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« Quelqu’un les a sortis de la voiture »

Les mots d’Ibrahim résonnèrent longtemps aux oreilles d’Aurore. Toute la journée. « Quelqu’un … ». Ce n’était pas possible. Ça ne pouvait pas être … elle. Mais qui ? Qui aurait eu la capacité de sortir Pho et son papa de la voiture immergée dans le canal ? Plonger, les sortir du véhicule … à la limite c’était possible même si la fillette avait le souvenir des portières coincées. Mais qui aurait pu les remonter dans la rue ? Escalader le mur à pic du canal en les portant tous les deux ? C’était impossible.

Aucune date historique, aucune formule mathématique ne rentra dans la tête de la blondinette de toute la journée. Elle ne cessait de ressasser l’histoire de l’accident, de revoir son rêve et le visage de Pho. Son amie était en vie, elle était soignée en ce moment même mais Aurore pouvait encore ressentir en sourdine la froide terreur qui l’avait envahi à son réveil.

Elle eut à peine la présence d’esprit de donner le change à Samira et Eliane aux récréations et à la cantine. Ce ne fut pas si compliqué cela dit, elles aussi ne pensaient qu’à Pho pour le moment. Mais ses amies étaient loin de se douter des tourments qui tournaient en boucle dans sa petite tête.

Si la matinée fut invisible pour Aurore perdue dans ses pensées, l’après-midi fut en revanche interminable. Elle voulait aller voir Pho. Elle devait la voir. Le temps passait si lentement.

A la sortie de l’école, son père l’attendait. Il écouta sa fille raconter l’accident de Pho. Évidemment, elle ne lui dit que ce que tout le monde savait. Le reste, elle le gardait pour elle. De toute façon, ce n’était pas réel. Ça ne pouvait pas l’être. Son père fut peiné d’apprendre la nouvelle mais il refusa d’emmener sa fille voir Pho sous prétexte qu’il était préférable de ne pas la déranger pour qu’elle se repose.

Rah ! Qu’ils étaient embêtants ces adultes quand ils avaient raison. Mais Aurore avait d’autres raisons d’aller voir son amie que de s’assurer qu’elle allait bien, ce qu’elle savait déjà du reste. Elle insista donc. Longtemps. Avec entêtement. Voir un peu de colère. Son père était pris au dépourvu. Aurore était énergique, fatigante parfois, mais elle ne faisait plus de caprices depuis des années. Il tint bon, au début, mais finit par céder. Il cédait souvent à sa fille, il devait l’admettre. Et puis il se trouva une excuse en se disant que la situation était exceptionnelle.

Après avoir fait jurer à Aurore qu’ils ne resteraient que 5 minutes, ils se mirent donc en route. Tenant la main de son père, la blondinette essayait de se contenir pour ne pas trépigner d’impatience. Elle était si excitée, si énervée. Mais elle avait la présence d’esprit de ne pas le montrer. Son père avait cédé à son insistance mais il pouvait changer d’avis. Aurore ne supporterait pas qu’ils fassent demi-tour.

Elle essayait donc d’aller plus vite, d’accélérer le pas. Mais son papa ne se laissait pas faire. Elle ne pouvait que prendre son mal en patience. Elle finit presque par regretter de vouloir aller trop vite lorsqu’ils arrivèrent en vue du canal.

Aurore ne s’était pas préparée au choc de revoir la rambarde défoncée. Enfin de voir, juste voir. C’était la première fois qu’elle constatait les dégâts de l’accident. Ce que Crépuscule avait vu cette nuit, ce n’était pas elle qui l’avait vu. Et pourtant … pourtant le trou dans la rambarde et les extrémités repliées de celle-ci … ça ressemblait tellement à ce que la superhéroïne avait vu cette nuit. Les traces de chute de la voiture lui semblaient aussi être les mêmes.

Des ouvriers de la voirie étaient encore sur place. Ils évaluaient les dommages, probablement les réparations et avaient posé des protections provisoires en attendant de pouvoir remettre tout ça en état.

En passant sur le pont, Aurore observa le canal. L’eau était trop sale pour qu’on voit la voiture. Elle se demandait s’il manquait deux portières au véhicule englouti. Mais ça n’était pas possible. Personne ne pouvait arracher des portières de voiture.

Des questions plein la tête, la fillette continua de trottiner à côté de son papa jusqu’à la rue suivante, où se trouvait l’immeuble de la famille de Pho. Vraiment, quel dommage. Ils avaient eu leur accident juste avant d’arriver chez eux.

Le cœur de la blondinette faisait des bonds de cabri alors que son papa appuyait sur la sonnette de l’interphone. A l’intérieur, monter les escaliers lui parut interminable. Elle était parcourue de sentiments contraires. Elle avait envie de grimper les marches 4 à 4 pour mettre fin à ses questions. Et d’un autre côté, elle craignait la réponse. Finalement c’est sans s’en rendre compte qu’Aurore se retrouva sur le palier de l’appartement de Pho, face à sa maman qui lui lançait un sourire fatigué.

La pauvre femme avait dû passer une nuit horrible et une journée épuisante. Elle accueillit néanmoins les visiteurs avec joie, contente que sa fille ait de la visite. Elle autorisa Aurore à aller voir Pho à condition de ne pas rester trop longtemps pour ne pas la fatiguer. La blondinette la remercia machinalement et se dirigea vers la chambre de son amie en se retenant de courir. Dans son dos, son père avec un air embarrassé se confondait en excuses face à la mère fatiguée qui lui disait que ce n’était pas grave et même qu’elle était heureuse de voir Aurore. Pendant que les adultes s’échangeaient des platitudes d’usage sur la chance des accidentés ou sur l’état déplorable de la voirie qui était le vrai responsable de l’accident, la fillette entra dans la chambre de son amie, les mains tremblantes.

Pho était allongée dans son lit, comme il se doit. Elle regardait un dessin animé sur une tablette avec un air fatigué. Aurore savait qu’elle n’avait rien mais fut néanmoins soulagée de ne pas voir la moindre trace de bandage ni même de pansement sur son amie. En dehors d’un épuisement visible, son amie semblait aller parfaitement bien. Pho leva les yeux de sa tablette et fut aussi surprise que contente de voir Aurore. Cette dernière n’y tint plus et se précipita au chevet de l’accidentée.

- Pho ! Comment ça va ? T’as mal ?

- Non, ça va, lui répondit-elle. J’ai quelques bleus mais c’est tout et ils m’ont donné un médicament pour les douleurs.

Aurore fut soulagée. Mine de rien, avant de vraiment voir Pho, elle s’était quand même bien inquiétée de savoir dans quel état elle allait la trouver. Mais maintenant il allait falloir parler de choses plus délicates.

- Dis, tu … tu te souviens de l’accident ?

- Pas vraiment. C’est très flou. J’étais fatiguée et j’essayais de ne pas m’endormir avant d’arriver à la maison. J’ai juste senti le choc quand on est tombé. J’ai … j’ai eu très peur.

Visiblement, aussi confus soit-il, le souvenir de l’accident éveilla un sentiment de crainte chez Pho. La blondinette s’en voulu de lui avoir posé la question et elle se pencha pour enlacer son amie. La petite accidentée répondit au câlin réconfortant en refermant ses bras sur son amie. Aurore aurait bien voulu s’arrêter là mais elle devait poser la question. Celle pour laquelle elle avait été tant pressée de venir jusqu’ici.

- Dis Pho, je suis désolée, je suis peut-être trop curieuse mais … tu as vu qui vous a sorti du canal ?

Pho ne répondit pas. Pas tout de suite. Aurore pensait qu’elle devait chercher dans ses visions de la soirée s’il lui restait quelque chose de son sauvetage. Finalement, Pho dit doucement :

- Je ne me souviens plus trop. Je … je crois que c’était une fille. Elle était tout habillée en noir. Mais je n’ai pas bien vu son visage. Je ne sais pas pourquoi elle n’est pas restée. Je lui aurai bien dit merci, au moins.

Toujours enlacée avec son amie, Aurore ne parlait plus. Une fille toute en noir. Ce n’était pas possible que ce soit elle. La blondinette voulait relativiser. Elle se disait qu’après tout, ça aurait pu être n’importe quelle fille, non ? Une fille … capable de plonger dans le canal, de sortir deux personnes de la voiture et de les ramener dans la rue. Elle ne savait pas quoi penser. Elle ne pouvait pas y croire. Elle se disait qu’elle ignorait ce qu’il s’était vraiment passé pendant le sauvetage. Et si cette fille avait trouvé le moyen de sauver Pho et son papa ? Peut-être avait-elle eu une idée ingénieuse ? Aurore se dit qu’elle n’avait sûrement pas pensé à tout. Est-ce que c’était si impossible que ça ?

Dans ses bras, Pho semblait contente. Contente d’être encore là pour apprécier un câlin. D’avoir une amie si gentille qui venait prendre de ses nouvelles. Pho lui raconta autre chose, d’une voix basse, à l’oreille entourée de fils blonds.

- Tu sais, j’ai quand même dû me cogner la tête dans l’accident. Je voyais tout flou et j’aurais juré que la fille est partie en volant dans les airs.


Texte publié par Darklord, 31 mars 2026 à 16h22
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