VOTRE DÉFI
Standard (jusqu'à 1.000 mots)
Objet/chose « étui »
Émotion/état « rancune »
Couleur « crème »
Spéciale dédicace à memenne : merci pour l'idée !
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Kijani laissait pendre ses pieds dans le vide, bercée par la balancelle. Elle préférait s’installer ici pour cette tâche, plutôt qu’à son triste bureau au fond de l’atelier.
Le petit lac étincelait sous les vifs rayons du soleil de ce mois d’été. Les nuages couleur crème fouettée, l’odeur de menthe et de framboise, le chant des mésanges. Tout concourait à faire de cette journée un moment parfait.
Parfaitement parfait pour sa nouvelle tentative.
Son imposant livre sur les genoux, la magicienne se concentrait autant qu’elle le pouvait. Elle n’osait pas encore l’ouvrir. Le nirdeshak ne lui passerait aucune faiblesse.
Cette fois, elle réussirait.
Elle n’entendit pas Nyárë s’approcher d’elle et sursauta lorsqu’il posa la main sur son épaule.
— Alors, comment tu t’en sors ?
Elle leva ses yeux anxieux vers son mentor, déstabilisée par sa présence. Elle comprenait qu’il ne l’autoriserait pas à tester ses facultés seule. Même si elle comprenait sa position et pouvait admettre que celle-ci se justifiait, elle en conçut une certaine frustration. L’agacement prit le dessus sur la gêne :
— Je me sens prête, mais j’aimerais essayer seule. Tu veux bien ?
— Certaine ? La fois dernière, le livre brûlait encore alors que le charme s’étiolait. Et je ne parle même pas du tsunami arc-en-ciel. Je ne sais toujours pas comment, d’ailleurs...
— J’étudie sans relâche, je m’entraîne tous les jours depuis. Mes résultats gagnent en qualité. Il n’en restait presque plus, dans ma dernière expérimentation. Je viendrais te voir quand le nombre tombera définitivement à zéro. Sans catastrophe, cette fois !
Nyárë fronça les sourcils, peu convaincu. Des images de désastres tous plus pitoyables les uns que les autres persistaient dans sa mémoire.
Elle insista :
— Promis ! Pas de gerbes d’étincelles, pas de nuage de papillons, ni d’avalanche de tulipes.
Le nirdeshak l’observa de longues secondes, avant de hocher la tête en soupirant.
— Mmm. Tes pouvoirs s’ancrent lentement, et ta maîtrise doit évoluer en conséquence. Pour le bien et la sécurité de tous. Mais j’oublie peut-être un peu vite que seul l’apprenti peut parcourir son propre chemin. Je te laisse. Si besoin, je travaille à l’atelier.
La jeune femme reporta son attention sur son ouvrage relié. Elle caressa, d’une arabesque à l’autre, la douce couverture d’écorce rose patinée par le temps. Par moment, une indélicate sensation que le livre la narguait s’insinuait dans ses nerfs, la faisant frissonner.
A côté d’elle, un étui de cuir épais, marbré de bleu et de jaune, contenait ses stylets. Elle hésita longuement sur le choix de son outil : fin et précis, ou vif et biseauté ? Elle choisit avec précaution, le résultat dépendant aussi de l’harmonie irréprochable entre son esprit et son geste.
Puis, d’une main ferme et déterminée, Kijani ouvrit enfin son précieux fascicule d’exercices.
Le stylet suivit, inlassablement, chaque symbole. Chaque association. La moindre respiration. Le plus petit assemblage de mots et d’idées.
Les heures défilèrent.
Elle ne s’autorisa que de brèves pauses, pour reposer ses yeux. Contempler le lac dont les eaux mauves s’obscurcissaient avec le changement de soleil.
Une page après l’autre.
Kijani sentit ses yeux se fatiguer, malgré ses efforts. Sa main trembla.
Non.
Elle pouvait mieux faire.
Elle redoubla de concentration, répétant inlassablement les méthodes acquises ces derniers mois.
Elle sentit la magie lui échapper, avec un risque certain de débordement fantastique, très probablement médiocre et indélicat. Cette fois, cependant, elle canalisa son énergie et réussit à circonscrire les effets néfastes de ses corrections.
Les étoiles luisaient déjà haut dans le ciel quand elle referma son livre.
Kijani étira ses bras au-dessus de sa tête et délia sa nuque raidie. Sa position penchée au-dessus des pages durant toutes ces longues heures ankylosait le moindre de ses muscles.
Mais elle respirait d’une fierté nouvelle. Elle tenait dans ses mains la preuve de ses progrès. Cette fois, son attention soutenue et sa persévérance portaient leurs fruits.
Elle rassembla ses affaires, et, d’un pas lent mais assuré, elle se rendit dans l’atelier.
Le vieux sage travaillait encore sur une complexe maquette de légende de phénix. Les plumes de givre de l’oiseau merveilleux brillaient au-dessus de l’établi, sous la faible lueur des bougies tremblotantes. Les longues mèches aux reflets de jade de Nyárë cachaient complètement son visage. Il semblait ne pas se soucier de sa présence. Mais Kijani savait qu’il l’attendait. Toujours sournois. Attentif au moindre de ses faux pas.
Avec une insolence toute assumée, elle se plaça à côté du nirdeshak.
D’un geste emprunt de défi, elle lança le livre sur l’établi et annonça d’une voix claire :
— Sans rancune, ni être ni avoir !

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