Dix-sept heures : il fait nuit. Dans un roman de fantasy, un temps pareil serait synonyme de malheur imminent et d’apocalypse.
Les bottes trempées et les oreilles congelées, Charline n’aspire qu’à retrouver la tiède quiétude de son appartement. Elle marche, les épaules crispées dans une vaine tentative de se protéger de la bise glacée.
Et puis ce manteau immaculé, qui recouvre tout et tout le monde de sa poudreuse perfection, quelle plaie !
Ce blanc oppresse la jeune femme et l’inconforte. Il lui rappelle trop fort les pages vierges de tous ces carnets dans lesquels elle se sent indigne d’écrire, de dessiner, de créer à sa guise.
Sous ses nombreuses couches de tissu polaire, Charline étouffe. Assise sous l’abribus, elle n’y tient plus. Prise d’une soudaine pulsion, elle ôte ses gants, son écharpe, malmène son sac. Tout au fond, elle déniche un calepin de qualité, cadeau de la papeterie du coin à leur plus fidèle cliente.
Charline expire et au travers des volutes laiteuses se saisit d’un stylo à pompon. Mue par une détermination nouvelle, sur le papier vélin sa main rageuse griffonne :
• clémentines
• chocolats
• bougies parfumées
• papier cadeau
• toasts
• saumon fumé
Ça n’a l’air de rien comme ça, mais quand le bus arrive enfin, Charline se sent légère. Et si bien que malgré la buée qui trouble ses lunettes, elle offre au chauffeur un sourire sincère.
Cet hiver s’annonce plus doux que les précédents.

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