De retour dans la rue, Aurore n’était plus du tout excitée. D’ailleurs, elle ne disait plus rien non plus. Son père pensait qu’elle était sûrement en train de réaliser à quel point la petite Pho et son père avaient eu de la chance. Il était donc normal qu’elle soit un peu secouée et si anormalement tranquille.
En réalité, la blondinette était sonnée. Les derniers mots de son amie l’avait mis K.O. « La fille est partie en volant dans les airs ». Dans les bras de Pho, Aurore s’était raidie et un dernier éclair de lucidité l’avait empêché de la serrer plus fort contre elle par réflexe. La jeune accidentée avait beau avoir des antidouleurs, elle n’aurait probablement pas apprécié.
Ce ne furent pas vraiment les derniers mots de Pho. Celle-ci avait encore un peu rassuré sa visiteuse puis lui avait souhaité au revoir lorsque son père vint la récupérer pour rentrer chez eux et laisser toute la famille tranquille. Mais ce furent les derniers mots qu’Aurore écouta. Elle répondit des banalités mécaniques à son amie, sans trop savoir lesquelles. Elle prit la main de son père pour sortir et se retrouver sur le trottoir.
Pendant tout ce temps, sa raison, fortement affaiblie, luttait vainement et déraisonnablement contre la réalité. Tout indiquait l’impossible. Un faisceau d’indices l’amenait vers une seule conclusion possible.
Crépuscule était réelle.
Son imagination débordante ne refusait jamais d’écouter des histoires fantastiques, de jouer avec ses poupées à des aventures remplies de magie, de regarder des films ou des dessins animés peuplés de créatures fantastiques. Elle aimait tout cela, depuis toujours.
Mais il y avait une grosse différence entre rêver d’une superhéroïne et de penser qu’elle existait pour de vrai. L’ultime partie du cerveau d’Aurore qui résistait encore à admettre pleinement cette vérité lui répétait en boucle que la magie n’existait pas, que les superhéros c’était seulement dans les BD et qu’il n’y avait pas d’animaux magiques … à part peut-être le chien rigolo qu’elle avait vu une fois au détour d’une rue en vacances.
Aurore avait suivi son père en le tenant par la main sans se soucier de tout ce qui pourrait se passer autour d’eux. Mais elle fut néanmoins surprise de soudainement voir une foule qui se pressait devant elle. Un rassemblement de passants avait lieu sur le pont du canal. Une grue était arrivée et une petite équipe de plongeurs se trouvait dans l’eau, au niveau du trou de la rambarde. Une longue et lourde chaine pendait de la grue en plongeant sous la surface et deux échelles avaient été disposées sur le mur du canal. Il y avait des voitures de polices et des camionnettes de pompier qui bloquaient toute la rue adjacente à la voie d’eau.
- Ils vont sortir la voiture, précisa inutilement son père.
- On peut regarder, fit Aurore d’une petite voix, s’il te plait ?
- T’es sûre poussin ?
La blondinette hocha la tête. Son papa était un peu inquiet vu qu’elle semblait avoir été chamboulée par la visite chez son amie. Mais il ne voyait pas de raison de ne pas assister au repêchage de la voiture. Il prit la fillette sur ses épaules qui eut une excellente vision de ce qu’il se passait.
L’équipe de plongeurs remontait par les échelles. Une fois tout le monde revenu au sec, la grue se mit en marche. Lentement, la lourde chaine se tendit et émit un son presque semblable à un cri. Puis elle remonta en gémissant. L’arrière de la voiture émergea et peu à peu le reste du véhicule fut dévoilé.
L’eau s’écoula en une gerbe immense par le côté du véhicule où manquait deux portières.
- Oh, fit son père, je ne pensais pas qu’il y avait tellement de courant là-dessous pour pouvoir arracher des portières.
Aurore savait que ce n’était pas le cas. Cette fois, le doute n’était plus permis. D’ailleurs le parechoc arrière n’était plus là non plus. A un moment, quand il y avait trop de coïncidences, c’est que ce n’étaient plus des coïncidences. Même de son jeune âge, elle le comprenait bien. Elle aurait peut-être dû être excitée et jubiler comme lorsqu’elle était sortie de son premier rêve. Crépuscule était réelle. C’était trop cool après tout. Mais elle se posait plein de questions et une en particulier : C’est quoi ce bazar nom d’un toutou ?
Comment tout cela était-il possible ? Aurore savait qu’elle n’aurait pas les réponses à se triturer les méninges. Elle savait ce qu’il lui restait à faire.
Elle resta étrangement calme et silencieuse sur le chemin du retour. Elle regarda un peu la télé en rentrant sans sauter sur le canapé. Elle prit tranquillement son bain où sa maman, un peu inquiète, vint lui frotter le dos. Elle prit son diner sans raconter mille et une histoires de son école. Elle lut un peu avant d’aller se coucher et que ses parents viennent lui souhaiter la bonne nuit.
Elle ne savait pas à quoi s’attendre, mais il lui tardait de rêver.
Lorsque ses paupières se fermèrent, elle volait, à nouveau. Crépuscule volait à basse altitude près des toits des immeubles, évitant de survoler les routes pour ne pas se faire repérer. Elle repéra trois gaillards avec des pieds de biches qui essayaient d’ouvrir de force un distributeur bancaire. Elle fonça et se posa près d’eux.
- Posez-ça et tirez-vous et tout se passera bien.
Les trois hommes furent interloqués mais ne prirent pas l’adolescente au sérieux. Ils l’attaquèrent à trois contre une. Un coup de pied par-ci, un poing par-là, … Crépuscule faisait bien attention à maîtriser la force de ses coups. Elle étendit les voleurs sans leur briser le moindre os cette fois-ci. Elle fouilla rapidement les brutes. L‘un d’eux avait un téléphone, elle appela la police et redécolla aussitôt après.
Elle était pressée. Elle savait qu’elle était attendue.
Elle vola jusqu’à l’immeuble d’Aurore. Sur un côté, elle vit le salon illuminé où les parents de la blondinette regardait la télévision. Elle vérifia que personne ne regardait dans sa direction puis contourna l’édifice jusqu’à la fenêtre de la chambre. La fillette n’avait pas fermé les volets et avait juste repoussé la fenêtre. Crépuscule n’eut qu’à la pousser pour entrer.
Elle s’arrêta un instant dans la chambre. Elle la connaissait sans jamais l’avoir vu. Elle posa un regard attendri sur Aurore qui dormait. Elle écouta un instant sa respiration tranquille et lente. L’adolescente s’approcha du lit. Elle écarta délicatement une petite mèche blonde sur le front de la gamine, se pencha et posa un doux baiser.
- Tu n’as rien à craindre, petit cœur, fit-elle dans un murmure. Maintenant je te protège.
Aurore ne devait pas l’entendre mais il lui sembla que la fillette souriait néanmoins. L’adolescente l’observa avec tendresse encore quelques minutes. Mais elle ne pouvait pas rester indéfiniment.
Crépuscule se retourna vers le bureau de la gamine. Celle-ci y avait laissé un carnet de notes aux feuilles ornées de dessins de fleurs pastel et plusieurs stylos de différentes couleurs. Elle ignorait qu’elle était la couleur préférée de la superhéroïne, même si elle avait dans l’idée que ce serait le noir.
L’adolescente s’installa au bureau, prit un stylo-feutre vert à paillettes, et se mit à écrire. Elle avait beaucoup de choses à dire à sa nouvelle amie.
Le lendemain matin, Aurore ouvrit doucement les yeux. Dans cet entre deux du réveil, elle ne pensait à rien. Ne se souvenait de rien. Elle avait fortement envie de rester sous la couette encore quelques minutes. De longues minutes. Puis, son cerveau se remettant en marche, elle se souvint de ce qu’elle attendait. Elle sauta au bas de son lit, regagna son équilibre sur ses jambes flageolantes, et bondit presque vers son bureau.
A côté du petit carnet refermé, il y avait plusieurs petites pages recouverte d’une écriture à l’encre verte.

| LeConteur.fr | Qui sommes-nous ? | Nous contacter | Statistiques |
|
Découvrir Romans & nouvelles Fanfictions & oneshot Poèmes |
Foire aux questions Présentation & Mentions légales Conditions Générales d'Utilisation Partenaires |
Nous contacter Espace professionnels Un bug à signaler ? |
3552 histoires publiées 1552 membres inscrits Notre membre le plus récent est Drogo_404 |