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volume 1, Chapitre 11 « 14 - L'Éveil du Phénix » volume 1, Chapitre 11

Capsule écrite dans le cadre de la Quête de l'Archipel des Constellations du Phénix Éternel, contraintes : élément du feu, un œuf, une renaissance

Capsule 14

L'Éveil du Phénix

C’est fini

Je me souviens de tout

C’est fini

Ma mémoire a rempli ses trous

C’est fini

La seule solution pour que cela finisse bien

C’est fini

Je dois brûler et de moi il ne restera rien

C’est fini

Merci

À toi mon amour

Merci

Qui a toujours été là

Merci

Grâce à toi j’ai appris

Merci

Que la vie n’est pas que nuances de gris

Merci

J’aimerais tant être dans tes bras

Merci

Chaque jour pour toujours

Merci

Pardon

Papa maman

Pardon

J’ai tout gâché

Pardon

Je n’étais qu’une enfant

Pardon

Je voulais aider

Pardon

******

La terre et la pierre seront le foyer pour mon bûcher. Une gemme de Flammes du Néant comme briquet, mon Être comme combustible. Je tremble ; je n’ai pas le choix. Plus maintenant. Je sais ce qui je couve en moi. L’œuf du mal qui vous a emportés, l’embryon de malheur qui m’a utilisée. Je dois le détruire. Je dois en finir.

J’écrase la gemme dans mon poing. En un instant, le Feu Noir m’enveloppe de sa chaleur féroce. Je hurle ; la douleur est atroce. Mon Corps se craquelle et noircit à mesure que s’éteint ma vie. Je sens la Source en mon sein qui s’insurge, sa révolte contre sa purge. Entre les flammèches je la vois apparaître. Elle se jette vers moi, il la retient. Elle pleure et implore ; lui sait que c’est trop tard. Le visage tordu de chagrin de ma bien-aimée est la dernière chose que je vois avant que mon œil fonde.

Mon Corps n’est plus que charbon. Mon cœur émet un ultime râle. Bientôt, ce sera le tour de mon Esprit. Puis mon Âme partira. Iarzog’Un, la racine du mal, guette le moment pour s’échapper. Si tu crois que je vais te laisser… Je le saisis ; nous mourrons ensemble. Il se débat, mais ma force demeure intacte pour l’instant. Nous sommes encerclés par l’incendie qui fait rage. Je sens sa chaleur.

Je sens sa chaleur ? Mon Esprit sent sa chaleur ?

Alors que je m’affaiblis, une idée embrase mon Âme et ravive ma volonté. Dis-moi, Iarzog’Un…

Peux-tu brûler ?

Je m’élance vers le mur ardent, ma prise sur la Source est plus déterminée que jamais. N’importe qui s’arrêterait ; pas moi. J’ai eu un brasier comme celui-là sous la peau depuis l’enfance, ; je peux le supporter. Elle se tord de douleur quand je la plaque dans la fournaise. Même si je n’y résisterai pas indéfiniment, j’ai forgé mon Être pour affronter cet enfer. Ce n’est pas pour rien que mon Corps a mis tant de temps à se consumer. Iarzog’Un me supplie alors que sa conscience se délite étincelle par étincelle.

Trop tard pour ça.

Je continue de le noyer dans les flux rageurs même après que sa voix s’est tue. Soudain, la sensation de brûlure s’amenuise à une simple impression de chaud, comme un âtre qui irradie doucement. Les flammes s’écartent et s’envolent ; je les sens quitter les méandres de mon Esprit et ma carcasse fumante.

Pourquoi ?

N’auraient-elles pas dû continuer de brûler jusqu’à ma mort ? Même si je ne vais pas y échapper, mon Esprit est encore accroché aux cendres qui avaient été mon Corps. Je ne comprends pas… Quelque chose pulse entre mes mains Spirituelles. Cela ressemble à un orbe de lumière violette aux nuances brumeuses de mauve. C’est impossible…

Iarzog’Un a survécu ?!

Oh non… Les Flammes du Néant étaient censées l’anéantir et elles se sont dissipées ! Que faire ? Que faire ?! Il va s’échapper !

… Mais pourquoi ne tente-t-il rien d’ailleurs ?

Je me rends compte qu’il reste inerte ; à part un battement régulier, je ne sens ni menace ni malice. Je me risque à le sonder. J’y trouve la pure Énergie de la Source, les savoirs et les arcanes imbriqués dans ses tissages… mais pas le voile corrompu de sa conscience, sa volonté malfaisante. Je ne comprends pas… Qu’est-ce que je tiens ?

Si seulement on parvenait à extraire son Cœur, on pourrait purifier ses Arts et rétablir l’accès à ses connaissances !

Ce souvenir de mon père… C’était quand mes parents travaillaient sur cette Source. Le Cœur… Est-ce cela entre mes mains ? Le Cœur d’Iarzog’Un ? Tout s’éclaircit maintenant ! Il avait dit que les Flammes de la gemme avaient pour mission de neutraliser Iarzog’Un, pas le détruire ! Elles ont brisé la coquille de l’œuf, et libéré ce qu’elle renfermait sous sa malveillance : une Source pure. Mes parents voulaient que ses Arts puissent être transmis. Si j’absorbe le Cœur, je deviendrai la Source d’Iarzog’Un, mais… suis-je prête à porter cette puissance ? Même si c’est ma seule chance de survie, ce n’est pas une décision simple… Pourquoi ressens-je autant de tristesse ?…

Le Lien…

Ma petite Phalène.

Sans plus hésiter, j’enlace le Cœur. Elle m’attend. Je le sens se lover dans mon Âme, fusionner. Nous ne faisons plus qu’un. Je suis emplie de connaissances qui m’échappaient, l’Énergie afflue tel un tsunami. Armée de cette nouvelle puissance, je sonde les cendres. Si j’ai une chance de renaître, elle est au milieu du tas désolé qui fut mon Corps. Je n’ai pas beaucoup de temps.

Rien…

Rien…

Qu’est-ce que c’est ?

Une unique cellule, saine, repose dans une microscopique cage de cristal, qui a miraculeusement survécu au Feu du Néant. Non, pas du cristal. De la Lukistal. Les paroles de mon maître me reviennent.

J’ai placé une cage de Lukistal en toi. Tu sauras quoi en faire le moment venu.

Maître… Oncle… Jusqu’où aviez-vous anticipé ce qu’il se passerait ? Tout ce qui m’est arrivé est en partie de votre faute, et je vous en veux encore… mais… merci. Je m’insère dans mon unique fragment vivant. Comme je m’y attendais, je m’y sens chez moi, dans ma peau. Normal, après tout. Je sature cette cellule de mon Énergie. Elle se divise et se régénère à toute vitesse. Je me sens grossir, prendre du volume. Étrange, j’ai l’impression de vivre une gestation accélérée, pas une régénération. Mes sens se réveillent ; je flotte dans un liquide. Mes yeux s’ouvrent ; je suis dans une bulle baignée d’une lueur rosée. Ma main explore la paroi ; elle est douce et chaude, légèrement matelassée. Une fissure lumineuse apparaît.

Ha !

Je revois la lumière du jour en même temps que mes fesses rencontrent le sol. Le liquide s’est répandu autour de moi, au milieu des débris de la bulle, éparpillés. Mon regard se relève et je revois celle qui est toute ma vie.

« Ma petite Phalène. »

Elle s’approche, lentement, comme hésitante. Je me lève.

« Ma… Ma douce Dragonne ? »

Sa voix enrouée me fait tellement de peine.

« C’est moi. Tu ne me reconnais pas ?

— Tu… Comment dire ? »

Je la sens tendre vers moi à travers le Lien. Je réponds à son invitation avec douceur. Nos deux Âmes se rencontrent ; elle semble se détendre, sa langue se délie :

« Ton Énergie… Elle est totalement différente.

— Je sais. C’est… difficile à expliquer. Mais il n’y a plus rien à craindre. »

Elle s’arrête à quelques pas. Pourquoi ? Avant que je puisse aller vers ses bras, elle me fait signe de ne pas bouger.

« Ce n’est pas la seule chose qui a changé, me dit-elle.

— Comment ça ?

— Regarde à travers mes yeux. »

Elle me fait peur. Je plonge dans sa vision sans savoir à quoi m’attendre.

Qu’est-ce que… ?

Ce visage est forcément le mien, tout comme ce Corps, mais les différences avec l’apparence dont je me souviens sont flagrantes ! Sans mes vêtements, qui ont brûlé, je n’ai pas besoin de chercher.

Mes brûlures ? Disparues ! Mon œil manquant est revenu ! Mes cheveux sur la moitié gauche de mon crâne ont repoussé !… Même s’ils sont vermillon, et non bruns comme ceux que j’avais déjà. Mes yeux ont pris la couleur de l’ambre, la pupille une forme verticale. Mes ongles sont devenus des griffes rétractables, aux éclats d’obsidienne. Pourtant, ce n’est pas le plus flagrant. Sur mon front ; sur mes bras, du cou au dos des mains ; sur mes flancs ; de chaque côté de mon bassin ; sur mes jambes jusqu’en haut des pieds… je suis couverte d’écailles, lisses aux bords duveteux. À ma droite, elles sont cuivrées aux reflets écarlates ; à ma gauche, elles sont carmin aux reflets ocrés. Je vois une paire d’ailes au milieu de mon dos et une épaisse queue jaillir de mon coccyx, les deux arborant les mêmes écailles… et des plumes rigides, irisées. Des plumes de Phénix. J’avais oublié… Mes parents étaient des Phénix. C’est l’apparence que j’aurais toujours dû avoir, sans l’accident qui les a emportés et qui m’a mutilée.

Je remarque enfin un détail qui me comble de joie. Mes vêtements réfrigérants ne sont plus, mais les broderies de ma bien-aimée qu’ils arboraient se sont transférées en fil d’or, scintillant aussi bien sur la peau que les écailles.

Je regagne mon Corps. Ce que j’ai vu me rend infiniment heureuse, mais je redoute la réaction de ma Phalène. J’essaie de me justifier :

« C’est ma forme Anthropodragonne. Ma forme normale… Celle que j’aurais toujours dû avoir… »

Je n’arrive pas à faire plus qu’un murmure. Elle vient se planter devant moi. Ses joues sont encore humides des larmes qu’elle a versées. Je ne sais pas quoi faire à part soutenir son regard. Elle ouvre enfin la bouche :

« Tu… »

Mon cœur retient son souffle.

« … Tu es magnifique. »

Ses lèvres viennent cueillir les miennes…

… et tout devient kaléidoscope, couleurs et feux d’artifice. Ses mains redécouvrent mon Corps… Oh… Mmh… Et moi, les sensations après des années d’atrophie sensorielle à cause de la douleur. C’est… trop… Ne pas gémir… Ne pas gémir…

Elle m’enlace soudainement. Elle tremblote :

« Ne me fais plus jamais ça, A’Atèria. »

Je l’étreins à mon tour. Sa chaleur est si douce ; la larme sur ma joue est brûlante.

« Je te le promets. Pardon, Énihi. »


Texte publié par Arkhenbarn, 20 juillet 2026 à 23h26
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