficile à consentir. En outre, certains livres qu'il s'était procuré étaient illégaux. Il s'agissait de manuels de guérilla urbaine ou de guides pour fabriquer des bombes à partir de produits du commerce. On comprenait donc que Rodolphe n'aurait eu aucun scrupule à recourir à la violence dans son activisme politique. Vincent lui-même ne disposait pas de ces informations en dépit de l'enquête qu'ils avaient mené avant de l'intégrer au groupe.
Vincent et Rodolphe furent enlevés le même jour. Pendant l'opération, on leur administra un puissant somnifère. Ils se réveillèrent quelques heures plus tard dans une pièce fermée, sans fenêtre. Chacun était étendu sur un lit, attaché. La lumière au néon était allumée. En réalité, ils se trouvaient dans les sous-sols de la tour Soleil. Vincent commençait à se réveiller. Il peinait à ouvrir les yeux. Il se sentait pâteux. Lorsque les premières images furent transmises à son cerveau par sa vue fatiguée, il crut d'abord qu'il rêvait. Au bout de plusieurs dizaines de secondes son jugement logique sortit de son engourdissement. Il comprit qu'il ne dormait pas, qu'il n'était pas chez lui et qu'il avait probablement été enlevé, avec Rodolphe, par des sbires de XIV. Soudainement il pensa au jeune homme à côté de lui et s'inquiéta.
- Rodolphe ? Est-ce que ça va mon vieux ? Lança-t-il au plafond, allongé sur son lit.
Une voix faible lui répondit.
- Ça va. Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Rodolphe.
- Je crois qu'on a été enlevé par cet enfoiré de XIV.
- Tu vois ? Je t'avais dit qu'on aurait dû le tuer. Encore quelques jours et on y serait parvenu, se désola Rodolphe.
Vincent remarqua plusieurs caméras dans la pièce. On devait les observer en ce moment même. Et en effet, quelques minutes après leur réveil, la porte s'ouvrit. Un homme à l'allure extrêmement soigné accompagnée par un individu à l'air exalté rentrèrent dans la pièce. Louis souriait de toutes ses dents carnassières.
- Tu vois Francky, tu n'as plus à t'inquiéter. Vise moi un peu ces deux là. Louis fit un geste de la main en direction des deux lits. N'ont ils pas l'air inoffensif ?
Francky le regarda, un léger sourire complice se dessinait sur son visage.
- Messieurs, vous devez vous demander ce que vous faites là. Vous allez mourir, sachez le. Mais auparavant nous allons avoir une discussion. Je vous conseille vivement d'y participer avec tout le sérieux et l'attention qu'elle requiert. Si vous ne le faites pas on vous tue directement. C'est d'accord ?
- De quoi voulez-vous discuter ? Demanda Vincent.
- De fond mon cher, répondit Louis. Ce qu'on veut connaître avec Francky ici présent, c'est la raison de votre haine à notre égard. Pourquoi nous détestez-vous alors qu'on ne fait qu'aider les gens ? Avouez que c'est une attitude étrange.
Cypher arborait un large sourire. Il jubilait. Faire l'expérience de sa puissance en écrasant ses ennemis lui procurait un plaisir sans commune mesure. Rodolphe avait un regard haineux. Il aurait voulu l'anéantir à cet instant.
- Vous êtes un cancer. Il faut vous éradiquer pour que le corps social redevienne sain, dit Rodolphe en regardant Louis droit dans les yeux.
- Je suis d'accord avec vous sauf que c'est vous qui êtes la maladie à éradiquer, répondit Louis.
- Inutile de se lancer des invectives intervint Francky. Nous sommes ici pour discuter. Donnez-nous des arguments. Qu'avez-vous à nous reprocher ? En quoi prolonger la vie des gens est-il un mal ?
- Vous ne voyez pas la différence entre guérir et améliorer ? Demanda Rodolphe. Vous dévoyez le rôle de la médecine. Elle n'est pas là pour augmenter la performance, mais pour soulager les souffrances. Avec vous le docteur n'a plus à faire à un malade mais à un client. Au lieu d'aller chercher la dernière console de jeux, on s'offre le cœur artificiel ou l'estomac qui digère tout à la mode.
- Votre raisonnement ne tient pas. La médecine a depuis longtemps guéri et amélioré. Prenez une chose aussi banale qu'une paire de lunettes. On peut dire que pour quelqu'un qui a une mauvaise vue de naissance c'est une amélioration. Dans le domaine de la procréation on observe la même chose. On permet à des individus qui ne pourraient pas avoir d'enfant d'accéder à leur désir le plus cher, termina Francky en cherchant du regard Louis, en quête de son approbation.
Vincent avait secoué la tête pendant l'intervention de Francky, habitué à entendre ce genre d'arguments fallacieux. Aussi, il prit la parole.
- Vous n'avez pas l'air de comprendre la différence entre soigner et améliorer. Dans les cas que vous mentionnez, vous n'augmentez les capacités que par rapport à des organes défaillants. D'une certaine façon on peut dire que vous guérissez ce que la nature a mal fait. Mais ce que vous pratiquez c'est autre chose. Il y a une différence de nature entre fabriquer des lunettes et produire un estomac capable de digérer n'importe quelle matière organique.
Francky commençait à s'énerver.
- Et alors ? Où est le problème d'améliorer la nature ? Vous reconnaissez-vous même qu'elle peut l'être quand elle répare une vue défaillante. Vous ne comprenez pas que la technique est l'essence de l'homme. Rappelez vous le mythe de Prométhée. En tant qu'ancien professeur de philosophie, j'imagine que vous connaissez. Il a volé le feu, symbole de la technique, à Héphaïstos, pour le donner aux hommes. Les autres animaux avaient des griffes, des crocs, de la fourrure tandis qu'eux n'avaient rien. L'homme, c'est donc celui qui par essence est défaut ou manque. Et c'est par la technique qu'il se constitue. Ce que nous faisons maintenant, à travers ce que l'on nomme transhumanisme, c'est de produire une nouvelle configuration de l'homme. Rappelez-vous l'enseignement de Nietzsche dans son Zarathoustra, l'homme n'est pas une fin mais un moyen, une corde tendue entre l'animal et le surhomme. Mais vous êtes incapable de le comprendre. Francky haussait de plus en plus la voix, ses yeux s'agrandissaient. Votre petit esprit étriqué ne peut pas concevoir sa disparition. Seuls des êtres aussi exceptionnels que Louis et moi sont en mesure de l'accepter. Vous, vous ne le pourrez jamais car vous êtes souillés par la morale de l'esclave.
Louis jouissait de leur supériorité totale. Non seulement ils les possédaient physiquement en les retenant prisonniers, mais aussi intellectuellement en détruisant leurs misérables arguments. L'essence technique de l'homme était une thèse irréfutable, il n'y avait rien à répondre à cela.
- N'importe quoi ! S'exclama Rodolphe qui se tendait de plus en plus en les écoutant parler. Vous n'avez rien compris à Nietzsche et à Platon. Vous les utilisez pour légitimer votre mégalomanie, pas pour comprendre. Ça me débecte de vous voir parler de philosophie alors que vous n'avez pas une once de leur désir de vérité.
- C'est le moins qu'on puisse dire ajouta Vincent. Vous n'avez recours à ces penseurs que pour justifier votre fantasme de toute puissance. Et puisque vous mentionnez le mythe de Prométhée, sachez que vous n'avez pas été au bout de son analyse. Si vous aviez lu le Phèdre de Platon, qui peut-être vu comme une sorte d'interprétation de ce mythe, vous sauriez que toute technique est ambivalente. Platon utilise le terme de pharmacon pour exprimer cette propriété. Vous connaissez ce terme ? Francky fit non de la tête. Il signifie que la technique est à la fois remède et poison. Ça veut dire qu'il ne suffit pas de proclamer que l'homme est un être essentiellement technique pour laisser libre cours à son hubris. Sans cesse nous devons corriger les effets de nos inventions. Vous, vous êtes des poules sans tête qui courez droit devant vous sans mesurer les conséquences de vos actes. CelQuiSimpDeL est l'expression inverse de ce que vous êtes. Savez-vous ce que signifie notre nom ?
- Parce que ça a une signification ? Demanda Louis en riant.
- Évidemment, repris Vincent. Nous considérons que l'humain est précisément celui qui s'impose des limites. Il est celui qui n'obéit pas mécaniquement à ses désirs. Puisque nous ne pouvons exister autrement qu'à travers notre technique, d'une part, et puisque, d'autre part, toute technique contient invariablement son poison avec son remède, nous devons lui imposer un contrôle, une limite. C'est cela que nous revendiquons.
Francky s'agaçait de plus en plus. La discussion semblait tourner à leur désavantage.
- Cette idée de limite n'a pas de sens, commença Francky. L'histoire de l'homme n'est pas autre chose qu'une succession de dépassement de ce qu'il croyait être sa limite. L'agriculture lui a permis de ne plus être tributaire de l'aléa des ressources du territoire sur lequel il se trouvait. L'utilisation de la charrue couplée à l'animal lui a permis d'agrandir les surfaces agricoles qu'il exploitait. Puis la mécanisation a encore renforcé sa puissance. La science des engins volant dans l'atmosphère et hors atmosphère, ainsi que celle des véhicules marins ont permis de repousser toutes nos limites physiques. Ce que notre corps nous interdisait : le ciel, l'espace, les océans et leurs abysses, la technique nous l'a donné. Mais il s'est toujours trouvé sur le chemin des visionnaires des gourous de toutes sortes, des réactionnaires obtus, fermés au changement. Et vous faites précisément partie de cette engeance maléfique pour le développement de l'humanité.
Louis souriait à nouveau. Francky semblait reprendre l'avantage.
- Vous avez une vision partielle de l'essence de l'homme, répondit Vincent. Certes nous sommes des êtres techniques mais aussi moraux. En même temps que nous augmentons notre pouvoir sur le monde par la technique, nous nous rendons compte des effets néfastes qu'elle produit. Cela nous oblige à introduire du contrôle, c'est-à-dire de la limitation, dans le développement de la technique. Il y a donc deux processus à l’œuvre. L'un qui augmente notre puissance, l'autre qui la freine. Or, cette dernière inclinaison relève de notre essence morale. Si elle n'était pas présente nous serions déjà mort, à cause des effets néfastes de notre puissance incontrôlée. Mais vous, vous ne voulez que le pouvoir. Vous qualifiez cette partie sage de l'humain de réactionnaire, d'hostile au progrès. Le plus inquiétant, c'est que votre vision malade s'étend de plus en plus dans la société. Vous êtes comme des enfants à qui on aurait jamais appris à refréner les désirs.
Rodolphe voulut ajouter quelque chose.
- Brillante démonstration Vincent. Je ne suis pas sûr qu'ils la comprennent. En plus, ils prétendent agir au nom de l'humanité. Ça c'est vraiment insupportable à entendre quand on sait qu'ils ne cherchent qu'à satisfaire leur ego démesuré. Vous n'êtes qu'un docteur Frankenstein et votre acolyte XIV un mégalomane uniquement intéressé à l'accumulation de son capital.
Francky avait écouté cette longue tirade de Vincent les poings de plus en plus serrés. Même s'il était totalement étanche à l'argumentation déployée, une part de la vérité qu'elle contenait le touchait. Si son esprit la refusait, son corps la recevait et la traduisait dans la tension qu'il manifestait. Aussi, c'est avec colère qu'il répondit à Vincent.
- Vous avez un discours rempli de moraline. Un discours qui sanctifie la modération. Vous parlez comme un esclave, comme un être que la puissance terrifie. Mais la vérité c'est que nous améliorons la vie des gens. Nous assurons mieux qu'elle ce que la nature fait. Nous produisons des cœurs qui battent plus fort et à une plus grande fréquence ; des foies plus performants, des estomacs qui digèrent plus vite et mieux, etc. Bref, nous prenons le relais d'une nature devenue obsolète. Bientôt nous fabriquerons aussi des cerveaux. Ainsi nous remplacerons complètement l'humain naturel, trop fragile, trop mal conçu.
Francky avait prononcé ces mots dans un état second, la colère laissant place à l'extase. Il était habité par ce qu'il disait. Mais Vincent n'avait pas cessé de faire non de la tête, consterné, en l'écoutant.
- Il n'aura fallu que quelques minutes de discussion pour que votre folie se manifeste au grand jour dit Vincent. Votre grand projet, c'est donc de remplacer la nature. Elle ne serait pas une travailleuse assez performante à vos yeux. Vous énoncez cette idée tranquillement sans même mesurer ce qu'elle implique. Laissez-moi vous éclairer. Vous pourriez par exemple industrialiser la procréation. Rationaliser la production d'humain dans des utérus artificiels externes. Décider à l'avance de leurs caractères physiques et mentaux. Ça vous rappelle peut-être un certain roman d'anticipation. Avec cette logique de remplacement de la nature, vous pourriez aussi étendre le principe d'industrialisation à tout le vivant. La faune et la flore pourraient devenir des produits d'usine. Ce que vous ne voyez pas, c'est que votre vision n'est qu'une certaine application de la logique capitaliste. De la même façon qu'elle a amélioré la productivité et la performance du travail par la rationalisation, elle veut améliorer le vivant. Dans les deux cas la fin est la même : le profit. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard que l'homme le plus riche du monde vous finance. Mais le vivant n'est pas quelque chose à améliorer. Il n'y a pas de vivant meilleur qu'un autre. L'être humain vit avec ses imperfections. La médecine peut l'aider à soulager ses douleurs mais elle n'est pas là pour le rendre plus performant. D'ailleurs, vous êtes aveugle à la beauté qui naît de la fragilité humaine. Nous ne voulons pas d'un monde où tous seraient performants. Vous vous croyez des génies mais vous êtes les gens les plus idiots que cette planète ait porté.
Rodolphe, qui s'était contenté d'écouter jusque-là, sa haine montant crescendo en entendant Francky, décida d'intervenir.
- Je partage tout ce que tu dis Vincent, si ce n'est que tu oublies une chose dans ton réquisitoire, la sentence. Ces deux hommes ne méritent pas de vivre. Si j'avais pu mener à bien mon projet nous n'en serions même pas là.
- Fort heureusement pour nous et hélas pour vous, vous n'y êtes pas parvenus, dit Louis. Je crois que nous nous sommes tout dit et que cette discussion peut s'arrêter là. N'est-ce pas Francky ?
Francky acquiesça et quitta la pièce, en fureur. Louis le suivit.
Je ne sais pas ce qui s'est passé ensuite. Ont-ils été tué ? ont-ils réussi à s'échapper ? Autre chose ?Chacun imaginera ce qu'il veut.

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