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tome 1, Chapitre 11 « Un Sabbat enflammé » tome 1, Chapitre 11

Chapitre 11 : Un Sabbat enflammé

Quels mots, quelles expressions pouvaient décrire ce que les sorcières du Crépuscule éprouvèrent en voyant leurs enfants enlevées par des meurtrières avides de sang ? Des cris de douleur et de colère s’élevèrent tandis que le village sombrait dans le chaos. En quelques heures, une partie du village avait cruellement souffert : des arbres pourris, des marais asséchés, des maisons détruites. Pour l’instant, aucune mort n’était à déplorer, un miracle en quelque sorte.

— Nous ne pouvons pas laisser les choses pourrir ainsi ! s’écria la Doyenne Volva d’une voix forte. Nous ne pouvons laisser mourir notre village et pis encore, laisser nos enfants à la merci de nos ennemies. Que toutes celles et ceux qui ont des enfants partent à leur recherche dans la forêt Nox, quant à nous autres, nous renforcerons le bouclier en unissant nos forces. Sauvons notre village ! Sauvons nos enfants ! »

Un grand cri de ralliement répondit à la Doyenne aux cheveux de neige. Siobhan fut la première à enchanter une branche d’arbre afin de l’enfourcher, elle fut imitée par beaucoup d’autres dont Luan et Jin. Avant de s’envoler, elle lança un regard à Myrddyn dont le visage était ravagé par l’angoisse. Elle s’approcha du jeune homme et prit sa main dans les siennes :

— Je te promets que nous te ramènerons ta sœur.

Le jeune Doyen ne put répondre que par un hochement de tête en réprimant un sanglot. Siobhan serra ses mains un peu plus fort entre les siennes avant de s’envoler vers la forêt ennemie.

***

Pour la deuxième fois depuis treize ans, Marisa avait cheminé seule. Son chemin s’était séparé de celui de Tom Gibus qui n’avait pas exprimé clairement ses intentions. Avait-il décidé de fuir finalement ? Après tout, c’était son droit, il n’était ni Noxien ni Crépusculaire. Ce n’était pas son combat. Cependant, un petit quelque chose lui disait que cette carcasse bavarde avait trop bon cœur pour abandonner Agatha et Feng. Guidée par le vent, elle escalada le versant montagneux de la forêt Nox. Aucune menace ne planait à l’horizon.

À sa grande surprise, elle déboucha sur une clairière nimbée d’une délicieuse lumière dorée. Elle s’arrêta un instant et laissa ses yeux s’émerveiller devant ce petit havre de paix au cœur de la forêt la plus sombre d’Outremonde. Des papillons d’un bleu lumineux voletaient autour des fleurs épanouies sur la mousse d’un vert profond. Le vent qui faisait danser le feuillage bleu des arbres charriait une douce odeur de menthe et de verveine. Elle s’assit un instant, bercée par la brise et le chant des oiseaux.

« Marisa, tourne tes yeux vers moi, » souffla doucement une voix caverneuse dans son esprit.

La jeune femme se releva doucement et se tourna. Elle ne voyait qu’un immense amas de roche couvert de mousse.

« Ne crains rien, approche-toi. » reprit la voix.

Marisa avança de quelques pas et s’aperçut que la masse rocheuse avait une apparence presque humaine ; on croirait y deviner des bras, un buste, une énorme tête sans visage et des jambes repliées en tailleur. Sur la mousse poussaient des fleurs, des arbustes et de petits champignons chatoyants. Sur le buste de pierre se trouvait une rune d’un bleu semblable à celui des papillons… c’était la rune qui représentait l’unité. Le Gardien des Roches ! Les yeux brillant d’émotion, elle s’approcha.

La voix reprit alors : « Marisa,  si tu veux protéger ces deux mondes opposés, pose ta main sur mon cœur. Mais prends garde, tu n’en sortiras pas indemne. Nous parlerons cœur à cœur, c’est pourquoi tu devras te confronter à toi-même, à ton passé. »

Marisa frémit. Son passé ? Son cœur cogna lourdement dans sa poitrine. Sa mémoire en avait occulté les grandes lignes, surtout les plus traumatisantes. Elle le savait car son corps parlait de lui-même : ses cheveux secs et noircis, son teint cadavérique, ses mains et ses pieds de charbon… ce champ de bataille dans lequel son âme habitait se révulsait à l’idée de s’en souvenir.

***

Le temps était à la fête ! Un grand feu de joie était allumé pour célébrer la victoire. Les vieilles Noxiennes hurlaient, chantaient, riaient et buvaient ! La vue pathétique de leur buffet saucissonné au regard larmoyant décupla leur joie. Feng s’en voulut de ne pouvoir étreindre ses deux petits frères qui sanglotaient. Agatha, elle, était trop tétanisée pour exprimer la moindre pensée. Face aux enfants, les visages qui les avaient tant terrifiées dans les contes prenaient vie : elles reconnurent Theuggia aux deux visages, Yama Uba à la bouche monstrueuse qui souriait derrière sa nuque, Chedipe, la vampire assoiffée et tant d’autres. Feng et Agatha se demandaient encore comment les Gardiennes de Nox avaient accepté d’abriter de telles monstresses. Soudain, Feng tiqua. Mais où était donc Baba Yaga ? Attendait-elle son heure ? Cela dit, elle ignorait sûrement qu’une petite fille de dix ans aux cheveux noirs était actuellement en possession de l’objet qu’elle convoitait plus que tout à Outremonde. Feng retint son souffle et espéra un miracle.

***

« C’est une épreuve terrible pour toi, je le sais, poursuivit la voix profonde du Gardien des Roches. Mais je sais que tu en es capable. Si tu surmontes cette épreuve, tu auras sauvé les enfants et tu auras enfin des réponses à la grande question que tu te poses depuis treize ans. » Un sanglot s’échappa de la gorge de Marisa. Ce grand esprit de la forêt savait donc tout ! Quand elle avait revu Lechuza, quelques heures auparavant, elle n’en avait pas cru ses yeux. Cette sorcière impitoyable avait manifesté des émotions humaines et elle avait eu l’air apaisé. Se pourrait-il qu’il en fût de même pour elle, l’insignifiante petite Marisa qui avait peur de son ombre ? Mais oui, il le fallait ! Les esprits ne s’étaient pas adressés à elle sans raison, elle avait un rôle à jouer dans l’avenir de Nox et, elle l’espérait, dans celui des enfants menacées par la guerre. Sans plus y réfléchir, Marisa prit une grande inspiration et posa doucement sa main droite sur la rune.

Le contact, froid au départ, se réchauffa peu à peu, comme si elle touchait de la peau humaine. Aussitôt, une sensation de chute vertigineuse l’envahit. Des images, des sons, des cris, des odeurs, des douleurs l’envahirent avec une violence inimaginable. Tout allait si vite ! Elle revit son visage tel qu’il était avant le drame. Oui, elle avait été belle et elle avait été aimée. Elle avait eu un père… et surtout, surtout... une enfant. Une belle petite qui lui ressemblait. Aussitôt, l’horreur. Elle revit des yeux démoniaques, perçut des hurlements de haine, un poing qui brisait son corps de femme. Elle se revit enfermée dans une pièce remplie de fumée, ses poumons qui se révoltaient, son sang qui bouillait, sa peau à vif qui grésillait sous les flammes, la puanteur de la chair brûlée, ses propres cris qui perçaient le crépitement abominable du brasier… c’en était trop. Marisa voulut retirer sa main mais elle n’y parvint pas. Elle hurla.

Aussitôt le silence, le noir.

Elle semblait flotter dans le vide.

Était-elle morte ?

Peu à peu, elle recouvra ses sens : une chaumière, une forêt plongée dans la pénombre, une vieille femme borgne qui posait des bandages sur ses plaies et qui formulait des incantations pour soulager la douleur. Au loin, des yeux de chouette qui la fixait sans ciller. Elle avait survécu, le destin lui avait laissé une seconde chance et… elle n’osait y croire… sa petite fille était vivante ! Comment avait-elle pu l’oublier ?

Alors une grande lumière éclata devant elle et l’engloba tout entière. Elle se sentit flotter, comme si elle n’avait plus de corps. Son esprit, bien éveillé, se mit à courir à travers la forêt pour se fondre dans les arbres, les roches, la mousse, les feuilles, la sève, les champignons, les animaux. Même les plus repoussants. Surtout les plus beaux. Elle était la forêt, elle était la vie ! Mais quelque chose pourrissait au cœur même de cette vie. Il fallait agir sans plus tarder !

***

— Merci, vieille Baba ! Tu avais raison, les Crépusculaires meurent à petit feu ! Et nous avons apporté le dîner ! Hahahaha ! Alors, où es-tu Baba ? Où te caches-tu ? On pensait que ça te ferait plaisir de voir ce beau spectacle ! Si tu ne t’amènes pas, on commencera les hors d’œuvres sans toi. »

Agatha déglutit douloureusement. Comme les autres enfants, elle avait bien compris qu’elle faisait partie de ces délicats amuse-bouche. Soudain, elle sentit les liens se défaire dans son dos. Une sorcière avait-elle décidé de se servir ? Elle se retourna. Une main squelettique se posa doucement sur sa bouche. C’était Tom Gibus. Agatha acquiesça et, avec l’aide du mort-vivant, s’empressa de détacher Feng et ses frères. Elles s’éloignèrent un instant, sans faire de bruit.

— Merci Tom, murmura Feng. Mais les autres alors ?

— Je ne le peux pas, pour l’instant, répondit-il. Ces horribles bonnes femmes s’en apercevraient.

Les deux garçons s’apprêtèrent à ouvrir la bouche pour questionner l’étrange personnage qui leur faisait face mais Feng les fit gentiment taire. C’était trop dangereux pour eux s’ils parlaient.

— Les créatures qui attaquent votre village, poursuivit Tom Gibus, sont issues d’une magie extrêmement corrompue. Les terres qu’elles contaminent deviennent peu à peu stériles. Plus aucun cycle de vie n’est possible après leur passage. »

Les deux jeunes filles blêmirent. La situation était pire que ce qu’elles imaginaient.

— Et nos parentes ? Et le village ? demanda Agatha dont le chuchotement paniqué montait dans les aigus.

— Avez-vous retrouvé… vous savez quoi ?

— Oui, affirma Feng, un ton plus bas. Vous pensez que je peux m’en servir comme monnaie d’échange ?

— Selon Patte-en-Bois et Lechuza, c’est possible. Il faut faire comprendre à Baba Yaga qu’elle ne peut pas avoir sa Relique et étendre la corruption sur les terres du Crépuscule et de Nox.

— On doit y aller alors, mais pas avec les garçons, répondit Feng. Ils sont trop petits.

— Et pas sans les autres non plus, reprit Agatha. Il faut les libérer. Vous vous y connaissez en diversion, monsieur Gibus ?

Le mort-vivant se redressa avec fierté et murmura avec superbe :

— Je suis le roi du spectacle et, par conséquent, le maître de la diversion !

— C’est parfait !

Feng se tourna vers Agatha, l’interrogeant du regard. Cette dernière sourit :

— Puisqu’elles veulent faire la fête, on va leur en donner l’occasion !

***

Enfin ! L’heure de gloire avait sonné ! Tom Gibus allait enfin monter sur scène et mener une prestation digne des plus grands artistes d’Outremonde. Lui qui avait rêvé de la gloire à la Cité de Lux, qui animait les soirées du Café Monstrueux dans le quartier étudiant, qui célébrait les anniversaires de mort dans les cimetières, il avait été loin d’imaginer qu’il allait se produire dans une sombre forêt reculée devant un public de sorcières terrifiantes. Il était temps de conquérir son public. Il n’allait pas entrer sur une scène accueilli par les applaudissements, il fallait se fondre dans le décor sans se faire voir et chiper la cape de l’une des sorcières. En effet, pour avoir aperçu sa propriétaire traverser les flammes en riant, elle était sûrement ignifugée. Tom n’allait pas risquer ses os ni son sublime costume tout de même. Il jeta un regard vers Agatha et Feng qui attendaient son signal. Il leur avait fait répéter une consigne très claire qu’il fallait absolument appliquer sinon leur plan tombait à l’eau… ou au feu ! Il se tapit dans l’ombre et, très silencieusement, subtilisa la cape. Elle sentait mauvais ! Peu importait, il s’en revêtit et fonça vers le bûcher.

Les sorcières sursautèrent. Une gerbe d’étincelles et de braises fusa de toute part !

— Mais qu’est-ce qui se passe ici ? maugréa Yama Uba. Qu’est-ce qu’il a ce feu ?

Une forme noire émergea soudain du brasier. Elle leva les bras et au-dessus des flammes apparurent des mains squelettiques.

— Baba ? C’est toi ? ricana Theuggia. Tu as toujours eu le don de faire ton intéressante. Allez amène-toi, c’est ta soirée après tout ! »

Un grand rire sans joie leur répondit. Un rire glaçant mais… différent de celui de Baba Yaga.

— Baba Yaga ? répéta la terrible voix dans les flammes. Où est cette sorcière qui a invoqué mon armée de démons ?

— Hein ? Mais c’est quoi cette histoire ?

— En effet, bonnes femmes, c’est Baba Yaga qui a invoqué les démons qui s’en sont pris à la forêt Nox et je suis leur maître. En échange, elle m’a promis son âme et je suis venu pour récupérer mon dû !

Les sorcières demeurèrent perplexe. C’était trop étrange pour être vrai, tout cela. Était-ce un plaisantin venu faire une mauvaise blague ?

— Et si c’était vrai ? murmura une sorcière.

— Si, c’est vrai c’est que tu t’es fait avoir, soi disant maître des démons, ricana Theuggia. Baba Yaga ferait n’importe quoi pour quitter la forêt Nox, elle ne s’en est jamais cachée mais elle n’est pas stupide. Elle ne vendrait son âme pour rien au monde. Alors, si tu ne veux pas qu’on se fâche, tire-toi de là et va détruire le village voisin avec ta merveilleuse armée, tu nous rendras service. »

Soudain, le feu se mit à tourbillonner comme une colonne de feu. Les sorcières reculèrent, sidérées. Elles ne comprenaient rien à ce qui se passait. Pendant ce temps, elles ne virent pas que les liens se dénouèrent des mains des enfants derrière elles.

Feng et Basilio murmurèrent leur incantation tant bien que mal en mémorisant la forme du glyphe de flammes en spirale qui permettait de maintenir la colonne de feu. Wicana s’occupait d’insinuer du froid près de Tom Gibus afin de le protéger des flammes. Pendant que Qilin et Pixiu, les frères de Feng, libéraient les autres, Agatha prononça une ancienne formule ratée afin de créer une nouvelle explosion de braise, une expérience qui avait coûté le tapis du salon dans le passé. Cette fois-ci, il terrifia les horribles Noxiennes.

— Insolente ! Sacrilèèèèèèège ! hurla la voix de Tom Gibus au cœur des flammes. Comment oses-tu insulter le Grand Maître des Démons de la Mort Terrible et Ultime ? Pour cela, tu dois payer le prix de ta faute ! Crains la vengeance du Maître des Démons de la Mort Terrible et Ultime ! »

Nouvelle explosion de braises !

Les enfants étaient presque toutes libérées.

— Eh ! Mais où est passé ma cape ? s’écria tout à coup une Noxienne.

L’effet de surprise commençait à passer. Les Noxiennes n’étaient pas idiotes, elles allaient très vite découvrir la supercherie. Il fallait préparer la deuxième partie du spectacle. En effet, une rafale de pluie s’effondra sur le feu de joie, révélant peu à peu le squelette qui se cachait sous la cape volée. La sorcière qui avait fait tomber l’averse s’écria :

— Haha ! Je le savais ! Un imposteur ! Attrapez-le ! »

Tom se jeta en arrière à la recherche d’un objet qu’il convoitait absolument. Un instrument de musique !

— Eh ! Mais où sont passées les…

En voilà un ! Un luth qui plus est ! Son instrument préféré !

— Les mômes ! Où sont les... »

Dès que Tom Gibus glissa ses doigts sur les cordes, les sorcières se turent. Les notes jouées par l’imposteur avaient quelque chose… d’attractif. Tom, satisfait de l’attention qu’il méritait, se mit à jouer un air électrisant. Peu à peu il sauta par dessus le bûcher éteint. C’était le signal.

Les enfants devaient se boucher les oreilles et quitter les lieux sans se retourner. Feng se tourna néanmoins et d’un seul sort, ralluma le feu derrière Tom Gibus qui poussa une vocalise digne des plus grands chanteurs d’opéra. On pouvait dire qu’il avait un sacré talent ! Tom Gibus se mit à chanter et danser sur un air entraînant, endiablé ! Malgré elles, les sorcières tapèrent des mains et se mirent à danser, sans trop comprendre ce qu’il leur arrivait. Puis, elles se détendirent et se laissèrent porter par l’air chanté par ce diable de squelette à la voix de miel et de braise. Feng, qui avait perdu du temps à allumer le feu, ne put se détacher de la voix de Tom. Agatha, heureusement, s’en aperçut et, après avoir serré une étoffe autour de ses oreilles, tira son amie par le bras et l’entraîna à sa suite.

En gagnant du terrain, Feng se sentit idiote d’être restée pour écouter Tom Gibus chanter mais qu’est-ce qu’il y avait dans sa voix et dans sa manière de jouer pour qu’on ne pût s’en décrocher ? Était-ce une forme de magie ? Peu importait, il leur avait une nouvelle fois sauvé la mise. Elle espérait que le charme de leur cher ami mort-vivant allait durer suffisamment longtemps pour leur laisser le temps de partir.

Les enfants s’arrêtèrent enfin près d’une mare.

— Eh ! C’est là où papa emmène les crapauds ! s’écria Qilin.

— Oui, c’est bien là, confirma Feng.

— Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? demanda Basilio. On va combattre les monstres dans notre village ?

— Je pense que c’est ce qui a de mieux à faire, répondit Ozzy, mais est-ce qu’on sera de taille ?

— Et nos petites sœurs et petits frères ? protesta Carmina. Vous croyez qu’il va aller combattre des monstres à leur âge ?

— Dis Feng, murmura le petit Pixiu à sa sœur, qu’est-ce qu’on fait ?

— Moi ça me fait trop peur, larmoya une petite fille de six ans.

— Agatha, tu as une idée ? souffla Gregor. Tu as toujours des idées de génie, toi ! Le chaudron qui explose, whaouh !

Agatha et Feng demeurèrent perplexe. En effet, que faire à présent ? Avec les Noxiennes prêtes à se jeter sur le groupe d’enfants et les monstres très probablement liés à Baba Yaga qui envahissaient leur village, elles ne savaient vers qui se tourner.

— Feng est la plus mature et la plus réfléchie d’entre nous, déclara Carmina, et Agatha est la plus rusée, ce qui nous permet de nous sortir du pétrin. Je propose qu’elles soient la Doyenne des enfants ! Vous êtes d’accord ? »

Les enfants acquiescèrent avec enthousiasme mais silencieusement afin de ne pas attirer les bêtes sauvages ou des sorcières cannibales. Feng et Agatha se regardèrent. Que faire ?

— Mais on n’en sait rien, nous, avoua Feng. Nous n’avons ni nos parentes ni de vraies Doyennes pour nous guider.

— Feng a raison, soupira Agatha, nous ne serions que des doyennes de rien du tout. » Les enfants n’eurent pas le temps de répliquer car elles entendirent des rires éloignés. Elles se dissimulèrent alors dans les feuillages.

— Je pense qu’on devrait attendre maman et papa, murmura Qilin. »

Feng acquiesça et serra ses petits frères contre elle. De toute façon, relique ou non, Baba Yaga aurait ce qu’elle voulait. Tout ce qu’elle et Agatha avait fait n’aurait donc servi à rien ? Feng préféra ne pas en parler, il fallait rester forte pour ne pas perturber davantage le groupe.

— Si seulement Patte-en-Bois était avec nous en ce moment, déplora Agatha.

— C’est vrai mais je ne crois pas qu’elle soit en état de nous aider, répondit Feng.

— C’est qui, Patte-en-Bois ? demanda un petit garçon qui s’était caché près de Wicana.

— C’est notre amie, répondit Agatha, et aussi une grande gardienne de Nox.

Feng se tourna vers Agatha, une lueur d’espoir dans les yeux.

— Patte-en-Bois nous a bien dit qu’il y avait plusieurs Gardiennes à Nox, c’est ça ?

— Oui, elles communiquaient avec nos Doyennes.

Les enfants chuchotèrent alors entre elles à toute vitesse, en se demandant si ces Gardiennes avaient de bonnes intentions.

— C’est bien gentil, tout ça, grommela Estia, mais comment ça s’invoque des esprits ou des Gardiennes séculaires ?

— Ça, on ne sait pas, avoua Agatha. Mais Patte-en-Bois a toujours été là quand on avait besoin d’elle.

— Et elle a très clairement dit que les Gardiennes de Nox veillent avant tout sur la protection de leur forêt, poursuivit Feng. Or, les monstres qui ont attaqué le village s’en sont pris aussi à la forêt Nox !

— Dans ce cas, déclara Agatha, il faut leur montrer que nous voulons du bien à la forêt Nox même si nous ne connaissons aucune incantation pour les invoquer. Vous êtes d’accord ? »

Les autres enfants acquiescèrent.

— C’est une super idée, les filles, fit Wicana de sa toute petite voix, mais comment s’y prend-t-on ?

— C’est risqué mais je pense qu’il faut sortir les grands moyens, affirma Feng d’une voix décidée. Les grandes, mettez-vous en cercle et serrez les plus jeunes contre vous. Agatha, viens avec moi, au centre du cercle. »

Les enfants obéirent instantanément, dans l’attente de comprendre de quoi il retournait. Feng et Agatha s’agenouillèrent au centre du cercle. Sous le regard interrogateur d’Agatha, Feng sortit de sa besace, la Relique aux reflets luminescents. Les enfants écarquillèrent les yeux avec un grand « Oh ! » de surprise. Agatha comprit. Elle posa aussi sa main sur la Relique et toutes deux levèrent la pierre bleue au-dessus de leur tête.

« Cette Relique que vous voyez est issue d’une magie fondatrice issue de nos deux communautés, une véritable incarnation de la paix. » La phrase du Doyen Albérich résonna dans l’esprit des enfants.

— Esprits et Gardiennes de Nox, appelèrent doucement Feng, Agatha, puis toutes les autres enfants, nous ne désirons que la paix et la sécurité. Nous vous en supplions, venez-nous en aide. »

Plus elles répétaient cette phrase, plus la Relique s’illuminait. Peut-être que les cruelles Noxiennes allaient les voir mais après tout, les Gardiennes n’étaient-elles pas plus fortes ? Rien d’autre ne semblait se produire mais les enfants refusèrent de relâcher leurs efforts. Soudain, elles entendirent une voix. Non pas une voix de Noxienne affamée mais une voix douce et étrangement familière à Agatha et à Feng, une voix qui les appelait par leurs noms.

— Feng, Agatha, c’est moi, Marisa. Mon esprit est connecté àcelui du Gardien des Roches. Conduisez-les jusqu’à ma chaumière, Lechuza et Alterra vous protégeront. Suivez ma voix et vous retrouverez le chemin. »

Les enfants qui avaient également entendu cette voix n’en revenaient pas.

— Nous devons faire vite, fit Agatha. Marisa est notre amie, elle va nous guider. »

Les enfants suivirent les deux jeunes filles, le cœur battant la chamade. Soudain, elles entendirent des cris de rage. Les Noxiennes étaient en colère, elles s’étaient extirpées de l’étrange charme de Tom Gibus et allaient attaquer. Feng et Agatha pressèrent les autres.

— Même si je fais confiance aux Gardiennes de Nox, chuchota Agatha en chemin, il faut que les Noxiennes comprennent que Baba Yaga les a d’abord attaquées. Il faut leur montrer qu’elles se trompent d’ennemies.

— Oui, répondit Feng, mais je pense qu’on avisera une fois arrivées à la chaumière. »

Au moment où les enfants s’élancèrent, un terrible grondement vibra sous leurs pieds. Une immense patte velue émergea du sol et manqua de retomber sur elles.

— De l’autre côté, vite ! cria Agatha.

D’autres pattes et d’immenses tentacules putrides s’élancèrent et virevoltèrent au-dessus de leurs têtes. Les enfants étaient encerclées ! Elles s’accroupirent alors, serrées les unes contre les autres. Agatha risqua un œil sur le ballet morbide des membres monstrueux qui formaient des sortes de cercles. Qu’est-ce que cela voulait dire ? Une autre passa près de son visage. Elle se recula, ferma les yeux... plus rien…

Les énormes appendices refluèrent et disparurent dans le sol. Les enfants ouvrirent un œil, puis l’autre, sans oser respirer.

— Qu’est-ce que c’était que ça ? s’écria Basilio, en sueur.

— Je n’en sais rien, murmura Agatha, à deux doigts de la nausée.

Qilin et Pixiu se jetèrent dans les bras de Feng en pleurant. Soudain, Qilin ouvrit les yeux, recula brutalement.

— Regardez ! cria-t-il. Par terre ! »

Feng suivit son regard. Les horribles pattes avaient tracé des lettres ! Et elles disaient très clairement :

RENDEZ-MOI LA RELIQUE ET VOS PETITES VIES ET CELLES DE VOS FAMILLES SERONT ÉPARGNÉES. C’EST VOTRE DERNIÈRE CHANCE !


Texte publié par Les Carnets d’Outremonde, 17 janvier 2026 à 16h07
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