Elle survolait à nouveau la ville. La nuit était belle. La sensation était toujours aussi grisante. Crépuscule aurait bien passé son temps à flâner dans les airs, sentir le vent face à elle et à regarder les étoiles et la lune. Cet instant entre ciel et terre était tellement magique. Mais elle ne pouvait pas faire la sourde oreille à ce qu’il se passait en bas, dans la ville.
Cela dit pour l’instant, tout était calme. Elle volait en zigzag au dessus des bâtiments et des lumières électriques. Elle n’entendait ni ne voyait rien qui semblait nécessiter son intervention. Elle finissait sa deuxième ronde lorsqu’un grand fracas retentit derrière elle. L’adolescente fit volte face et fonça voir ce qu’il en était.
Ce ne fut pas difficile à trouver. Lorsqu’elle survola le canal, elle vit clairement la rambarde défoncée sur un côté. Et en suivant la trajectoire elle vit la voiture qui avait plongé dans l’eau et qui s’enfonçait rapidement.
Crépuscule ne réfléchit pas longtemps et descendit en piquet vers le véhicule. Elle attrapa le pare-choc arrière. Elle tira de toutes ses forces. Sortit la voiture de quelques centimètres … avant que le pare-choc ne s’arrache et lui reste dans les mains.
Tant pis pour le véhicule, elle s’en occuperait plus tard. Elle plongea dans l’eau glacée pour regarder par la vitre côté conducteur. Il y avait un homme au volant et un enfant à l’arrière. Ils ne bougeaient pas. Elle tenta d’ouvrir les portières mais elles étaient bloquées. Sans y penser plus avant, elle arracha la porte arrière comme un morceau de carton et s’engouffra dans le véhicule. Elle attrapa l’enfant, arracha également la ceinture de sécurité et le tira à l’extérieur.
La première victime sous le bras, elle arracha la portière du conducteur, n’eut pas plus de mal à déchirer la ceinture de sécurité et attrapa l’adulte. Elle utilisa ses pouvoirs pour remonter rapidement comme une flèche. Elle creva la surface de l’eau et déposa délicatement les accidentés sur le trottoir. L’homme eut une convulsion et Crépuscule eut le réflexe de le retourner sur le côté. Pendant que le conducteur évacuait des giclées d’eau dans des râles gutturaux, l’adolescente masquée se retourna vers l’enfant. Elle le tourna sur le dos pour se faire une idée de son état.
Elle eut un choc.
- Pho ?
C’était bien elle. La fillette était inconsciente. Crépuscule remarqua qu’elle ne respirait plus. Sa peau était toute pale et ses lèvres commençaient à devenir bleues.
- Pho ? Pho ! Réveille-toi ! Pho !
L’adolescente voulut attraper la petite victime et la secouer pour la réveiller mais un dernier réflexe de lucidité l’en empêcha. Non, elle allait la briser en mille morceaux. Elle devait l’aider.
Rapidement, elle s’agenouilla à côté d’elle et repoussa son tour de cou. Avec des gestes sûrs et les plus doux possibles, Crépuscule bascula la tête de la fillette en arrière et commença à pratiquer un bouche à bouche. Elle souffla cinq fois avant de se redresser. Elle souleva le tee-shirt trempé et positionna ses mains l’une sur l’autre sur la poitrine de Pho. Elle réalisa 2 compressions thoraciques par seconde en comptant dans sa tête pour en arriver à un total de 30 tout en prenant soin de mesurer sa force. Puis elle souffla encore 2 fois.
Fort heureusement ce fut suffisant. Pho eut également une convulsion et expulsa une gerbe d’eau. Crépuscule la tourna sur le côté et la maintint en place.
- C’est bon, ça va aller ma belle, lui fit-elle doucement alors que la gamine se vidait les poumons. Ça va aller.
Dans son dos, elle sentit le père s’agiter. Il commençait sûrement à prendre conscience de ce qui était arrivé. Mais en plus, des sirènes s’annoncèrent au loin. L’adolescente aurait voulu rester prés de la fillette pour voir si elle allait bien mais c’était son signal de départ.
A regret, elle rajusta son tour de cou et décolla sans plus attendre. En hauteur, de loin, elle vit le père se redresser avec difficultés et découvrir sa fille encore groggy. Quelques rues plus loin, les flashs bleus des secours prévenus par les riverains approchaient. La situation était entre leurs mains désormais. Elle ne pourrait rien faire de plus.
Dans son lit, Aurore se réveilla en sursaut. Elle voyait encore le visage pâle de Pho, ses yeux clos et sa poitrine qui ne bougeait plus. Elle constata que ses joues étaient encore mouillées de larmes. Son cœur battait fortement. Pho ! Est-ce que Pho était …
Elle se leva vivement, sous le choc. Elle se retrouva sur ses deux pieds en voulant faire quelque chose … mais quoi ? Elle resta figée un moment. Elle vit de maigres rayons de soleil passer les contours des volets. Le matin venait d’arriver. Mais c’était encore le début de la nuit lorsque Crépuscule avait sorti son amie du canal.
Le souffle encore court, la blondinette commençait à relativiser. Un rêve. Ce n’était qu’un rêve. Elle devait se calmer. Crépuscule n’était qu’un rêve. Mais celui-ci avait été tellement intense. Le rêve de la veille lui avait semblé très réel mais il l’avait amusé. Cette nuit, elle avait été horrifiée. Elle sentait toujours son cœur battre un peu trop fort. Et le visage froid de Pho semblait encore flotter devant ses yeux.
Encore une fois, son rêve avait été étonnamment réaliste. Et puis c’était aussi étrange qu’elle sache quoi faire pour aider une victime de noyade. Elle n’avait jamais fait de secourisme. C’était bizarre vraiment. Elle avait su combien il fallait faire d’insufflations. Et même combien de compressions thoraciques. 2 par secondes. 120 par minutes. Comme les battements du cœur.
Mais après tout, ce n’était peut-être pas ça. Elle était curieusement sûre d’avoir pratiqué les secours comme ils devaient l’être. Mais ce n’était pas parce qu’elle en était persuadée qu’elle avait raison. Si ça se trouvait, les chiffres n’étaient pas bon. En vrai, elle l’ignorait.
Aurore revenait doucement à la réalité. Trop doucement à son goût. Elle prit Toutoudoudou et le serra dans ses bras. Une ou deux larmes s’échappaient encore de ses yeux. Elle avait cru perdre l’une de ses meilleures amies. Tout ça n’était qu’un rêve mais elle en était encore toute chamboulée. Elle se dit qu’elle voulait voir Pho. S’assurer qu’elle allait bien. Elle voulait la voir maintenant.
Seulement ça ne servait pas à grand-chose de se précipiter. Elle n’aurait pas le temps d’aller voir son amie avant d’aller à l’école. Autant attendre d’y être. Mais ça allait être difficile.
Encore fébrile, Aurore descendit prendre son petit déjeuner qu’elle engloutit prestement. Elle s’habilla en toute hâte et lorsque son père l’emmena à l’école, elle était systématiquement plusieurs mètres devant lui. Arrivée devant la grille de l’école, elle embrassa rapidement son père et traversa la cour précipitamment.
Elle n’eut aucun mal à trouver Samira et Eliane. Pho n’était pas avec elles. La blondinette tressaillit mais s’approcha de ses amies.
- Salut. Pho n’est pas encore là ?
- Ben, comme tu vois, répondit Samira.
Aurore se pinça les lèvres. Il fallait qu’elle voit Pho, qu’elle s’assure qu’elle aille bien.
- Hé, ça va ?
Eliane la regardait avec un peu d’inquiétude. La blondinette se força à sourire.
- Oui, oui, pas de soucis.
Elle devait se ressaisir. Pho allait arriver. Et elle irait bien. Il ne pouvait en être autrement parce que ce qu’elle avait vu n’était qu’un rêve. C’était normal de rêver de ses amis, ça lui était déjà arrivé.
Alors oui, d’accord, c’était bizarre que son rêve ait été si réaliste. Elle était toujours sûre d’elle quand à la façon de pratiquer les premiers secours sans jamais les avoirs appris. Et le visage trempé et froid de son amie ne quittait pas ses pensées. Mais Pho allait bien. Elle devait aller bien.
C’est alors que Ibrahim entra en courant dans la cour. Le jeune garçon ignora curieusement ses copains habituels pour se précipiter vers Aurore et ses amies.
- Hé, les filles, vous avez entendu ce qu’il s’est passé hier soir ?
Samira et Eliane eurent un air surpris. La blondinette tressaillit malgré elle. Ibrahim habitait dans le même immeuble que Pho. Mais ce n’était pas possible que ce soit ...
- Et ben quand je suis sorti de chez moi avec ma mère, on a vu la mère de Pho, continua Ibrahim. Elle avait pas l’air bien. Et elle nous a dit que Pho et son père ont eu un accident hier soir. Leur voiture est tombée dans le canal.
Aurore sentit un gouffre glacé s’ouvrir violemment dans son ventre. Eliane et Samira se mirent à pleurer.
- Mais vous inquiétez pas, elle va bien, fit encore le garçon. Elle est à l’hôpital. Sa mère en revenait justement. Elle rentrera chez elle cet aprem. Son père et elle ont eu de la chance. Il paraît que quelqu’un les a sorti de la voiture. Ils auraient pu se noyer. Par contre, on ne sait pas comment ils ont fait. Le mur du canal, il est à pic. On ne sait pas comment ils les ont récupéré et comment ils les ont remonté. On ne sait même pas qui c’était d’ailleurs.
Samira et Eliane étaient sous le choc et tentèrent d’en savoir plus auprès d’Ibrahim mais il avait déjà dit tout ce qu’il savait. Aurore quant à elle entendait encore les mots du garçon raisonner à ses oreilles. Du moins certains mots. « Quelqu’un les a sorti de la voiture ». L’accident, ça pouvait être une coïncidence, à la limite.
Mais « quelqu’un les a sorti de la voiture » …

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