Pourquoi vous inscrire ?
«
»
tome 1, Chapitre 4 « DES CONTES DES TEMPS ANCIENS » tome 1, Chapitre 4

Le conteur se lève pour s’étirer avec maîtrise. Son récit a duré plus longtemps que prévu et ses jambes se sont engourdies d’être si longtemps restées campées dans les sol. Le vieux roi songe. Il fixe son fond de verre, pensif, puis relève le chef pour considérer son invité.

« Cette histoire me rappelle les contes que la nourrice me récitait le soir. J’ai l’impression d’être retombé en enfance. Mais vous semblez maîtriser votre art bien mieux qu’elle ne le faisait. »

Le voyageur se fend d’une humble courbette. Un éclat vert dans ses yeux alors qu’il se relève. Il sourit modestement.

« C’est que raconter des histoires est mon métier, mon roi. Et cette histoire a traversé le temps pour parvenir jusqu’à mes oreilles. Peut-être même l’avez-vous déjà entendue, peut-être vous rappelle-t-elle quelque chose. »

Puis, plus haut, avec un ton malicieux, il ajoute :

« Les histoires sont le reflet de ce que leurs narrateurs ont vu dans la réalité.

— Cela est vrai. » abonde le roi en souriant à son tour.

Le monarque se lève, chancelant un peu, et le sénéchal vient tout de suite l’aider. Le conteur observe le manège des deux hommes qui marchent jusqu’à la table. Aidé par son sujet, le roi s’installe lourdement sur le siège d’honneur. L’on croirait plutôt voir deux vieux amis qu’un roi et son sujet. Deux vieux amis. Jadis, sa majesté eut des amis. L’un d’eux, surtout, dont il était très proche. Cela est fini aujourd’hui. Il ne reste plus que l’Intendant. L’Intendant et la solitude. Les vieux fantômes qui viennent hanter le roi. D’un geste, le vieux roi congédie le garde.

« Majesté ! » proteste le sénéchal : « Il faut un garde pour votre protection !

— Quelle protection, mon ami ? Il n’y a ici que vous, moi, et ce délicieux invité qui nous régale de ses talents. Laissez-dons ce pauvre soldat prendre congé : tous ses collègues dorment à poing fermé, en ce moment. »

À cette phrase le conteur hoche la tête. Le vieux roi se retourne alors vers lui :

« Venez, Conteur. Venez donc vous asseoir à ma table. Partageons la fin de ce repas et un verre de vin qui vous réchauffera du long chemin que vous avez fait pour parvenir jusqu’à cette forteresse reculée. Asseyez-vous donc. Vous aussi, mon fidèle sénéchal. Discutons entre camarades d’un soir. »

Il y a longtemps que le roi ne s’est plus montré si loquace en dehors des conversations qu’il tient avec l’Intendant. La présence du conteur lui plaît. Elle est comme un heureux hasard qui vient égayer ses moroses vieux jours.

Poussant un soupir, l’Intendant vient s’asseoir à table, en face du voyageur, à droite du roi. Le ménestrel n’a pas fait autant de manières pour s’asseoir à table que lorsqu’il est arrivé. Le voici bien installé, les mains croisées, fixant sont vis-à-vis, comme pour le défier de prononcer à voix haute les pensées qu’il retient. À cette provocation silencieuse, le sénéchal répond :

« Vous n’avez pas ôté votre chapeau, Conteur. Craignez-vous donc que la pluie ne se mette à tomber sous ce toit pour ainsi protéger votre tête ?

— Pardonnez-moi cette impolitesse, je vous ne prie, car cela fait partie de mon costume de ménestrel. Mais je vous assure, mes seigneurs, qu’en temps venus, je me révélerai à vous tout entier. »

On ne voit pas le haut de son visage sous ce couvre-chef extravagant, mais l’Intendant est certain que l’invité vient de lui lancer un clin d’œil moqueur. Pour toute réponse, il hoche la tête, signe qu’il tolère l’affront.

Ne reste plus du repas que le dessert, que le vieux roi mange avec plus d’appétit qu’il n’en a eu ces derniers temps, tandis que le conteur semble se contenter de picorer et de boire un peu. Les deux hommes entretiennent une discussion animée où le monarque tente de deviner les origines du conteur. Alors qu’il table sur une naissance dans le sud du pays, l’invité éclate d’un rire bon-enfant.

« Je voyage depuis si longtemps que ma peau a fini par se tanner plus qu’elle ne l’était déjà. Mais ne cherchez pas à mener l’enquête, mon roi. Après tout, je voyage beaucoup : le monde entier est ma maison, et mes seules origines sont les histoires. Celles que je raconte, celles que je vis. »

Ce disant, il porte une coupe de vin à ses lèvres, qu’il avale avec élégance. Posant son couteau après avoir coupé un morceau de viande, le roi reprend ses questions :

« La raison de votre venue ici est-elle en rapport avec les histoires pour lesquelles vous voyagez tant ?

— Que de curiosité, majesté ! Dépréciez-vous ma compagnie au point de ne pas vouloir entendre les deux histoires qu’il me reste à vous conter ? Mais oui, en effet, il se trouve qu’une vieille histoire m’amène ici ce soir. Une vieille promesse, dirait-on...

— Ma foi, vous vous montrez bien mystérieux. Ce doit être devenu votre nature après avoir tant raconté vos récits... »

Le roi et le conteur badinent encore. La conversation est agréable, rendue légère par le vin ingurgité, et même la tempête de hors semble s’apaiser un peu. Comme promis, la présence du conteur a égayé cette soirée. Cela fait bien longtemps que le roi n’a plus voulu que le temps s’arrête pour profiter d’un instant pour toujours. C’est le cas cette nuit, et le vieux monarque a l’impression de vivre de nouveau ses jeunes années.

Le repas fini, le conteur se lève de table, suivi par l’Intendant, puis par le roi. À ses deux spectateurs il enjoint de s’asseoir, mais lui-même reste debout.

« Cette histoire n’est pas de celles que l’on raconte assis. » argue-t-il en guise de justification.

Il attrape le bâton qu’il avait laissé posé contre le mur et fait tinter les grelots de son chapeau. D’un souffle, il éteint plusieurs bougies dans la pièce et l’atmosphère se fait plus feutrée. Un éclair déchire le ciel tout près du château, faisant sursauter l’Intendant dont les binocles manquent de glisser de son nez.

« Que craignez-vous de l’orage, monsieur le sénéchal ? Sa majesté s’est assurée de pouvoir vivre dans une forteresse, bien abritée de tous les dangers. »

Le ménestrel lui adresse un sourire d’apparence rassurante. Puis, plus bas, prenant ce ton de confident dont il se sert pour appâter son public et se baissant un peu pour se mettre à sa hauteur, il reprend.

« Voici ma deuxième histoire. C’est le récit d’une longue amitié, pleine de promesses qui, pourtant, n’ont pas toujours été tenues. Vous connaissez les Hommes, chers amis, et vous savez qu’ils sont capables du meilleur comme du pire.

— Je vous en prie Conteur, dit le vieux roi, dites-nous en plus sur cette histoire, ce me semble être un récit plein de rebondissements. »

Un nouveau sourire étire les lèvres de l’invité. Il semble être satisfait de son effet, et ne se fait pas plus prier pour poursuivre son prélude.

« Peut-être cette histoire vous rappellera-t-elle quelque chose. Elle me vient d’une île reculée, qui possédait un grand port de commerce. Malheureusement, ce port se trouvait souvent attaqué par des pirates, et les honnêtes marins faisaient remonter plusieurs rumeurs de leurs aventures en mer. C’est une de ces légendes que je vais vous relater. Une légende de pirates, de richesses, de bateaux et d’aventure. Voici les deux protagonistes de ce récit : nous les appellerons Matelot et Forban, car le conteur se doit de protéger l’intégrité des acteurs du récit. »


Texte publié par Saërn, 22 février 2026 à 18h46
© tous droits réservés.
«
»
tome 1, Chapitre 4 « DES CONTES DES TEMPS ANCIENS » tome 1, Chapitre 4
LeConteur.fr Qui sommes-nous ? Nous contacter Statistiques
Découvrir
Romans & nouvelles
Fanfictions & oneshot
Poèmes
Foire aux questions
Présentation & Mentions légales
Conditions Générales d'Utilisation
Partenaires
Nous contacter
Espace professionnels
Un bug à signaler ?
3456 histoires publiées
1510 membres inscrits
Notre membre le plus récent est Imaginatis
LeConteur.fr 2013-2026 © Tous droits réservés