Cette fois, je vous laisse découvrir les 3 mots imposés; le format est "standard" (jusqu'à 1000 mots).
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— Tu l’as ?
— Oui. Allez, on y va !
Gaspard et Léonard détalèrent aussi vite que leurs jambes le leur permirent. Autant dire, pas très vite. Mais la volonté était là, et, ce soir-là, elle suffit à ne pas les faire repérer par les gardiens.
Une galopade plus loin, le cœur au bord de la crise cardiaque, les deux amis d’enfance s’adossèrent au mur de la résidence pour reprendre leur souffle. C’est que c’était plus trop de leur âge, tout ça ! Ah tant pis, le docteur Gachet pourrait bien hurler, tout ça valait bien un petit pic d’hypertension, non ?
Le couloir était plongé dans une obscurité bleu nuit et seule une discussion étouffée s’échappait de la salle au bout du couloir.
Léonard s’arrêta devant la porte de son appartement.
— Demain ? Tu crois que demain...
— Peut-être. Tout le reste est prêt, mais il faut surtout qu’on explique nos projets à Clarisse.
Frottant son crâne dégarni, Léonard hocha la tête.
— Ah oui ! Faudrait pas qu’elle nous fasse sa pseudo-crise d’hystérie, comme la fois à la fête foraine ! Surtout que c’est pour elle, tout ça, hein !
— Calme-toi, ça n’arrivera pas. On s’en parle demain.
Sur ces mots, Gaspard s’éloigna à pas de vieux loup et rejoignit sa propre antre aseptisée. Il déposa avec précaution l’objet de tous les dangers sous les draps de la malle du couloir. Puis il jeta un dernier regard au tableau, toujours attendri par ces dormeurs épuisés par la moisson. Il s’attarda légèrement dans la cuisine pour avaler un cachet supplémentaire, se glissa sous la couverture en prenant soin de ne pas réveiller sa compagne et s’endormit.
Clarisse s’éveilla au moment où le soleil s’élevait au-dessus des champs de blé dorés, bien au-delà des limites du domaine. Les silhouettes de deux oiseaux noirs venaient souligner le bleu du ciel.
Gaspard dormait encore. Elle appuya sur le bouton d’appel, et Fred, l’un des aides-soignants, vint l’aider. Les gestes quotidiens reprirent leur routine inaltérable : soins, toilette...
Gaspard était levé lorsqu’elle revint de la salle de bains. Il lui sourit comme au premier jour de leur rencontre, et elle sentit son cœur fondre comme à l’époque. Il se pencha vers elle, déposa un baiser sur ses lèvres avant de s’installer derrière le fauteuil roulant, les mains sur les poignées.
— Ma chérie, veux-tu que nous fassions un tour dans le parc, voir les amandiers en fleurs ?
Léonard lançait du pain aux canards par-dessus les iris violets de la berge. Nerveux, ses yeux sautillaient de droite et de gauche avec angoisse. Il fut rassuré en voyant Gaspard poussant le fauteuil de Clarisse, car cela signifiait qu’ils n’avaient pas été découverts.
Devant le bassin, Gaspard prit tendrement la main de sa femme.
— Mon cœur, te souviens-tu de notre séjour à Arles ? Cela te plairait-il d’y retourner ? Mais cette fois, pour le voir, LUI ?
Clarisse ouvrit de grands yeux, dans lesquels une insondable incompréhension luisait avec ardeur.
— Mais... qu’est-ce que tu racontes !
Léonard prit la parole et lui fit un bref résumé de leur escapade.
— Et voilà, tu sais tout. Nous avons l’appareil, et je sais comment il fonctionne. Penses donc ! J’ai aidé à sa conception ! Alors, qu’est-ce que tu en dis ?
— Léonard, c’est complètement fou, ce que tu me racontes là...
Elle tourna la tête vers son mari, qui hocha la tête, confirmant le récit de leur ami.
— Chéri, ce... ce serait vraiment possible ?
— Oui, et nous pouvons essayer dès ce soir. Si tu te sens d’attaque.
Une nuit étoilée vint scintiller dans les yeux de Clarisse, au comble du bonheur.
— Oui, mais mille fois oui ! Oh, c’est trop incroyable !
Le jardin d’hiver était silencieux. Au milieu de cette luxuriante végétation importée, quatre jambes et deux roues avançaient avec précaution. Gaspard avait pensé à tout, et aucune mauvaise surprise ne fut à déplorer. Dans leurs sacs, assez de vivres et de médicaments pour tenir jusqu’à la deuxième étape de leur voyage, plus tard, bien plus tard et en un autre lieu.
Léonard posa la petite boîte à l’allure de batterie de voiture sur la table. Il en manipula plusieurs boutons avant de pousser le levier de droite.
L’air se chargea d’électricité et une odeur chaude, légèrement noisettée comme l’huile de lin, vint titiller les narines des trois voyageurs. Clarisse fut déçue : elle s’attendait à ce qu’une machine à remonter le temps produise éclairs et tonnerre, mais tout restait calme et silencieux.
Ils se regardèrent, déterminés, sereins. Léonard leur indiqua de s’approcher. Les trois complices se tinrent la main, et Léonard activa le levier de gauche.
Ils disparurent dans un petit plop discret. La résidence senior devait ne plus jamais les revoir.
Arles, 1888.
Une douce brise porte les tièdes senteurs de l’été. D’azur et d’ocres, toute la nature respire un été simple et paisible. Léonard ouvre la marche devant Clarisse, que Gaspard guide dans son fauteuil sur les sentiers. Les trois voyageurs balayent des yeux chaque olivier, chaque pierre, chaque masure, impatients de trouver l’objet de leur quête.
Enfin, ils s’approchent d’une petite maison aux tuiles d’argile. Gaspard pose alors une main délicate sur l’épaule de sa femme, qui retient son souffle. Elle contemple, un frêle sourire sur les lèvres, l’artiste concentré sur son œuvre.
La vieille femme laisse échapper une larme, son rêve devenu réalité.
Vincent.
Vincent et les tournesols...

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