Capsule écrite dans le cadre de la carte de Tarot Arcane Ondenymphe : l'Amour immortel (interprétation libre)
Capsule 11
Foyer perdu
Iel s’y déplaçait, dans ce lieu autrefois familier et chaleureux, aujourd’hui étranger et froid. La maison n’avait pas changé. Chaque meuble et bibelot était à sa place, pourtant il manquait quelque chose. Le plus important. Le plus précieux.
Ses piliers avaient disparu.
Son foyer s’était effondré.
La maison n’avait pas changé, mais ce n’était plus chez iel. Iel se mit arpenter chaque pièce, tel un fantôme errant dans les gravats de ses souvenirs. Le grand coussin au milieu du salon trônait, vide. Dans ce coussin, sa mère lui avait raconté mille histoires et l’avait cajolé·e avec tendresse. Dans ce coussin, sa mère avait accueilli ses doutes avec bienveillance. Dans ce coussin, sa mère l’avait accepté·e et soutenu·e. Dans ce coussin, iel avait trouvé son premier pilier.
Iel arriva au bureau, où trônait un siège devant une table, vide. Dans ce bureau, son père l’avait fait·e rêver devant mille mystères et savoirs. Dans ce bureau, son père avait guidé ses pas avec patience. Dans ce bureau, son père avait mis les mots sur ce qu’iel était. Dans ce bureau, iel avait trouvé son second pilier.
Iel s’arrêta devant leur chambre, silencieuse et immobile ; iel était né·e sur ce lit, que chaque aube réchauffait de ses rayons. Iel s’arrêta devant sa chambre, bigarrée et calme ; iel avait vécu ici, décoré la pièce à l’image de ses humeurs, dormi dans l’alcôve, ce cocon creusé dans le mur. Ses yeux et ses doigts caressaient chaque morceau de son enfance avec une nostalgie teintée de deuil : ces rubans avec lesquels elle s’était amusée, avec sa mère, à essayer différentes coiffures ; cette photo où il brandissait, triomphal et couvert de boue, un petit trophée dans les bras de son père… Les souvenirs étaient présents, mais leur vie avait perdu ses couleurs sous un voile de gris et de cendre.
Iel quitta la maison et se dirigea vers la falaise non loin. Assis·e au bord du précipice, les pieds ballants dans le vide, son regard vagabondait dans le relief vallonné. Le silence lui revint en écho avec ces mots :
« Si tu ne sais pas où est ton foyer, pense aux êtres qui te sont le plus chers : tu auras alors ta réponse. »
C’était ici même que sa mère lui avait transmis cette parole d’amour parental. Qu’iel avait compris qu’iel trouverait toujours refuge auprès de ses deux piliers. Les larmes coulèrent, amères et douloureuses. Son abri n’était plus. Iel n’avait plus de toit pour læ protéger de l’incompréhension du monde qui pleuvait sans pitié sur iel. Iel aimait son frère et sa soeur. Cependant, iel savait qu’iel ne trouverait pas la sécurité qu’iel avait eue ici auprès d’eux. Iel se remit sur pied. Iel n’avait plus de place nulle part. Sauf à un endroit. Un endroit où son identité n’aurait aucune importance, où celle-ci cesserait d’exister. Un groupe sans visage ni frontière, pour observer l’univers et ses métamorphoses. Les Vagabonds. Iel n’avait besoin d’aucun bagage. Sa promesse l’avait empêché·e de les rejoindre tant que ses parents étaient en vie. L’heure était venue.
Iel concentra sa volonté, son vœu de rejoindre les Vagabonds. Iel y jouerait son rôle, à sa façon. Iel serait prête, le moment venu. Une silhouette indiscernable apparut rapidement devant iel. Iel se saisit de la main tendue. Avant d’être emporté·e, iel jeta un dernier regard au nid de son enfance, immortalisant son amour pour sa famille, pour toujours.
Zinler se manifesta en catastrophe devant la maison de ses parents disparus. Dans son cœur se disputaient le chagrin du deuil et la peur de ne plus jamais revoir un être cher. Il sentait son empreinte qui entrait et sortait de la bâtisse, en direction de la falaise. Il s’y précipita et trouva exactement ce qu’il craignait : l’empreinte s’arrêtait brutalement, sans une seule trace d’où iel aurait pu partir. Il tomba à genoux. Le cri de rage, qui lui échappa, et son poing, qui frappa le sol, réverbérèrent cette même question :
« Pourquoi ?! »
L’indifférence silencieuse fut la seule réponse qu’il reçut. Il se releva. Il appela télépathiquement sa sœur. Il ne voulait pas lui annoncer cela, mais il le devait :
« Kéjara.
— Je t’en supplie, dis-moi que tu l’as retrouvé·e. »
La tristesse qu’il sentait chez elle était accablante. Il aurait voulu lui mentir. Malgré son courage qui s’évaporait, il lui devait la vérité. Son message lui demanda toutes ses forces :
« Il était déjà trop tard ; Ükazén est parti·e. »
Il pouvait deviner les sanglots à travers l’absence de réaction dans la liaison.

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