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tome 1, Chapitre 14 « Pétunia - Colère Silence (hors série) » tome 1, Chapitre 14

[NOTE DE L'AUTEUR : Hello ! J'ai affiché ce chapitre comme un hors-série car, même si je l'aime beaucoup, je pense qu'il sera coupé au montage.

J'en profite pour remercier toutes les personnes qui ont commenté jusqu'ici, ainsi que Ety, qui est aujourd'hui ma première lectrice (ces retours font tellement chaud au coeur, je suis obligé de les mentionner). D'ailleurs, je me suis donné jusqu'au 31 août pour finir cette histoire (correction comprise !) peut-être que d'ici-là, j'aurai trouvé un titre qui me convient... je bataille avec :'), alors si vous avez des idées, n'hésitez pas à les partager MDR !

Les pattes de la Cigogne se plièrent au centre d’une petite clairière cernée par les sapins. Aujourd’hui, les résidents dégustèrent leur repas avec une satisfaction particulière ; pas d’eau qui dansait dans les verres, pas d’estomac noué par les remous, et aucun risque de tache causée par un malencontreux tressaillement de maison.

Le trajet vers la salle d’étude se fit deux fois plus long qu’à l’accoutumée ; on s’agglutina devant les vitres pour mieux admirer où l’on venait d’atterrir. Les apprenants, excités comme de jeunes loups en cage, prirent leur mal en patience durant tout l'après-midi. Une agitation sourde accompagna l’atelier de Circé ; les signâcles furent moins stables, plus puissants, voire explosifs, tant et si bien que la directrice procéda à plusieurs rappels à l’ordre.

Sitôt que l’emploi du temps le leur permit – c’est-à-dire aux alentours de seize heures trente – la cloche sonna, les leçons cessèrent, et tous se ruèrent à l’extérieur. Les plus pressés ne prirent pas la peine de passer par le portail. Trois garçons sautèrent par-dessus les rambardes et se jetèrent dans l’herbe mouillée. Une fille qui les suivait portait un ballon sous le bras. Très vite, on délimita un terrain à l’aide d’écharpes et de besaces. De nouveaux cris résonnaient dans les montagnes. Des éclats de rire, aussi. Dire qu’ils n’avaient pas touché terre depuis plus d’une semaine… le manoir ne manquait pas de place, mais ce n’était rien face au plaisir de se balader dans ces étendues infinies de verdure.

Un petit groupe moins agité que les premiers organisa une expédition pour la construction d’une cabane. Certains restèrent assis sur les bancs qui bordaient la terrasse. Quelques autres se contentaient de marcher sagement autour de la maison, savourant la douce fraîcheur du soleil tombant. Aucun d’eux n’eut la force de résister à l’appel de la forêt.

Sauf Cornélia.

Une des fenêtres du salon donnait sur la cour. Les coudes appuyés sur la saillie, la dernière venue observait en silence la liesse qui régnait au-dehors.

— Ah ! Tu es là…

Prospérine se jeta entre les coussins du canapé. Il y avait bien des chaises et des fauteuils plus proches (il restait d’ailleurs une place à côté de son amie) mais le vieux sofa au velours cramoisi était de loin le plus confortable. Quand on s’y installait, on risquait d’y passer un certain moment – sauf quand on s’appelait Prospérine, que même une brique sur la tête n’empêcherait pas de courir partout.

— Bah alors, tu viens pas ?

— Hm…

Le visage de Cornélia s’enfouit entre ses bras croisés.

— Hé, s’inquiéta Prospérine, tu en fais, une tête… ça ne va pas ? Tu es malade ?

D’abord, Cornélia pensa mentir. Dire que non, tout allait bien, qu’elle se sentait peut-être juste un peu fatiguée. Mais les mensonges, elle n’aimait pas ça. Il y en avait déjà trop sur sa liste. Alors elle songea garder le silence. Mais sitôt qu’elle ouvrit la bouche, toute l’histoire sortit d’elle-même. La cuisine. Le nettoyage. Cassandre. Elle se garda bien d’avouer qu’elle y avait cru, à cette histoire de balai volant. La honte restait la meilleure gardienne des secrets.

Prospérine écouta. Et plus son amie parlait, plus ses yeux s’écarquillaient. Quand Cornélia se tut, la fille de la directrice semblait proche de perdre ses orbites. Une grande bouffée d’air souleva sa poitrine alors qu’elle signait, les mains tremblantes de rage :

— Prospérine ! s’indigna Epona. Un peu de tenue, voyons !

— Quoi ? Qu’est-ce qu’elle dit ?

— Non… non et non ! Je ne peux pas…

Furieuse d’être ainsi silenciée, Prospérine se retourna contre son augure qui se défendit en bégayant :

— Prosie, enfin ! Non, la bagarre n’est pas une solution – je sais, ce n’est pas juste, mais – Prosie, calme-toi !

Menacée par les grands gestes de son apprentie oiselière, l’épervier recula le long du canapé, puis sur un autre dossier, et un autre, jusqu’à se percher au sommet d’une étagère.

— Elle a raison, tenta d’apaiser Cornélia, c’est déjà passé, ce n’est pas si grave –

Les tresses de Prospérine s’agitèrent alors qu’elle secouait vivement la tête, signant toujours malgré les refus d’Epona.

— Désolée, rougit la nouvelle. Je ne comprends pas.

Mais Prospérine ne se démonta pas. Au contraire ; elle pointa son amie avec plus de conviction.

— Moi… ?

Une illumination dans ses yeux confirma à Cornélia qu’elle avançait sur la bonne voie. Elle poursuivit lentement, un mouvement après l’autre.

— Moi… triste – non… en colère… ? C’est ça ? Est-ce que je suis… non…

De tentative en tentative, Cornélia explosa enfin :

— Je devrais être en colère ?!

Les applaudissements de son amie lui tirèrent un large sourire de satisfaction – vite effacé par le reproche qu’elle lui faisait.

— Bien sur que je suis en colère, qu’est-ce que tu crois ! Mais on ne peut rien y faire…

« Non » corrigea Prosie. « Tu n’es pas en colère ».

— Si, je suis en colère !

Tout comme elle, Cornélia crispa ses doigts et les monta à ses épaules.

— Je suis en colère ! En colère ! Cassandre m’a mise en colère !

Prospérine lui répondit, un grand sourire aux lèvres. Cornélia signa encore. Et encore. Le jeu gagna tout leur corps. L’une et l’autre s’agitaient à travers le salon, transportées par une joie étrange qui en plissa les tapis et renversa les couvertures. La fille de la directrice s’empara d’un coussin et lui asséna un coup de poing. « Colère », reprit Cornélia avec le geste-mot. « Colère », confirma son amie avant de lui lancer l’oreiller. Pour la première fois de sa vie, Cornélia, hilare, laissa ses poings se déchaîner – heureusement, contre des rembourrages. Elle frappa, frappa, frappa jusqu’à s’essouffler de rire.

L’impact d’un coussin contre son crâne la détourna de sa première cible. Dans son dos, Prospérine pouffait en silence.

— Les filles… persiffla Epona.

Elles ne l’entendirent même pas. Trop tard ; une bataille terrible venait de s’engager. Les projectiles duveteux fusèrent à travers la pièce, glissant sur les tables basses et rebondissant sur les fauteuils. Une course-poursuite s’engagea entre les canapés ; Prospérine n’hésita pas à enjamber le plus haut pour se dépêtrer des coups sans pitié de son adversaire. Le bas de sa jupe se prit dans le meuble. Elle acheva son acrobatie par une terrible dégringolade, qui entraîna une avalanche de plaids et de coussins.

— Tiens donc… Prospérine…

Un sursaut les pétrifia. Briar se tenait là, bras croisés, sa silhouette svelte adossée contre l’arche qui séparait le salon du couloir. Cornélia crut qu’on l’arrachait à un rêve ; qu’est-ce qui lui avait pris ? Elle n’était pas du genre à mettre un tel bazar, et surtout pas à se faire attraper ! Vite, elle ramassa le désordre et le réordonna comme elle put.

— Et en plus, on entraîne la nouvelle dans ses mauvaises habitudes… ?

Le grosbec à son épaule acquiesça. Difficile de dire qui, de l’oiselier ou de l’augure, avait l’air le plus condescendant. Un silence de plomb s’abattit sur le petit groupe.

— Je me disais bien que c’était louche, de ne pas vous voir dehors, toutes les deux.

— Quoi, tu nous épies, maintenant ? maugréa Cornélia.

Il voulut répliquer, mais l’index qu’elle pointa sous son nez lui passa l’envie de la couper.

— Madame Lavignon t’a demandé de m’aider à m’intégrer, pas de m’espionner ! Qu’est-ce que vous avez, dans cette maison ?! Pourquoi vous êtes tous aussi…

— Un problème, les jeunes ?

Darwish et Ida émergèrent des ombres du couloir. La fureur de Cornélia tomba aussitôt. Mince ; puisque Briar ne suffisait pas, voilà qu’elle devrait s’expliquer devant un adulte.

— Non… enfin… c’est que…

Un sifflement à peine audible attira l’attention dans le salon. Prospérine s’y tenait au centre, avec l’attitude de la parfaite innocente, Epona à ses pieds dans une salle impeccable jusqu’aux pompons des rideaux. Elle sourit de toutes ses dents à l’assistant vétérinaire, qui lui rendit la politesse. Seul Briar gardait un visage plissé par la frustration.

— Tout va bien, mon garçon ? insista Darwish.

Les yeux glacés de Briar firent courir un frisson le long de l’échine de Cornélia.

— Oui, monsieur Basri-Mouflon.

Et il s’éloigna sans demander son reste.


Texte publié par Aspenvirgo, 8 mai 2026 à 12h43
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