Réveil difficile. Chaleur, moiteur, langueur… et stupeur ! Lilas se redressa d'un bond. Où se trouvait-elle ? Quelle était cette ambiance estivale aux tons orangés ? Des tapisseries aux motifs fleuris, des livres soigneusement alignés sur une étagère, une lampe de chevet en forme de citron qui sourit… Soudain, le même sourire habilla ses lèvres. C'était chez mamie, bien sûr ! Elle s'étira, rassurée. Un sommeil de plomb l’avait cueillie après son arrivée tardive, la veille ; voilà pourquoi elle s'était trouvée si désorientée !
Rassérénée, Lilas jeta son drap aux effluves d’agrumes et s'élança d’un saut de chat vers la salle d'eau attenante. Quel bonheur, enfin les grandes vacances tant attendues ! Après avoir entrepris un brin de toilette, elle fit irruption dans le couloir en criant un «Bonjour !» enjoué. Elle dévala les escaliers, courut vers la cuisine… et s'arrêta net. Tout était calme, trop calme.
– Il y a quelqu'un ?...
Pas de réponse. Où était sa grand-mère ? Un petit déjeuner pour deux trônait sur la table en bois encadrée de deux chaises assorties. Une bonne odeur de confiture maison et de viennoiseries emplissait l'air. Lilas retenta un appel, commença à fouiller chaque pièce. En vain. La demeure était manifestement vide. Elle sortit sur le pas de la porte et observa les alentours. Une brise légère s'enroula autour de ses longues mèches ambrées en bataille, les arbres alentour bruissaient d'un doux murmure. Elle inspira profondément. Qu'est-ce qu'elle aimait ces senteurs d'herbe fraîche ! La campagne lui avait manqué.
Il n'y avait personne non plus au salon de jardin. Une angoisse sourde oppressait Lilas. Pourtant, il ne pouvait rien arriver de grave, si ? Elle avança vers la tonnelle des lilas, la fleur préférée de sa grand-mère ; celle à qui elle devait son prénom. La jeune fille avait entendu l'histoire tant de fois ! Sa mamie avait été intraitable, elle avait presque harcelé ses parents pour qu'ils choisissent ce prénom et pas un autre. Elle était allée jusqu'à accompagner son père à la mairie avec un bouquet de ces oléacées liserées de blanc. Cette anecdote amusait l’adolescente à chaque fois.
Lorsque l’arôme des lilas parvint à ses narines, des larmes qu'elle ne put s'expliquer perlèrent sous ses paupières. Elle s’approcha et distingua une silhouette installée sur le banc de pierre blanche, rongé par le temps.
– Mamie ! s'exclama-t-elle avec soulagement.
Tandis que Lilas se hâtait vers elle, sa grand-mère lui sourit. Dans ses grands iris dorés, dont la jeune fille avait hérité, transparaissait une immense tendresse.
– Bonjour, ma chérie. Comment vas-tu ?
Elle tapota la place vide à ses côtés dans une invitation silencieuse. Lilas n'hésita pas un instant à s'installer.
– Ça va… Je me sens bizarre, ce matin.
Mamie se contenta de hocher la tête, puis elle déposa entre elles un petit carnet que Lilas n'avait pas remarqué entre les doigts graciles.
– Tu sais, j'aimerais que tu récupères ce carnet. J'y ai écrit quelques rimes, des chansons, mes rires et mes peines… Je voudrais qu'il te revienne.
– Mais Mamie, tu pourrais en avoir encore besoin !
– Oh, je l'ai terminé, ne t'en fais pas pour moi. Tu le trouveras dans un petit coffret, au pied du plus grand des lilas.
Lilas arqua les sourcils, prête à rétorquer qu'il était juste là, sauf qu'il s'était volatilisé. Alors, elle comprit. Elle se remémora pourquoi elle avait ressenti ce vide, cette tristesse. La jeune fille venait de revivre cette affreuse journée qui avait pourtant si bien commencé. Ses yeux s’embuèrent, ses lèvres frissonèrent. Mamie posa sa main sur la sienne, telle la caresse d'un nuage léger.
– Ne pleure pas, ma petite fille. Je vis encore dans les souvenirs que nous avons construits ensemble, et tu en trouveras plein, en lisant mes mots.
Fixée sur l'expression lumineuse de sa grand-mère, la vision de Lilas se brouilla. Quelqu'un appelait son nom. Une voix lointaine, diffuse, puis de plus en plus nette.
– Réveille-toi ! Je t'ai cherchée partout et toi, tu roupilles !
Senteur de lilas. Touffeur, torpeur… Désorientée, Lilas se redressa. Elle était allongée sur le banc de pierres. Les fleurs commençaient à faner mais leur parfum restait vif. Iris la toisait à quelques pas, une moue froissant son visage rond, ses mèches brunes désordonnées comme si elle avait couru un marathon.
– Je ne sais pas ce qu'il s'est passé, je…
Le flot de ses paroles se tarit lorsqu’au creux des racines du plus bel arbrisseau, Lilas distingua le coin d'une boîte. Une douce mélancolie l’étreignit.
– J'ai dû m’assoupir, avec cette chaleur… Désolée ! lança-t-elle en haussant les épaules avant de se lever.
Iris vivait dans la maison voisine à celle de sa grand-mère, elles jouaient ensemble depuis leur plus tendre enfance. Tout le monde trouvait si drôle la coïncidence de leurs prénoms floraux ! Lilas devait rejoindre sa meilleure amie chez elle pour une soirée entre filles. Elle avait voulu faire une escale ici, la première fois depuis que Mamie les avait quittés.
– Pardon de t'avoir inquiétée, éluda Lilas devant le regard suspicieux d'Iris. J'avais juste un rendez-vous important.
Ce murmure prononcé pour elle-même s'égrena dans le vent. En s'éloignant au côté de son amie, Lilas changea de sujet. Le carnet l'attendrait sagement ; elle saurait profiter de l'instant où elle pourrait tenir ce trésor entre ses mains. Alors, elle pourrait encore rêver sous cette tonnelle magique où les souvenirs reprenaient vie.

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